Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sider: 500
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
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à Malines, à l’égal de celui de Bruges, le plus
parfait, est une merveille du genre. 11 se com-
pose de quarante-cinq cloches formant quatre
octaves et accusant le poids très respectable
de 36,369 kilogrammes j^« Salvator », le gros
bourdon, pèse à lui seul 8,884 kilogrammes.
Vingt-neuf des cloches sortent des ateliers du
grand fondeur Pierre Hémony, d’Amsterdam,
qualifié non sans raison « le Stradivarius des
fondeurs de cloches ». Elles y furent coulées
en 1674.
Cette réunion d’instruments disposés en
gammes chromatiques présente une harmonie
parfaite d’une sonorité pleine d’ampleur et d’in-
comparable douceur. Ce carillon, qui fait la
gloire de la cité métropolitaine, n’a d’égal que
celui installé dans les Halles brugeoises, lequel
compte deux cloches de plus mais pèse, par
contre, dans son ensemble, 7,000 kilogrammes
de moins. En ce qui concerne la valeur mélo-
dique, le ton fondamental, l’accord des harmo-
niques, le velouté du son, il surpasse celui de
Malines. Mais où ce dernier domine manifeste-
ment, c’est au point de vue de la disposition
générale et de l’organisme mécanique.
Le beau carillon de celle qui fut jadis « la
Venise du Nord » se trouve dans un état de
délabrement dont s’émut maintes fois l’édilité
de l’antique cité. Le clavier devrait en être
renouvelé, ainsi que le système des raccords
dont la défectuosité entraîne une certaine élas-
ticité dans le fonctionnement des marteaux. Il
en résulte nécessairement un jeu incertain, va-
riable et intermittent.
Cette observation est d’ailleurs applicable à la
généralité des carillons. L’instabilité de sem-
blables installations permet sans doute le mar-
tellement des cloches, mais il ne peut être
question dans le jeu ni de précision ni de régu-
larité et moins encore de nuances et de senti-
ments. Ces imperfections font de ces orchestres
des instruments nécessairement caducs. Au ca-
rillon de Malines, elles sont inconnues : le cla-
vier commande impérativement au marteau ou
au battant qui répondent sans arrêts, sans heurts
et sans rechute.
C’est précisément cette sûreté de mécanisme
qui fait du jeu de la tour Saint-Rombaut un
chef-d’œuvre du genre unique au monde. Le
ASPECT PARTIEL DU CARILLON DE MALINES.
maëstro Denyn y aborde des morceaux de grande
envergure, d’allure franche et parfois même de
folle envolée. Lui seul, sans doute, est à même
en ce moment de renouveler la prouesse éton-
nante du célèbre van den Gheyn, de Louvain,
son aîné, lequel, à la suite d’une gageure, rendit
JEF DENYN.
sur son clavier, avec une précision et une légè-
reté déconcertantes, les modulations savantes et
compliquées de l’archet d’une autre célébrité
louvaniste, le violoniste Kennis. Ce dernier en
resta ébahi au point de douter de son art.
En dehors des carillons géants de Malines,
de Bruges, de Gand et d’Anvers, il existe encore
en Belgique de très bons carillons d’ordre secon-
daire. L’église de Saint-Martin, à Courtrai, en
possède un de quarante-sept cloches coulées en
1880 par la fonderie van Aerschot, de Louvain.
Celui de la cathédrale Saint-Aubin, à Namur,
compte cinquante cloches d’une réelle richesse
de son mais mal équilibrées. Louvain a deux
orchestres campanaires : celui de l’église Saint-
Pierre (quarante cloches) et celui de l’église
Sainte-Gertrude (quarante-six cloches). Viennent
ensuite les carillons de Turnhout (trente-cinq
cloches de van den Gheyn), de Saint-Trond
(trente-cinq cloches du même), d’Alost, Lierre
et Mons.
Notons que Bruxelles possédait jadis neuf
carillons. A cette grande fortune a succédé,
hélas ! la plus profonde détresse. Il y a quelques
années, un regain de ferveur se manifesta cepen-
dant dans la capitale. Le carillon de l’église
Saint-Jacques-sur-Coudenberg fut transféré à la
Maison du Roi ; il comportait cinquante-six clo-
ches. M. De Mette, d’Alost, fut promu, par voie
de concours, au poste de carillonneur ; il donna
tout au plus une dizaine d’auditions. Le carillon
de la Maison du Roi, dont l’acoustique laissait
à désirer de par son emplacement, d’ailleurs, fut
abandonné et plusieurs de ses cloches éparpillées
çà et là.
Une preuve éclatante de l’engouement du
moyen âge pour les jeux de cloches est certes
la présence dans l’église du petit village de
Steenockerzeel, près de Vilvorde, d’un carillon
de quarante-et-une cloches (trente-huit de A.
van den Gheyn et trois du fondeur Duméry).
Combien donc devait être intense, à cette
époque, l’amour du clocher et combien puérils
et vains paraîtraient de nos jours ces sacrifices
que s'imposaient nos aïeux dans le seul souci
de fierté locale !
*
* *
En général, le carillon peut se mouvoir de
deux manières : automatiquement, au moyen d’un
cylindre percé d’ouvertures carrées où s’emboî-
tent des dents qui actionnent les marteaux des
cloches, et manuellement, par le clavier.
Les proportions d’un cylindre ou tambour sont
gigantesques : celui de Malines, par exemple,
légèrement inférieur en poids à celui de Bruges,
lequel pèse 9,983 kilogrammes, a une hauteur
de six pieds ; sa surface est percée de 16,200
ouvertures pour y fixer les broches.
Ainsi agencé, un carillon présente des propor-
tions vraiment imposantes.
Figurez-vous cet enchevêtrement de poutres
formidables, ancrées de moises savamment arc-
boutées pour soutenir les cloches et résister
à leur poussée énorme. Par files, suivant leur
taille, celles-ci sont rangées dans un ordre par-
fait comme pour une parade. Tout cet attirail est
enveloppé d’un rets inextricable de fils métal-
liques raccordés aux touches du clavier pour
transmettre à chaque timbre l’appel de l’instru-
mentiste. Au repos, l’aspect d’un carillon est
grandiose ; il a quelque chose d’infernal et
d’étrangement impressionnant en action.
Si votre système nerveux n’est pas trop sen-
sible et si votre tympan ne redoute pas les
rugissements de l’ouragan ou la voix farouche
de l’artillerie, arrêtez-vous un instant dans la
chambre des cloches de la tour Saint-Rombaut :
le carillon n’y sommeille jamais plus d’un demi-
quart d’heure.
Au moment du déclic, vous verrez l’instrument
énorme secouant brusquement la léthargie qui
semble ankyloser ses rouages, se mettre en mou-
vement. On dirait qu’une nuée d’invisibles lutins
s’est abattue subitement sur le clavier, suspendue
aux battants, aux fils qui se tendent, montent,
s’abaissent, tandis que les marteaux s’agitent, se
soulèvent, retombent, réveillant sous leurs coups
répétés l’âme sonore des cloches... La musique
LE CYLINDRE OU TAMBOUR
DU CARILLON DE MALINES. — JEU AUTOMATIQUE.