Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sider: 500
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
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tanéité. Dans le paysage, le Nord fait sentir
son approche. Une fraîche atmosphère vous en-
veloppe. De toutes parts l’eau afflue, baigne
les campagnes et pénètre dans la terre. Un
fjord de Norwège ne ressemble pas à un fjord
de Danemark. Dans ce pays de plaines, la mer
entre dans les prairies, s’y étale en larges étangs
qui au loin dentèlent l’horizon d’arabesques ar-
gentées sur lesquelles un pâle soleil verse sa
lumière blanche. On sent là l’union intime de
la terre et des eaux. L’eau surgit de partout,
elle paraît en conquérante au lointain des prai-
ries, des bois et des villes, à l’improviste, comme
un symbole poétique des fiançailles éternelles de
l’océan et des îles. Mais rien n'égale en ma-
jestueuse grandeur la vaste étendue de mer qu’on
aperçoit de Skagen ou d’H eisingborg. On com-
prend que les peuples primitifs qui s’établirent
sur ses rives aimèrent l’Océan d’une ferveur pas-
sionnée, qu’ils en prirent possession et s’appli-
quèrent à la dompter comme on fait d’un ani-
mal favori.
Les temps sont bien changés depuis l’époque
où les Normands partirent de cette contrée à
la conquête du monde. Aujourd’hui, un peuple
pacifique l’habite, un peuple épris de progrès,
participant à la civilisation germanique puisque
les traditions de sa race l’y rattachent, mais
possédant assez de caractère et d’originalité pour
donner aux tendances de son esprit une direction
qui lui est propre. Les touristes qui ont visité
le Danemark ont emporté de ce pays des im-
pressions inoubliables. Lorsque le vaisseau a
quitté Kiel, il s’engage dans les détroits du
petit et du grand Belt. Bientôt, surgit la bande
désolée et presque déserte de l’île de Laaland.
Pendant plusieurs heures, on traverse une
mer parsemée d’îles, puis la côte de Seeland ap-
paraît à l’horizon ; c’est Korsoer, le premier port
danois, avec ses moulins, qui nous rappelle une
Hollande de fantaisie, puis la plaine avec ses
vastes prairies, ses bouquets d’arbres, ses châ-
teaux, ses vastes étangs, puis Roskilde, la petite
ville toute remplie de souvenirs historiques et
enfin Copenhague, la grande ville moderne
active et turbulente. C'est là, au cœur du pays,
qu’il faut étudier le Danemark, ses institutions,
ses tendances, ses efforts.
« En Angleterre, les grands bâtiments sont
des usines ; en Allemagne, ce sont des casernes ;
au Danemark des écoles », dit-on communément
au pays d’Hamlet. Comme toutes les assertions
de ce genre, celle-ci porte en elle une part
d’exagération et une autre, très grande, de vérité.
H est certain que l’instruction est fort déve-
loppée au Danemark. Non seulement l’obligation
existe, mais la loi qui la prescrit n’a pas besoin,
pour être exécutée, des rigueurs d’une sanction
pénale. La fréquentation scolaire est pour ainsi
dire entrée dans les mœurs et nul parent ne
cherche à priver ses enfants des bienfaits de
l’instruction. Cela se fait de la manière la plus
naturelle. Il semble que le contraire serait l’ex-
traordinaire.
Bien plus, le Danemarlc est par excellence
le pays des universités populaires ou plutôt
rurales. On en compte plus de quatre-vingt-dix
répandues dans tout le royaume.
Elles eurent pour fondateur le fameux évêque
brundtwigs, cet apôtre de la patrie danoise
qui lutta avec tant d’énergie pour son développe-
ment et sa sécurité. Bien qu’elles aient un carac-
tere confessionnel, ces universités poursuivent
un but pratique, celui de faire bénéficier les
Paysans d’une instruction supérieure qui les
rende capables d’accroître les ressources de la
terre et d’augmenter les revenus de leurs fer-
rnages. Il est vrai que l’œuvre des universités
rurales est battue en brèche par l’élément ra-
dical, qui se réclame des théories du célèbre
professeur Georges Brandes, mais les adversaires
eux-mêmes de cet admirable système d’écoles
rendent hommage au mérite de leur fondateur
et reconnaissent les grands services qu’elles ont
rendu à la cause de l’instruction populaire et
au développement de la richesse nationale. On
1NTÉR1EUR DE LA SECTION DANOISE.
en attaque les tendances, on n’en discute ni
l’utilité ni la valeur.
