Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910
Organe Officiel De L'exposition, Vo.l 1
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sted: Bruxelles
Sider: 452
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
De gauche à droite : 1. Comme chantaient les vieux pépient les jeunes (Collect. de M. le duc d’Arenberg, Bruxelles)
2. L’adoration des bergers. — 3. (En bas) Bacchus enfant.
4. (En liant) La vendeuse de fruits. - 5. Le satyre et le paysan. — La sérénade.
LA PEINTURE FLAMANDE
VAN
Un des chefs-d’œuvre de Van Dyck, celui où la
figure humaine fut représentée sous le plus noble
aspect, est ce portrait de lord Philip Wharton qui
orne la galerie de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg.
La silhouette du jeune homme se détache sur
un paysage obscur qu’éclaire une faible lumière
venue d’un crépuscule ou d’une aurore lointaine.
Un ample manteau artistement drapé recouvre le
corps de l’adolescent. D’une main il retient les plis
du vêtement et tient négligemment une houlette,
symbole des préciosités aristocratiques de l’époque.
Une dentelle orne le cou de lord Wharton et le
visage brille lumineux sur l’ombre envahissante.
Qui dira le gracieux mystère dissimulé sur ces
lèvres que plisse un très léger sourire, la pensée
énigmatique qui illumine ce visage de juvénilité
et de noblesse?
Un portrait, actuellement au Musée de l’Ermi-
tage, et qu’il peignit de lui-même, nous donne
de l’artiste une image aussi belle qu’exacte, et
conforme à son génie. Le jeuneVan Dyck est repré-
senté de trois quarts; toutes les grâces de la jeu-
nesse sont répandues sur son visage. Des boucles
de cheveux ombragent un front très pur. Le regard
a quelque chose de pensif et de poétiquement
juvénile. La physionomie tout entière est em-
preinte de noblesse et d’élégance. On dirait quelque
Musset, un poète romantique songeant à quelque
poème de rêveuse tendresse. Le vêtement est gra-
cieux; il accuse un laisser-aller plein de charme;
le col est entr’ouvert, le justaucorps est retenu par
une simple agrafe. Les mains pendent noncha-
lamment, mais avec quelle artistique recherche
cependant, mains d’aristocrate, que le peintre met-
tra en évidence dans tous ses portraits, belles mains
blanches aux doigts effilés qui semblent continuer
et terminer en une savante harmonie l’attitude gra-
cieuse du corps. Nous les retrouverons ailleurs,
ces mains délicates, dans son portrait équestre de
Charles Ier, repliées en un geste élégant pour tenir
le bâton du commandement, dans ses portraits d’en-
fants. Parfois elles retiennent un manteau qu’elles
drapent avec préciosité. Le comte de Bristol l’étend
négligemment. On dirait que la comtesse de Pem-
broke y suspend des fleurs et que le délicieux lord
Wharton y attache les élégances de sa houlette.
Une sensibilité, une émotion qu’on n’avait point
encore rencontrées à un si haut degré chez les pein-
tres flamands sont les principales caractéristiques
DYCK ET JORDAENS (SUITE)
du talent de Van Dyck. Elles s’expriment dans
ses mélancoliques et nobles figures de grands
seigneurs, sur le visage de ses madones qu’une
véritable pitié ploie devant le Christ expirant, dans
la physionomie de l’Homme-Dieu qui, cloué sur
la croix, exhale son dernier soupir dans un cri
d’agonie, en une plainte déchirante et profondé-
ment humaine. On put reprocher à l’artiste de
tâtonner parfois, de chercher sa voie, de subir des
influences. On put regretter que son œuvre man-
quât d’unité, mais ces incertitudes caractérisent
un esprit émotif, et surtout inquiet. La vie
même du peintre nous offre de nombreux exem-
ples de cette passion, de cette agitation incessante.
Rubens, son maître, ne connut pas ces inquié-
tudes. Il fut le génie souverain, sûr de lui, olym-
pien, mais souvent impassible. Van Dyck a l’âme
tourmentée d’un artiste que sollicite un idéal de
grâce et de tendresses. Sa beauté s’attendrit. Elle
a des douceurs, mais aussi des mélancolies et des
souffrances.
