ForsideBøgerExposition Universelle In…e L'exposition, Vol. II

Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II

Forfatter: E. Rossel

År: 1910

Sider: 500

UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel

Søgning i bogen

Den bedste måde at søge i bogen er ved at downloade PDF'en og søge i den.

Derved får du fremhævet ordene visuelt direkte på billedet af siden.

Download PDF

Digitaliseret bog

Bogens tekst er maskinlæst, så der kan være en del fejl og mangler.

Side af 526 Forrige Næste
L’EXPOSITION DE BRUXELLES 285 tanéité. Dans le paysage, le Nord fait sentir son approche. Une fraîche atmosphère vous en- veloppe. De toutes parts l’eau afflue, baigne les campagnes et pénètre dans la terre. Un fjord de Norwège ne ressemble pas à un fjord de Danemark. Dans ce pays de plaines, la mer entre dans les prairies, s’y étale en larges étangs qui au loin dentèlent l’horizon d’arabesques ar- gentées sur lesquelles un pâle soleil verse sa lumière blanche. On sent là l’union intime de la terre et des eaux. L’eau surgit de partout, elle paraît en conquérante au lointain des prai- ries, des bois et des villes, à l’improviste, comme un symbole poétique des fiançailles éternelles de l’océan et des îles. Mais rien n'égale en ma- jestueuse grandeur la vaste étendue de mer qu’on aperçoit de Skagen ou d’H eisingborg. On com- prend que les peuples primitifs qui s’établirent sur ses rives aimèrent l’Océan d’une ferveur pas- sionnée, qu’ils en prirent possession et s’appli- quèrent à la dompter comme on fait d’un ani- mal favori. Les temps sont bien changés depuis l’époque où les Normands partirent de cette contrée à la conquête du monde. Aujourd’hui, un peuple pacifique l’habite, un peuple épris de progrès, participant à la civilisation germanique puisque les traditions de sa race l’y rattachent, mais possédant assez de caractère et d’originalité pour donner aux tendances de son esprit une direction qui lui est propre. Les touristes qui ont visité le Danemark ont emporté de ce pays des im- pressions inoubliables. Lorsque le vaisseau a quitté Kiel, il s’engage dans les détroits du petit et du grand Belt. Bientôt, surgit la bande désolée et presque déserte de l’île de Laaland. Pendant plusieurs heures, on traverse une mer parsemée d’îles, puis la côte de Seeland ap- paraît à l’horizon ; c’est Korsoer, le premier port danois, avec ses moulins, qui nous rappelle une Hollande de fantaisie, puis la plaine avec ses vastes prairies, ses bouquets d’arbres, ses châ- teaux, ses vastes étangs, puis Roskilde, la petite ville toute remplie de souvenirs historiques et enfin Copenhague, la grande ville moderne active et turbulente. C'est là, au cœur du pays, qu’il faut étudier le Danemark, ses institutions, ses tendances, ses efforts. « En Angleterre, les grands bâtiments sont des usines ; en Allemagne, ce sont des casernes ; au Danemark des écoles », dit-on communément au pays d’Hamlet. Comme toutes les assertions de ce genre, celle-ci porte en elle une part d’exagération et une autre, très grande, de vérité. H est certain que l’instruction est fort déve- loppée au Danemark. Non seulement l’obligation existe, mais la loi qui la prescrit n’a pas besoin, pour être exécutée, des rigueurs d’une sanction pénale. La fréquentation scolaire est pour ainsi dire entrée dans les mœurs et nul parent ne cherche à priver ses enfants des bienfaits de l’instruction. Cela se fait de la manière la plus naturelle. Il semble que le contraire serait l’ex- traordinaire. Bien plus, le Danemarlc est par excellence le pays des universités populaires ou plutôt rurales. On en compte plus de quatre-vingt-dix répandues dans tout le royaume. Elles eurent pour fondateur le fameux évêque brundtwigs, cet apôtre de la patrie danoise qui lutta avec tant d’énergie pour son développe- ment et sa sécurité. Bien qu’elles aient un carac- tere confessionnel, ces universités poursuivent un but pratique, celui de faire bénéficier les Paysans d’une instruction supérieure qui les rende capables d’accroître les ressources de la terre et d’augmenter les revenus de leurs fer- rnages. Il est vrai que l’œuvre des universités rurales est battue en brèche par l’élément ra- dical, qui se réclame des théories du célèbre professeur Georges Brandes, mais les adversaires eux-mêmes de cet admirable