Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910
Organe Officiel De L'exposition, Vo.l 1
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sted: Bruxelles
Sider: 452
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
s’arrêta en chemin, à la lisière du village bra-
bançon de Saventhem. En cet endroit habitait une
jeune dame noble qu’il avait connue à la Cour
d’Isabelle. Les relations ébauchées naguère se
renouèrent. Le petit bourg fleuri devint pour
l’artiste une Capoue enchantée où il oublia sa
mission, mais non point son art pourtant, car
l’amour s'épanpuit chez lui en un chef-d’œuvre.
Aux pieds de sa belle maîtresse, il peignit son
Saint Martin, que l’église de Saventhem garde
jalousement encore; œuvre de la première
manière de l'artiste, où se retrouvent ses qualités
primordiales de grâce et d’élégance.
Van Dyck partit enfin pour l’Italie. 11 s’arrêta
d’abord à Venise, puis il alla à Gênes, où il
séjourna un assez long temps. Il peignit pour les
nobles Gênois les portraits de Giulio Brignole et
de Paolo Balbi, ceux du
doge Pallavicino et de
Spinola. Les palais de
la vieille cité maritime
gardent encore aujour-
d’hui la trace de son sé-
jour. Les tableaux du
peintre flamand sont au-
jourd’hui un de leurs
titres de gloire.
De Gênes, Van Dyck
se rendit à Rome, où il fut
pendant quelque temps
l’hôte du cardinal Benti-
voglio.. Palerme fut le
terme de son voyage. Il
peignait le portrait de
Philibert de Savoie, vice-
roi de Sicile, quand la
peste survint et força l’ar-
tiste à fuir en toute hâte
le fléau menaçant. Van
Dyck revint à Gênes. En
1626 nous le retrouvons
en Flandre.
La renommée qu’il
avait acquise en Italie
avait un peu grisé le jeune
peintre. A Anvers il re-
trouvait Rubens, alors
dans toute sa gloire. A
côté du maitre il n’y avait
pour le disciple qu’une
place obscure. Van Dyck
le comprit aux marchan-
dages dont on accompa-
gna les commandes qu’on
lui confia, aux critiques
qu’on adressa à ses œu-
vres. Et cependant son
talent, mûri par l’expé-
rience et par le travail,
s’était épanoui en des compositions magnifiques,
presque sublimes, telles que Y Erection de la Croix.
L’artiste cherchait l’occasion propice de se faire
apprécier comme un maître; elle se présenta.
Charles Ier, roi d’Angleterre, avait suivi les
progrès de l’artiste. Il se rappela les souvenirs
qu’il avait laissés à la Cour de Londres. De nouveau
il l’appela près de lui et lui fit dans son palais de
Whitchall la place qu’il ambitionnait et à laquelle
son génie lui donnait le droit. Le roi ne se con-
tenta pas d’attacher Van Dycl< à sa personne ; il
en fit son ami. Les manières aristocratiques du
peintre flamand, son élégance raffinée, ses grâces
naturelles le rendaient digne d’être le compagnon
d’un souverain; il le devint. Il fut à la Cour un
des plus élégants cavaliers, donnant le ton à la
mode et la dirigeant. Ce furent pour l’artiste des
années de splendeur, où il connut les ivresses de
la renommée, la joie de se sentir admiré des
hommes et aimé des femmes. Ducs et lords,
A. Van Dyck. — Saint Martin
dins de volupté, duchesse de Cleveland, duchesse
de Richmond, duchesse de Grammont et tant
d’autres grandes dames qui furent l’ornement de
la Cour de Charles Dr et de Charles II. C’est
dans cette ambiance aristocratique que le talent de
Van Dyck se développa, acquit sa force et sa
pleine maturité. Il avait eté auparavant le peintre
de l'Erection de la Croix, un chef-d’œuvre assuré-
ment, il devint alors le presque génial notateur
d’une race de raffinement qui fut à l’humanité
comme une suprême parure.
Van Dyck se plut dans cette Cour. Il y mena une
vie de grand seigneur, dépensant sans compter sa
jeunesse et sa fortune. Bientôt sa situation devint
pénible. Des embarras d’argent gâtèrent son exis-
tence. Pour se procurer les moyens qui devaient
satisfaire son luxe il emprunta à des usuriers et se
mêla, dit-on, à la compagnie d’aventuriers.
