ForsideBøgerExposition Universelle In…e L'exposition, Vol. II

Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II

Forfatter: E. Rossel

År: 1910

Sider: 500

UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel

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L’EXPOSITION DE BRUXELLES 91 Tout cela est d’une simplicité naïve, naïve, mais combien charmante et combien persuasive ! Forcément, l’ouvrier, le paysan, le petit bour- geois, tous ceux qui passeront devant le tryp- tique de la maison Franchomme s’arrêteront, ils seront séduits par la joliesse des pastels — à la composition desquels Mme Franchomme ne doit pas être étrangère — et ils ne pourront pas regarder sans penser. Résultat essentiel. L’une des salles les plus intéressantes de la section est celle des Habitations ouvrières. Plu- sieurs sociétés ont exposé des maisons en réduc- tion, des miniatures de maisons que l’on vou- drait emporter pour les donner comme jouets à ses enfants. La Société des habitations à bon marché de l’agglomération bruxelloise nous montre une superbe bâtisse d’une blancheur algérienne. Mais c’est surtout le Comité de pa- tronage des habitations ouvrières et des insti- tutions de prévoyance d’Ixelles qui s’est dis- tingué. Il nous présente une rue, toute une longue rue, avec ses maisons d’architecture variée, toutes coquettes et si riantes avec leurs toits rouges ! A côté du présent, l’avenir : un sociologue, Mlle G. Rossignon, a imaginé un monumental palais d’ouvriers, dont les proportions gigan- tesques ne nous échappent pas, malgré la di- mension joujou de la maquette. Mais ce palais, c’est surtout une caserne. A ce projet somptueux, d’une munificence déconcertante, combien nous avons préféré l’Eden d’ouvriers qu’a exposé aussi M''e Rossignon : un grand verger et des prairies où paissent des vaches et des moutons, avec, de-ci, de-là, épinglées parmi les arbres couverts de fruits, de jolies petites maisonnettes toutes pimpantes, d’une exquise fraîcheur de tons. La section d’Economie sociale de l’Exposition de Bruxelles atteste l’importance exceptionnelle prise par la question de l’habitat ouvrier dans les préoccupations des hommes d’œuvres de tous les partis. La Belgique, à cet égard, n’a rien à envier aux autres pays. Il faut dire que la Législation belge est l’une de celles qui ont le plus fait pour rendre la propriété accessible à tous. L’accessibilité à la propriété! Si l’on réflé- chissait bien, on verrait que la profonde agi- tation revendicatrice qui se manifeste dans tous les pays n’a pas d’autre objectif. Au fond, toute la question sociale est là. Mais le grand tort et le grand écueil des doctrines nouvelles, c’est de vouloir la propriété par des moyens de commu- nisme, alors que le communisme c’est l’entre- déchirement de la propriété. C’en est même la négation. Ce qui est à tous n’est à per- sonne. Quand vous êtes dans un jardin public, vous n’avez nullement la sensation d’être dans votre jardins Ce qui seulement donne l’impres- sion de la propriété, c’est le chez soi, la maison à soi, le jardin à soi. Nous avons depuis longtemps, quant à nous, la conviction qu’il faudrait spécialement cher- cher de ce côté la solution du problème qui tient une si large place dans nos préoccupations sociales. On réclame de tous côtés la partici- pation aux bénéfices, la prime à l’effort à côté du salaire. On a raison. Mais, nous voudrions voir cette sorte de siipersalaire se déverser dans des caisses pour la construction d’habitations, de maisonnettes propres et claires dont l’ouvrier aurait la propriété, ou tout au moins la jouis- M. HUBERT, MINISTRE DE L’INDUSTRIE ET DU TRAVAIL, PRONONCE LE DISCOURS D’OUVERTURE. sance, au bout d’un certain nombre d’années de travail. Ce n’est pas parce qu’il touchera une prime annuelle, — qui sera souvent bien vite gaspillée, — que l’ouvrier aimera davan- tage l’usine. Mais il aimera l’usine qui lui don- nera ou lui aura donné sa petite maison, c’est- à-dire non plus le droit à la propriété, mais la propriété elle-même, la réalité et non plus la chimère. C’est l’intérêt personnel qui, par l’incitation du besoin à apaiser ou l’appât d’une satisfaction, pousse l’homme à s’imposer l’effort nécessaire ; mais c’est surtout l’esprit de propriété. Et c’est par l’accessibilité, par l’appropriation à la propriété qu’on guérira la société du mal actuel qui la dévore. La décence de l’habitat est la base même d’un bon état social. Le grand ennemi de la classe ouvrière, c’est l’estaminet, et l’estaminet serait moins fréquenté si l’ouvrier pvait un logis, sinon confortable, du moins clair, aéré, propre. Un grand pas a été fait en Belgique pour la réalisation de cet idéal. Depuis la mise en vigueur de la loi de 1880, la Caisse d’Epargne a avancé successivement, pour la construction ou l’acquisition d’habitations ouvrières, des capi- taux dont l’ensemble dépasse 80 millions, qui ont permis de mettre à la disposition des classes laborieuses environ 42.600 maisons (1). La conception belge des maisons ouvrières s’écarte heureusement de la conception améri- caine qui a donné lieu, là-bas, au proverbe: « Quand on ne peut mettre les gens en largeur, on les met en hauteur. » La cité ouvrière, en Belgique, nous apparaît comme une très heu- reuse résurrection du béguinage. C’est la même division dans la collectivité. On vit tout en- semble et chacun est chez soi. On ne cherche pas à construire de ces vastes casernes comme à Vienne et dans certaines villes allemandes. Au système du « block » à logements multi- ples, qui n’est souvent qu’un capharnaüm malsain, on préfère le système du « cottage », qui est celui du « home » dans tout ce que ce mot comporte de confort simple, mais hygié- nique. Il est seulement dommage que les néces- sités d’économie et le mauvais goût des entre- preneurs fassent le plus souvent de ces « cotta- ges » des habitations tristes et froides d’une banalité navrante. Il suffirait de si peu de chose pour leur donner un petit cachet de coquetterie ! Henri Charriaut. 1. Particularité digne de mémoire, c’est en Belgique, à Verviers, un peu après 1830, que fut faite la première tentative de « la maison ouvrière à l’ouvrier ». M. de Biolley construisit, dans cette ville, une série de petites maisons (composées d’un rez-de-chaussée et d’un étage et agrémentées d’un jardin assez spacieux) qui furent toutes cédées à des conditions minimes aux familles de travailleurs. Cette entreprise philanthropique a précédé celle de Mulhouse qui s’est faite une grande renommée dans le monde pour ^première application de l’idée- Verviers revendique à juste droit cette priorité.