système d’écoles rendent hommage au mérite de leur fondateur et reconnaissent les grands services qu’elles ont rendu à la cause de l’instruction populaire et au développement de la richesse nationale. On 1NTÉR1EUR DE LA SECTION DANOISE. en attaque les tendances, on n’en discute ni l’utilité ni la valeur. Mais il y a mieux encore. Le Danemark ne s’est pas seulement préoccupé de l’éducation des masses populaires et rurales ; il a aussi dirigé son attention vers les êtres déchus que des tares physiques ou intellectuelles semblent à ja- mais séparer du reste de l’humanité. C’est à ce pays que revient le mérite d’avoir fondé des écoles pour infirmes où ces deshérités de la nature reçoivent un enseignement approprié à leurs besoins. Ces établissements sont uniques en Europe et valent qu’on en étudie attentive- ment le fonctionnement et la bonne ordonnance. Copenhague possède également des écoles su- périeures de filles qu’on peut considérer comme des modèles. N’oublions pas que nous sommes dans un pays où l’agitation féministe est intense. Moins développé pourtant qu’en Suède ou qu’en Norwège, ce mouvement a pris au Danemark une extension considérable. N’y a-t-on pas récemment voté l’accession des femmes aux fonctions municipales ? Le Danemark ne possède pas de traditions artistiques. Pendant des siècles, les souverains de ce pays appelèrent à leur Cour des peintres flamands, hollandais et allemands pour exécuter les portraits des princesses de sang ou décorer les palais royaux. Karel Van der Meulen III exerça au XVIIe siècle une grande influence artistique. Quelques artistes apparurent. Mais leurs œuvres n’étaient que de timides essais ou de faibles imitations. Au XVIIIe siècle, un groupe de peintres se constitua. Ce fut l’épo- que d’Abilgaard et de Juel. Le classicisme do- minait, comme partout ailleurs, et c’était le clas- sicisme de France, des Pays-Bas et de l’Italie que l’on suivait. Au XIXe siècle, Eckersberg fonda une école prospère d’où sortirent des artistes de talent tel que le célèbre mariniste Malstrand. La peinture danoise se développa rapidement. Elle put bien- tôt se glorifier de Krôyer, universellement connu en Europe, de Julius Paulsen, de Michael An- cher, de Zahrtmann, de Wilhelm Hanmershoi, de Viggo Johansen, de Joachim Skovgaard. C’est à Skagen, dans une petite localité située à la pointe extrême du Jutland, en face de la mer immense que sillonnent sans cesse les vaisseaux traversant le Skagerak et le Kat- tegat, que les artistes danois se groupèrent. C’est en face de ce panorama émouvant de l’Océan en furie qu’ils prirent conscience d’eux- mêmes et qu’ils apprirent à connaître et à ai- mer la nature. Skagen fut leur Barbizon ou leur Tervueren. L’art danois séduit d’ailleurs par son carac- tère d’intimité et de tendresse. Quand ils ne s’inspirent pas directement de la nature, des fureurs ou des blandices de l’Océan, les peintres de ce pays expriment, avec un rare bonheur, le charme du foyer, la mélancolique douceur de la vie domestique, des intérieurs calmes et re- cueillis. C’est cela qui a fait dire qu’ils avaient recueilli l’héritage des petits maîtres hollandais. Certes, il ne faudrait pas prendre cet éloge trop à la lettre. Par là s’exprime uniquement cette idée qu’ils savent dégager la poésie que contiennent des objets et les choses, témoins muets et émus de notre vie quotidienne. Le Da- nemark ne possède pas de Pieter Van Hoog ou de Vermeer, et cependant certains intérieurs de Hammershoi ont en eux un charme inex- primable. Le Danemark se glorifia au XIXe siècle, d’un sculpteur illustre, Thorvaldsen, qui oublia les brumes du Nord pour faire revivre les belles formes de la statuaire antique. Le monument qui, à Copenhague, abrite ses œuvres, est sin- gulier, et s’il était nécessaire de prouver encore que l’architecture grecque convient peu aux pays septentrionaux, on pourrait citer cet exemple. L’influence exercée par Thorvaldsen est restée très grande dans la contrée. La capitale montre avec orgueil aux étrangers deux glyptothèques, ou musées de sculpture, dues à la munificence du brasseur Jacobsen, et l’art de la statuaire possède des représentants éminents tels que Bon- nesen, Bundgaard, Hansen-Jacobsen, Tegner et surtout le norwégien Stephan Sinding, qui a trouvé au Danemark une seconde et véritable patrie.