ForsideBøgerExposition Universelle In…e L'exposition, Vol. II

Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II

Forfatter: E. Rossel

År: 1910

Sider: 500

UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel

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L’EXPOSITION DE BRUXELLES 247 éclate, s’enfle, se déchaîne endiablée comme pour une charge, puis tout à coup ralentit son allure, s’apaise, puis susurre des refrains roses et doux comme dans un rêve... Vous garderez de ce spectacle suggestif et de ces grandioses sonorités des sensations inalté- rables. Il va sans dire que toute la richesse d’un carillon, à part le mécanisme, réside dans la sonorité et l’harmonie des timbres. Aussi, la profession de fondeur de cloches et LE CLAVIER DU CARILLON DE MALINES. particulièrement celle de fondeur de carillons est-elle un noble métier d’art dont l’exécution maintient un rapport constant entre la force physique et la pensée ou le sentiment. Outre des qualités de praticien consommé, cet artisan d’élite doit posséder le talent d’un bon musicien et plus encore le don affiné de l’acoustique. Isolée, la cloche est un instrument rudimen- taire ; en tant que cellule de carillon, elle devient un objet d’une délicatesse extrême. Mille fac- teurs entrent dans sa confection et peuvent influer sur sa valeur instrumentale. Un fondeur consciencieux devra pouvoir préciser, avant la coulée, le son fondamental et le parfait accord des harmoniques qui dépendent de la forme, de la composition de l’instrument et de ses proportions. * * * Si l’art du fondeur est complexe, la carrière du carillonneur n’est jpas inoins épineuse. Il ne suffit pas pour y parvenir de posséder des aptitudes musicales toutes spéciales, mais il faut joindre à une persévérante ardeur, la force physique que requiert le maniement du méca- nisme géant qu’est le clavier d’un carillon. L’histoire nous lègue quelques noms célèbres parmi les virtuoses des cloches. A Delft, au XVIIe siècle, Dirk Scholl et à Amsterdam, vers la même époque, Jacques Pothold, s’illustrèrent particulièrement dans cet art. A Bruxelles, de Sany, sonneur de l’église Saint-Nicolas, se dis- tingua également et composa même, en 1648, une série de lieder pour carillon. Baudouin Scheppers, d’Alost, institua à la fin du XVIIIe siècle une école pour carillonneurs d’où sortirent des élèves de grand jnérite, parmi lesquels il faut tirer hors pair Antoine Grau, maître des cloches à Audenarde. Haverals conquit, à Malines, au début du XIXe siècle, une glorieuse renommée. Nous avons vu combien se trouvaient justifiées, vers 1750, les qualités vraiment remarquables de Matthieu van den Gheyn. Bien peu des instrumentistes modernes, à part Jef Denyn, — ce poète du carillon, — oseraient sans doute relever le défi soutenu jadis victorieu- sement par le carillonneur de Louvain. Il est vrai que pour cet artiste surprenant le jeu des cloches ne recèle plus de secrets. Jef Denyn sentit de bonne heure naître en lui sa vocation étrange et prophétique. Dès ses pre- mières années,, il trouvait ses joies les plus vives à observer le talent de son père qui, pendant vingt-sept ans, fut sonneur attitré de Malines. Instruit par son père, il saisit bientôt les pre- mières révélations musicales. En 1881, à peine âgé de 19 ans, le jeune homme avait trouvé sa voie et donnait son pre- mier concert. Quand, en 1887, Denyn succéda à son père frappé de cécité, il n’avait que cinq années de pratique, mais on le considérait déjà comme un des plus habiles carillonneurs du continent. A partir de ce moment, il orienta tous ses efforts vers ce but téméraire, mais grandiose, qui consis- tait en l’instauration artistique du chant des clo- ches. Il a dépensé pour cet apostolat toute son énergie, toute son inlassable activité. Lorsqu’en 1897, la ville de Malines ouvrit un concours international de carillon, Denyn, par son Prélude fameux qui fut composé à cette occasion, atteignit définitivement le but qu’il poursuivait depuis tant d’années. De ce jour-là date sa réputation mondiale. Dans son vaste répertoire, le carillonneur de Saint-Rombaut affectionne particulièrement les morceaux pour clavecin, sans doute démodés, d’Ignace Pleyel, ainsi que les sonates de Nicolaï. C’est avec un brio enthousiaste qu’il exé- cute des fragments d’opéras français et italiens et aussi ces suaves lieder des temps jadis, ces mélopées pleines de grâce et de rêverie qui, dans le champ épique du bronze, deviennent plus ex- pressifs et plus nuancés encore. Depuis 1892, Jef Denyn donne chaque lundi soir, de juin à septembre, des auditions spé- ciales dont le succès augmente chaque année. Les chaleureux témoignages d’admiration qu’il re- cueille maintenant de la foule immense et des personnalités qui depuis quelque temps assistent régulièrement à ces concerts, le dédommagent quelque peu de l'indifférence, des angoisses et des vicissitudes qu’il a ressenties au cours de ce long combat pour l’édification de son rêve. A l’occasion de l’Exposition de Bruxelles, la ville de Malines rééditera les 21 et 22 àoût pro- chains le grand concours international de 1897. Cette joute originale est appelée sans aucun doute à un retentissement énorme. Dès à pré- LES FILS DE RACCORD DU CARILLON DE MALINES. (EFFET DE SOLEIL.) sent, douze carillonneurs belges et hollandais ont avisé le Comité de leur participation. Cer- tains d’entre eux s’exercent déjà dans un bel entrain au clavier de la cathédrale. Ce concours se déroulant aux portes de la capitale — Malines, en effet ne se trouve qu’à dix-sept minutes de chemin de fer de l’agglo- mération bruxelloise — sera pour les étrangers visitant notre World’s Fair un régal artistique plein d’émotions et de charmes inconnus. Il marquera dans les annales de l’histoire du ca- rillon dont la musique rencontre depuis quelques années, tant en Belgique qu’en Hollande et en Angleterre, une vogue nouvelle et un culte gran- dissant. Il est permis d’espérer même que le concours de Malines marquera la révélation de quelques nouveaux talents qui accéléreront le réveil de la voix joyeuse et cristalline des austères clochers flamands et la restauration définitive d’un art méconnu. Maurice Roussel.