Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sider: 500
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
LA PARTICIPATION SUISSE
Tout effort, toute manifestation venant d’un
pays tel que la Suisse doit, pour plusieurs rai-
sons, retenir notre attention d’une façon toute
spéciale.
Nous sommes évidemment un peuple qui
occupe une place à part et privilégiée dans le
monde : il n’y a ni orgueil ni chauvinisme à le
constater et à le dire. Un des derniers sous le
rapport de la superficie, notre territoire arrive
DANS LA SECTION SUISSE. — SANATORIUM ET
en tête de liste dès qu’on énumère les den-
sités de population, l’étendue relative des moyens
de communication, l’importance du trafic com-
mercial et, aujourd’hui, la puissance coloniale.
Les vingt-huit cantons confédérés ne peuvent
prétendre, sous ces quatre derniers rapports,
supporter la comparaison avec nos neuf pro-
vinces ; mais il n’est point illogique ni trop dis-
proportionné de tenter, dans certains ordres
d’idées, un parallèle entre les trois millions et
demi d’Helvètes disséminés sur quarante mille
kilomètres carrés de plateaux, de vallées et de
montagnes et nos sept millions de Belges en-
tassés sur trente mille kilomètres carrés de sol
fertile et de cités rapprochées.
Sans attaches aucune dans le passé ethnique
ou politique, voilà deux races à qui cependant
il faut reconnaître le partage de beaucoup de
qualités foncières identiques. Voilà, plutôt, deux
peuples constitués chacun par l’agglomérat de
deux ou trois races distinctes : car, si l’endroit
n’était peu propice à telle discussion, ne pour-
rions-nous pas épiloguer abondamment sur
l’existence ou la non-existence d’une « âme
suisse » ou de trois âmes : germanique, gauloise
et latine, tout comme ici nous rencontrons les
partisans de 1’ « âme belge » et ceux de la
trinité germanique, batave et gauloise ?
Quoi qu’il en soit, personne ne niera que
le Suisse, comme le Belge, est industrieux,
résistant, travailleur, attaché à ses traditions,
jalousement individualiste, épris de liberté, moins
têtu que le Germain, moins insouciant que le
Latin.
C’est à ces causes d’instinctive sympathie
et d’analogie secrète qu’il faut peut-être ratta-
cher l’intérêt généralement pris par les nôtres
à un compartiment de l’Exposition qui ne se
signale, en somme, par aucune originalité immé-
diate, aucune démonstration sensationnelle, au-
cune exhibition tapageuse.
*
* *
Deux choses frappent surtout le visiteur atten-
tif qui parcourt l’espace restreint, mais habile-
STATION CLIMATÉRIQUE POUR TUBERCULEUX.
ment utilisé, de la participation suisse. Il appré-
cie la multiplicité des efforts réalisés dans toutes
les branches de l’activité moderne ; il apprécie
le don merveilleux d’utilisation de toutes les
ressources du progrès aux circonstances très
spéciales du climat et de la topographie.
Dès les premiers temps où les découvertes
des savants de laboratoires eurent permis de for-
muler les lois régissant les forces mystérieuses
de l’électricité, c’est en Suisse que la pratique
transforma immédiatement ces trouvailles abs-
traites en applications industrielles. La présence
des puissances motrices naturelles y fàisait la
source de l’énergie aussi abondante qu’écono-
mique. On ne s’étonne donc pas de trouver
exposés nombre d’appareils de tous genres des-
tinés à la production, au réglage, à la conduite,
à la mesure, à l’utilisation du courant sous
toutes ses formes. Les usines électriques et les
fabriques d’instruments et de matières de Zurich
et de quelques autres centres industriels réputés
sont représentées par de remarquables envois.
Il est tout à l’honneur d’un peuple de le voir,
au surplus, se fournir et fournir largement
l’étranger de produits manufacturés de la plus
grande et neuve variété, quand dans le pays
même ne se rencontrent pas les éléments initiaux
indispensables, tels que la houille, les mine-
rais, etc. Nous gageons que beaucoup ne s’atten-
dent pas à découvrir des machines à coudre
suisses, des automobiles suisses, des appareils
perfectionnés de chirurgie, voire des travaux
d’impression, de brochage, de clichage, de
reliure dignes de rivaliser avec ceux des firmes
les plus notoires.
Attirons en passant l’attention sur la double
influence qui s’atteste dans l’aspect des livres
et des gravures placés sous nos yeux : l’art déco-
ratif allemand et le français ont, à toute évi-
dence, inspiré très diversement les auteurs des
modèles. Ce coin des stands est aussi intéressant
que significatif.
Plus aisément explicable, plus traditionnelle
est la multiplicité des exploitations des produits
tout à fait locaux : le lait et ses dérivés. Les
grandes chocolateries célèbres, les firmes con-
nues des bonbons et des fromages, les maisons
répandant par le monde entier les farines lac-
tées nourricières, les pâtes, les biscuits ont édifié
d’appétissantes architectures de boîtes et de pa-
quets aux couleurs et aux devises familières.
*
* *
Mais la Suisse, malgré tout, demeure le pays
idéal du tourisme et de la villégiature. Dans
une exposition universelle, moins que nulle part
ailleurs, elle ne peut l’oublier ni nous le faire
oublier.
Alors que presque tous les stands sont occu-
pés par des vitrines closes, des présentations
d’objets qu’aucun vendeur, aucun employé ne
garde et ne détaille au passant, un kiosque
seul témoigne de l’active préoccupation de ren-
seigner les curieux, de les retenir, de les édifier,
de les intéresser : c’est celui de la propagande
en faveur des voyages au beau pays des lacs
bleus et des cimes neigeuses, des idéales sta-
tions thermales, des non pareilles villégiatures
montagnardes. Là s’étalent les affiches aux
engageantes polychromies ; les grandes photos
évoquant les sites de l’Oberland, du Valais ou
des Grisons, les rives enchanteresses du Léman,
du lac de Thoun, de Brienz ou des Quatre-
Cantons ; les panoramas grandioses à travers
lesquels sinuent ou grimpent les effarantes et
quasi-diaboliques voies ferrées construites à
grand renfort d’audacieux travaux d’art ; les
vues d’hôtels vastes et opulents comme des palais
qui couronnent des sommets qu’on eût pu croire
inaccessibles. Cet office de renseignements
pourvu de tous les horaires, cartes, plans, guides,
itinéraires si bien faits pour rendre faciles plus
qu’ailleurs les voyages en un pays géographi-
quement plus difficile qu’aucun autre, synthétise
admirablement l’essentielle aptitude à mettre en
œuvre des ressources uniques.
C’est dans cet ordre d’idées aussi qu’il faut
ranger la cartographie excellemment mise en
valeur par des spécimens éloquents et la fabri-
cation des costumes et accessoires variés des
sports hivernaux et alpestres.
* *
Enfin, l’horlogerie occupe une place à part
et très en vedette au seuil de ce compartiment
riche autant que modeste. Malgré la concur-
rence acharnée que leur fait la production à vil
prix des énormes manufactures américaines mo-
dernes, La Chaux-de-Fonds, Saint-Imier, Ge-
nève n’entendent rien perdre de leur réputation.
Leur passé répond de leur avenir ; peuvent-elles
laisser péricliter une industrie qui compta parmi
ses artisans Jean-Jacques lui-même, de qui
l’enfance pauvre se passa à limer des roues
fragiles d’engrenage et à polir de fines lames
de ressorts d’acier ?
Paul André.