Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sider: 500
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
aussi aux autres os de la face et aux cornets
du nez. Toutes les dents deviennent doulou-
reuses. La gangrène de la mâchoire donne lieu
à des abcès et le travail de destruction de la
substance osseuse est lent et terrible. La mâ-
choire lutte, elle cherche à se réparer, recrée
des portions nouvelles d’os et rejette à travers
la chair les débris gangrenés ; les brèches lais-
sées dans la mâchoire sont comblées par des
sécrétions calcaires qui arrivent à en changer
complètement la forme primitive.
Les instituts provinciaux d’hygiène ont édicté
des mesures nombreuses de prudence pour les
ouvriers. Ceux-ci feraient mieux de choisir un
autre métier. Mais alors, qui préparerait les
bronzes phosphoreux dont les industries élec-
triques ont besoin, et les allumettes ? Le phos-
phore rouge, ordonné pour la fabrication de ces
dernières, est de beaucoup moins vénéneux.
Les industries du mercure, pour être moins
meurtrières, sont encore peu recommandables
également : inflammation des gencives, des os
maxillaires ; lui aussi occasionne la nécrose ou
gangrène, mais seulement partielle ; il décalcifie
le squelette, les os deviennent faibles. Les fonc-
tions de la génération sont troublées ; les mains
tremblent, la peau devient molle, flasque, c’est
la déchéance physique. Ces assassins sont tous
les amalgames du mercure avec les métaux, ainsi
que ses composés : chlorures, sulfures, nitrate,
sulfate, fulminate.
Et qu’y a-t-il à l’actif du plomb ?
Celui-ci est nuisible sous tous ses états, li-
tharge, céruse, minium, acétate, plomb métalli-
que, alliages chromés, sulfate de plomb. Mal-
heureusement, les usages du plomb sont nom-
breux. Au point de vue danger, il blêmit la
face, gonfle les gencives, attaque la sensibilité
nerveuse, cause la perte momentanée de l’usage
des sens, cécité, surdité, odorat, goût, toucher ;
occasionne des paralysies, des troubles de la
volonté ; diminue et fait même disparaître le lait
chez les mères ; enfin, pour mettre le comble
à ses abominations, poursuit les pères dans leur
descendance : s’ils sont intoxiqués par le plomb,
leurs enfants sont maladifs.
Le manganèse occasionne l’amaigrissement et
l’hydropisie des membres inférieurs, des an-
goisses, des rires et des pleurs impulsifs, en
même temps qu’un affaiblissement de l'intelli-
gence.
Ses combinaisons sont nombreuses : byoxide,
couleurs de manganèse, alliages avec les métaux,
acétate, borate, chlorure, oxydes, carbonate,
oléate, sulfate, acide manganique, permanganate
de potassium.
Les acides et alcalis vont à peu près clore
notre liste meurtrière. Ils agissent par contact
ou par émanations sous forme de vapeurs qui
imprègnent les voies respiratoires. Ce sont les
acides nitrique, sulfurique, prussique ; la potasse
et la soude ; l’ammoniaque, le cyanure de po-
tasse, les sulfocyanures. Ces substances occa-
sionnent des empoisonnements chroniques qui
n’ont cependant pas l’importance des précé-
dents.
Enfin, même la manipulation des produits
désinfectants a ses dangers. Le sublimé, l’acide
phénique, l’aldéhyde formique, l’eau de chlore,
le chlorure de chaux, par leurs émanations, irri-
tent la peau, les yeux, provoquent de la toux,
des crachements de sang.
Et voilà le conditionnement physique et moral
de milliers de travailleurs des deux sexes aux-
quels on réclame journellement, pendant de lon-
gues heures, de l’intelligence et du cœur a
l’ouvrage !
Les méthodes préconisées pour la diminution
de ces maux effroyables sont la grande propreté,
la bonne nourriture et une parfaite ventilation
des ateliers. Ce que nous entendons par ven-
tilation ce n’est pas d’ouvrir portes et fenêtres,
mais de faire disposer dans les fabriques des
installations aspiratrices modernes, qui remplis-
sent toutes les conditions désirables.
En Angleterre, le Home Office est le dépar-
tement du gouvernement chargé de l’adminis-
tration des mesures relatives au travail et à
l'industrie, qui visent à assurer la sécurité, la
santé et le bien-être des personnes employées
dans les mines, carrières, usines, ateliers, docks,
boutiques et construction des édifices.
On verra avec intérêt son exposition.
LA PARTICIPATION DANOISE
Entre la Perse et la Turquie, au milieu de
l'exotisme uniforme de l’Orient, apparaît la claire
ordonnance, multiple et complexe, d'un pays
d’Europe. C’est le Danemark qui installe là
ses produits et dont le portique d’architecture
singulière nous rappelle les vieux monuments
de la Scandinavie.
L’exposition du Danemark n’est pas grande,
mais elle est intéressante par sa variété et par
la valeur des produits exposés. Dès l’entrée, nous
remarquons un superbe étalage de porcelaines
et de faïences de Copenhague. Puis, plus loin,
LA FAÇADE DE LA SECTION DANOISE.
des objets de céramiques encore, provenant de la
manufacture nationale, des livres édités par l’im-
primerie royale, des appareils de gymnastique
qui nous font souvenir du rôle que la gymnas-
tique occupe dans l’éducation scandinave, des
produits de la laiterie danoise, des conserves,
des tapis, des étoffes décoratives et, bien à tort,
dissimulées à la partie postérieure du pavillon,
des cartes postales publiées par le Touring-Club
local qui nous laissent deviner quelques paysages
urbains ou quelques sites campagnards de cette
pittoresque contrée.
Tous ces produits sont admirablement présen-
tés, dans un ordre parfait. Nous le répétons,
l'exposition du Danemarl< n’occupe qu'un es-
pace restreint, mais elle attire l’attention. Son
succès date des premiers jours ; elle se présenta,
dès l'ouverture, claire, pimpante, toute blanche,
faisant déjà admirer ses belles poteries artis-
tiques aux teintes d’azur, aux nuances soyeuses
et fauves. Dès les premiers jours, alors que
peu d’étrangers n’étaient venus encore, on pou-
vait voir le messager de la section se promener
en ville, avec, sur sa casquette, une inscription
en une langue inconnue qui dût intriguer bon
nombre de nos concitoyens. Cela portait ce
mot : Bybud, et cela voulait tout simplement
dire dans la langue de Brandes: « Messager
urbain ».
Le public vint visiter assidûment la section
danoise lorsque seule elle était terminée, au milieu
des constructions inachevées des compartiments
voisins. On vient la voir avec le même intérêt,
maintenant qu’autour d’elle des nations plus ri-
ches étalent leurs splendeurs.
Et très naturellement, en visitant ces stands
si bien ordonnés, l’esprit se reporte vers le pays
qui les organise et dont ils contiennent les
produits. Le Danemark n’est qu’un petit pays.
Son territoire, une presqu’île et quelques îles,
est restreint ; sa population ne s’élève pas à
beaucoup plus de deux millions d’habitants, mais
ce petit pays joue un rôle important dans la
civilisation européenne. Il eut, au cours du siècle
dernier, des poètes tels que Holger Drachmann,
des artistes tels que Kröyer, des penseurs tels
que Kjerkegaard et Georges Brandes.
Le Danemark forme pour ainsi dire le chaînon
qui unit la Scandinavie à l’Allemagne. Le ger-
manisme s’adoucit dans cette contrée. Il y a
moins de rudesse, moins d’efforts, plus de spon-