Jordaens
A quelque distance de Rubens, dont il eut par-
fois l’opulente imagination, nous apparaît Jor-
daens, le peintre des grotesques ripailles et des
satyres moqueurs. La postérité n’a pas toujours
accordé à Jordaens la place qui lui était due dans
l’histoire de l’art flamand. On lui a reproché son
manque de noblesse, le réalisme de ses tableaux
où, bien qu’il mêlât parfois le sacré au profane, se
révélait une observation si profonde; on lui a
reproché la trivialité de ces personnages trop gras,
trop joufflus, en qui pourtant tant de vie affluait.
Son coloris même, dont on apprécie aujourd’hui
la splendeur, fut l’objet de vives réprobations. Notre
époque a cependant rendu justice au vieux maître,
dont les œuvres ne sont plus reléguées dans les
greniers des musées, dont les critiques reconnais-
sent le talent merveilleux. L’exposition qui fut
organisée à Anvers, en igo5, des œuvres de Jor-
daens signala la révision de l’injuste procès fait à
la gloire de l’artiste.
Jordaens se recommande à nous par sa profonde
originalité, par sa très vive personnalité. Il demeura
Flamand. L’Italie, que, rare parmi les peintres
ses contemporains et ses prédécesseurs, il ne visita
pas, n’exerça sur lui que très peu d’influence. Sa vie
même ne ressembla en rien à celle des- grands
artistes auxquels son talent l’apparia. Nous allons
en esquisser ici quelques traits qui nous permet-
tront de mieux juger le caractère de son œuvre.
Jacques Jordaens naquit à Anvers en i5g3. Il fut
l’élève de Adam Van Noort, le peintre bourru, chez
qui Rubens lui-même puisa ses premiers enseigne-
ments. Il fut reçu membre de la Gilde de Saint-Luc
en i6i5, c’est-à-dire à peine âgé de 23 ans. L’année
suivante il épousa la fille de son maître, Catherine
Van Noort. La jeune fille était douée de toutes
les qualités du cœur et de l’esprit; elle était jolie
de plus. Le peintre, de caractère très familial, se
plut à reproduire ses traits et ceux de sa famille
dans plusieurs tableaux qui sont actuellement à
Cassel et à Saint-Pétersbourg.
Vers le milieu de sa vie, Jordaens abandonna la
foi catholique et passa au protestantisme. On croit
que l’artiste puisa dans la famille des Van Noort
ses nouvelles conceptions religieuses. En tout cas,
celles-ci furent très sincères. Le peintre ne se con-
tenta pas d’adopter une opinion, il soutint avec
courage ceux qui la partageaient et il employa son
art pour la défense de ses idées. Certains de ses
tableaux, tel le Christ chassant les marchands du
Temple, paraissent inspirés de ses idées religieuses.
Jacques Jordaens mourut en 1678, le jour même
où sa fille Elisabeth succombait. L’artiste ne fut
pas enterré à Anvers, car il n’y avait pas de cime-
tière protestant dans cette ville. Il fut inhumé à
l’église du Putte hollandais, où depuis près de vingt
ans déjà reposait la fidèle compagne de son exis-
tence. La carrière de Jordaens fut donc calme et
comme recueillic. 11 n’atteignit pas aux honneurs
qui avaient été réservés à Rübens et à Van Dyck.
Il ne vécut pas dans l’ambiance des princes et des
souverains. Sa vie s’écoula familiale, au milieu des
siens. Elle eut même un caractère d’austérité,con-
forme d’ailleurs aux idées de la secte religieuse
dont il fut l’adepte.
Nous avons dit que l’œuvre de Jacques Jordaens
avait été parfois mal appréciée. Nous devons
reconnaître qu’elle est inégale et qu’elle contient,
à côté des pages magnifiques qui suffisent à assurer
sa gloire, des compositions médiocres, hâtivement
conçues et exécutées et qu’on voudrait soustraire
de l’ensemble.
Sa production fut considérable. Elle comprend
des portraits, des sujets religieux, historiques et