ForsideBøgerExposition Universelle In… De L'exposition, Vo.l 1

Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910
Organe Officiel De L'exposition, Vo.l 1

Forfatter: E. Rossel

År: 1910

Sted: Bruxelles

Sider: 452

UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel

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118 L’EXPOSITION DE BRUXELLES allégoriques, des natures mortes exécutées souvent en collaboration avec Snvders, Fyt, Van Utrecht, des cartons pour tapisseries et décors (dessinés à l’occasion de l’entrée à Anvers du cardinal- infant). Jordaens est un peintre à la rustique et savou- reuse imagination. Jusque dans ses oeuvres mai- tresses, où il aborde un sujet grandiose, il garde son caractère de Flamand fruste et un peu rude. Il nous semble l’auditeur des récits faits à la veillée dans les chaumières de Flandre, lorsque l’aïeul récite aux enfants placés en cercle autour de lui quelque fable du père Gats. On croit voir l’artiste prendre son crayon et illustrer la simple et savoureuse histoire. C’est ainsi que Jordaens a plusieurs fois retracé sur la toile les détails d’une de ces fables familières. Le satyre et le paysan lui fournirent des répliques nombreuses. Celle que conserve l’ancienne Pina- Un événement de la vie domestique, la fête des rois, fournira à Jordaens l’occasion d’exercer sa verve facile et abondante. On remarquera que la plu- part des sujets traités par le maître flamand sont empruntés à l’existence ordinaiie de ses contem- porains. L’artiste trouve ainsi un moyen de les sur- prendre dans leurs attitudes familières, dans l’ex- pression la plus naturelle de leurs joies et de leurs plaisirs. La fête des rois était plus que tout autre populaire en Flandre. Elle provoquait les larges ripailles, les franches beuveries depuis longtemps attendues. Lorsque le roi boit, c’est une explosion de joie, de rires et de chants qui salue un des actes le plus cher au peuple flamand. La volupté — le mot assurément n’est pas trop fort — la volupté de boire et de manger anime tous les êtres, les hommes expriment leur satisfaction par de gros rires qui distendent leurs faces ridées, les femmes paysans, échappés de la ferme voisine, regardant curieusement hébétés le saint mystère offert à leurs regards. Un broc de lait aux cuivres brillants, apporté de l’étable, remplace les présents fastueux; mais cependant il y a sur ces visages rustiques que dore le soleil, sur la face inondée de lumière de la Vierge, qui se détache sur un fond d’ombre digne de Caravage, tant de sereine beauté, une expression si sincère, que le spectateur oublie le sujet, trop librement traité peut-être, pour ne plus admirer cette vie pénétrante qui palpite sur la toile. Jordaens ne donne pas toujours au Christ la sereine beauté sous laquelle les peintres nous le représentent. Dans le Christ chassant les vendeurs du Temple, du Musée du Louvre, le visage du Christ est sans expression et l’Homme-Dieu est lui-même placé en dehors du groupe principal formé par les marchands, et qui est, celui-là, Jordaens. — Les Chanteurs cothèque de’Munich nous montre le satyre entouré de sa famille. La femme, aux cheveux lisses, a le visage rond, calme et souriant que nous retrou- vons si souvent dans les œuvres du maitre. Le paysan assis à table a la mine un peu sauvage, contrastant avec le visage ironique et moqueur de la divinité mythologique qui s’étonne de la con- duite de son hôte, dont la bouche souffle égale- ment le froid et le chaud. Un enfant s’accoude familièrement sur le dossier de la chaise où l’étranger prend son repas. Des animaux errent çà et là, donnant à la scène son caractère rus- tique et plaisant; un chat minaude sous la table, un chien ronge un os, un bœuf semble écouter attentivement les paroles du satyre son maître, tandis qu’un coq juché sur un panier semble prêt à pousser son cri triomphal. Toute cette scène est empreinte d’humour et de savoureuse ironie. La Fontaine ne nous a pas dit avec plus de charme que l’artiste ne l’a peinte l’amusante fable du Satyre et du Paysan. se prélassent satisfaites, les enfants boivent grave- ment comme s’ils accomplissaient eux-mêmes un acte important, et le chien, ami de la famille, erre près des brocs vides à la recherche de la pitance qui lui permettra de participer à la joie géné- rale. Jamais Jordaens ne montre plus d’originalité, de verve primesautière, jamais il n'est plus lui- même, flamand de sa race, que dans ces tableaux familiers lorsqu’il fixe en un décor bigarré et splen- dide l’apologue où le paysan flamand a résumé sa raison railleuse, sa sagesse indolente et... ses appétits profonds. Jacques Jordaens semble inférieur dans l’exécu- tion des scènes religieuses où l’inspiration doit s’élever et se soutenir. Certes, dans quelques œuvres, telles que Y Adoration des Bergers, on est un peu choqué du réalisme rustique des person- nages. Nous sommes loin de la production italienne qui entourait la Vierge et l’Enfant de mages magni- fiques, étincelants de pierreries, courbés dans une mystique admiration. Ici ce sont de frustes d’une grande beauté. L’agitation des trafiquants fouettés par le Christ, qui se culbutent et se renversent au milieu de leurs marchandises et des divers animaux amenés là pour la vente est d’un pittoresque et d’une vie rarement atteints. Jordaens montra parfois qu’il avait à l’égal de Rubens lui-même le sens de la composition : dans l’Adoration des Mages de l’église Saint-Nicolas, à Dixmude; dans le Christ au Temple, de Mayence; dans son triomphe du prince Frédéric-Henri, de la salle d’Orange de la Maison du Bois à La Haye. Il reste, dans l’école flamande, un maître coloriste. Ses rouges sont magnifiques; ses toiles ont des clartés blondes comme la Cérès lumineuse qu’il se plaît si souvent à évoquer. Réaliste et fougueux au début, il s’attendrit ensuite en des grâces emprun- tées, mais son originalité est si puissante qu’il tranforme ce qu’il s’assimile, et c’est la Flandre même, rustique et opulente à la fois, qui traverse son œuvre. Arthur De Rudder.