Le roi Charles Ier vit le péril qui menaçait l’ar-
tiste. Son amitié vigilante tenta de l’y soustraire
grandes dames et princesses se pressaient dans
l’atelier de Van Dyck, se disputant l’honneur
d’avoir, par lui, leurs traits fixés sur la toile. Et
quels modèles aristocratiques s'offraient au peintre
dans cette cour raffinée de Charles Ier! Les plus
beaux types de joliesse et de distinction que
l’humanité ait produits s’y trouvaient réunis.C’était
un canon d’élégance et de finesse. Un des titres
de gloire de Van Dyck est d’avoir saisi et rendu
la beauté de ces têtes de lords, un peu efféminés
peut-être, mais d’une distinction et d’une déli-
catesse qu’on ne revit plus après eux. En visitant
lés vastes salles du palais d’Hampton-Court on
s'arrête devant la fameuse collection des tableaux
de l’Allemand Peter Lely, les beautés de Windsor,
où apparaissent comme surgies d'un rêve de fan-
taisie et de grâces ces bergères errânt dans des jar-
en lui faisant épouser la fille du comte de Gowrie,
alliée aux plus nobles familles de la Grande-
Bretagne. Mais la décadence, trop proche, ne fut
pas conjurée par cette union. L’émeute grondait
dans les rues de Londres. La Cour perdait son
éclat, ses « beautés » s’exilaient. Une ombre sinistre
planait sur l’Angleterre. Van Dyck quitta ce pays.
11 revint en Flandre, puis il alla à Paris, attiré par
l’espoir d’exécuter l’important travail de la déco-
ration du palais du Luxembourg. Une décep-
tion I accueillit. Las et découragé, il retourna en
Angleterre, à la Cour fastueuse où il avait connu
les meilleures heures de son existence. Mais la
situation avait empiré depuis son départ. La révo-
lution était presque maîtresse du pays. Le roi
Charles Ier ne pouvait plus lui accorder qu’une
illusoire protection; il sentait sa couronne lui
échapper. Van Dyck souf-
frait de sa détresse et des
malheurs du souverain.
Une amertume fut cepen-
dant évitée à l’artiste,
celle de voir monter à l’é-
chafaud de Whitechapel,
honni, méprisé et insulté,
le souverain grand sei-
gneur, élégant et fin, qui
avait été son ami et dont,
à l’heure de la gloire, il
avait immortaliséles traits
7 et l’attitude dans plusieurs
de ses plus belles œuvres
(portraits de Charles de
Stuart). Le 1er décembre
1641 Van Dyck mourait,
à peine âgé de 42 ans.
Pour être moins consi-
dérable que celle de Ru-
bens,l’œuvre de Van Dyck
n’en est pas moins im-
portante; elle comprend
plus de .quinze cents nu-
méros, actuellement ré-
pandus dans les Musées
de Saint-Pétersbourg (Er-
mitage), Vienne, Paris,
Madrid, Anvers, Munich,
Berlin et Dresde, dans
les châteaux de Windsor,
dans les palais de Gênes
et dans les collections par-
ticulières. Elle comporte
des sujets variés : portraits,
sujets religieux, familiers
ou historiques, tableaux
exécutés d’après Rubens,
copies exécutées en, Italie.
Van Dyck apporte dans
la peinture flamande une
distinction, une recherche qui y étaient inconnues
avant lui. II est avant tout le peintre des aristocra-
tiques distinctions.
Est-il bien de la race des Breughel ou des
Teniers, cet artiste délicat et raffiné à qui aucune
élégance ne semble étrangère? Il est par excellence
l’artiste des beaux visages où la noblesse a imprimé
l’orgueil et la fierté d’une race; il est le poète d’un
idéal presque moderne de beauté et de grandeur.
Ses madones ont une grâce qui leur est propre;
elles ne ressemblent point à celles du Pérugin, dont
elles n’ont pas l’immatérialité, elles sont filles des
Flandres quand la beauté de celles-ci s’affine. Ses
têtes de jeunes lords font parfois penser à ces
visages du Sodoma (le roi mage ou le saint Sébas-
tien de la galerie de Sienne); mais si elles en pos-
sèdent le charme captivant, elles n’en décèlent
point la morbidesse alanguie.
Arthur De Rudder.
(A suivre.)