Mais il y a mieux encore. Le Danemark ne
s’est pas seulement préoccupé de l’éducation des
masses populaires et rurales ; il a aussi dirigé
son attention vers les êtres déchus que des
tares physiques ou intellectuelles semblent à ja-
mais séparer du reste de l’humanité. C’est à
ce pays que revient le mérite d’avoir fondé des
écoles pour infirmes où ces deshérités de la
nature reçoivent un enseignement approprié à
leurs besoins. Ces établissements sont uniques
en Europe et valent qu’on en étudie attentive-
ment le fonctionnement et la bonne ordonnance.
Copenhague possède également des écoles su-
périeures de filles qu’on peut considérer comme
des modèles. N’oublions pas que nous sommes
dans un pays où l’agitation féministe est
intense. Moins développé pourtant qu’en Suède
ou qu’en Norwège, ce mouvement a pris au
Danemark une extension considérable. N’y a-t-on
pas récemment voté l’accession des femmes aux
fonctions municipales ?
Le Danemark ne possède pas de traditions
artistiques. Pendant des siècles, les souverains
de ce pays appelèrent à leur Cour des peintres
flamands, hollandais et allemands pour exécuter
les portraits des princesses de sang ou décorer
les palais royaux. Karel Van der Meulen III
exerça au XVIIe siècle une grande influence
artistique. Quelques artistes apparurent. Mais
leurs œuvres n’étaient que de timides essais
ou de faibles imitations. Au XVIIIe siècle,
un groupe de peintres se constitua. Ce fut l’épo-
que d’Abilgaard et de Juel. Le classicisme do-
minait, comme partout ailleurs, et c’était le clas-
sicisme de France, des Pays-Bas et de l’Italie
que l’on suivait.
Au XIXe siècle, Eckersberg fonda une école
prospère d’où sortirent des artistes de talent tel
que le célèbre mariniste Malstrand. La peinture
danoise se développa rapidement. Elle put bien-
tôt se glorifier de Krôyer, universellement connu
en Europe, de Julius Paulsen, de Michael An-
cher, de Zahrtmann, de Wilhelm Hanmershoi,
de Viggo Johansen, de Joachim Skovgaard.
C’est à Skagen, dans une petite localité
située à la pointe extrême du Jutland, en face
de la mer immense que sillonnent sans cesse
les vaisseaux traversant le Skagerak et le Kat-
tegat, que les artistes danois se groupèrent.
C’est en face de ce panorama émouvant de
l’Océan en furie qu’ils prirent conscience d’eux-
mêmes et qu’ils apprirent à connaître et à ai-
mer la nature. Skagen fut leur Barbizon ou
leur Tervueren.
L’art danois séduit d’ailleurs par son carac-
tère d’intimité et de tendresse. Quand ils ne
s’inspirent pas directement de la nature, des
fureurs ou des blandices de l’Océan, les peintres
de ce pays expriment, avec un rare bonheur,
le charme du foyer, la mélancolique douceur de
la vie domestique, des intérieurs calmes et re-
cueillis. C’est cela qui a fait dire qu’ils avaient
recueilli l’héritage des petits maîtres hollandais.
Certes, il ne faudrait pas prendre cet éloge
trop à la lettre. Par là s’exprime uniquement
cette idée qu’ils savent dégager la poésie que
contiennent des objets et les choses, témoins
muets et émus de notre vie quotidienne. Le Da-
nemark ne possède pas de Pieter Van Hoog
ou de Vermeer, et cependant certains intérieurs
de Hammershoi ont en eux un charme inex-
primable.
Le Danemark se glorifia au XIXe siècle, d’un
sculpteur illustre, Thorvaldsen, qui oublia les
brumes du Nord pour faire revivre les belles
formes de la statuaire antique. Le monument
qui, à Copenhague, abrite ses œuvres, est sin-
gulier, et s’il était nécessaire de prouver encore
que l’architecture grecque convient peu aux pays
septentrionaux, on pourrait citer cet exemple.
L’influence exercée par Thorvaldsen est restée
très grande dans la contrée. La capitale montre
avec orgueil aux étrangers deux glyptothèques,
ou musées de sculpture, dues à la munificence
du brasseur Jacobsen, et l’art de la statuaire
possède des représentants éminents tels que Bon-
nesen, Bundgaard, Hansen-Jacobsen, Tegner et
surtout le norwégien Stephan Sinding, qui a
trouvé au Danemark une seconde et véritable
patrie.