ForsideBøgerExposition Universelle In… De L'exposition, Vo.l 1

Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910
Organe Officiel De L'exposition, Vo.l 1

Forfatter: E. Rossel

År: 1910

Sted: Bruxelles

Sider: 452

UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel

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84 L’EXPOSITION DE BRUXELLES nait à son âme d’artiste. Rubens possédait, à mi- chemin entre Malines et Bruxelles, le château du Stein, dont il nous a lui-même transmis l’image dans un de ses tableaux, actuellement à la National Gallery. Rubens s’était marié deux fois : la première avec Isabelle Brant, qui lui donna deux fils; la seconde avec Hélène Fourment, dont il eut cinq enfants. Il s’est plu à reproduire sur la toile les traits des compagnes de sa vie. On connaît ses portraits d’Isabelle Brant aux Musées de La Haye et de Munich, d’Hélène Four- ment dans les collections d’Amsterdam, de Munich et de Vienne Rubens mourut à An- vers le 3o mai 1640. Sa, mort fut l’occasion d’un’ deuil national. Le clergé de la ville, les membres du Magistrat, de l’Aca- démie des peintres, de la noblesse et de la bour- geoisie suivirent le corps de celui qui avait été le plus grand peintre de sa génération et qui demeu- rera une des gloires de l’art universel. Rubens est une des fi- gures les plus puissantes que nous offre l’histoire de tous les temps; et cependant il est bien l’homme de son époque, la synthèse de cette Re- naissance abondante en génies qui enfanta ces artistes remarquablement doués et si complets; ces intelligences ouvertes à toutes les tendances de l’esprit humain, égale- ment puissants par l’acti- vité imaginative qui pro- duit et qui crée, par la raison et l’habileté tech- nique qui coordonne et qui exécute. Léonard de Vinci est tout à la fois peintre, mathématicien, architecte et statuaire; Michel-Ange joint aux talents de sculpteur et du peintre ceux du poète et de l’ingénieur; Erasme est artiste, érudit, litté- rateur et philosophe; Ru- bens peut s’apparier à ces génies universels : il pos- sède toutes les connais- sances littéraires que peut avoir un homme de son temps; outre la plupart des langues modernes, il parle le latin comme un humaniste'; un Filarète ou un Politien ne l’eussent pas renié; il est gentilhomme de cour, élégant et raffiné, diplomate habile, versé dans les artifices subtils que donne la fréquentation des princes de son temps; Castiglione l’eût mis en bonne place dans son Courtisan. La faculté de production de Rubens fut énorme, son activité prodigieuse. Cet homme, que durent absorber souvent les soucis des affaires publiques, ne peignit pas moins de 1,207 tableaux; c’est presque en se jouant qu’il peignit ses chefs-d’œuvre immortels. En art, aucun genre ne lui est étranger; il les aborde tous avec la même facilité, avec la même puissance : portraits, scènes familières, sujets religieux, historiques ou allégoriques, paysages, animaux, natures mortes, plans d’architecture, décorations de fêtes, cartons pour tapisseries, dessins d’imprimerie. Partout et toujours il s’af- firme comme un maître. Il est à la fois chrétien et païen, sublime ou tempéré, grave ou joyeux. Il est surtout fastueux et opulent. Il semble qu’il ait éprouvé toutes les ferveurs, ressenti toutes les passions, goûté à toutes P.-P. Rubens. — La Descente de Croix (Anvers) L’art de la composition atteint la perfection chez Rubens. Les Italiens eux-mêmes n’ont pas porté cette science jusqu’aux limites où le peintre flamand l’a poussée. Examinons par exemple, entre tant d’autres, sa Montée au Calvaire du Musée de Bruxelles. Sur l’âpre chemin de douleur le Christ s’est affaissé; un soldat soutient la croix; Marie Madeleine, émue et belle de toute l’opu- lence que le peintre est accoutumé de donner à la grande repentie, essuie la face ensanglantée du divin martyr. Pour apitoyer les bourreaux, des femmes élèvent vers eux des enfants implo- rants. Ce groupe vivant et vibrant est placé au centre même du tableau; il en est pour ainsi dire la partie émotive, celle qui doit inspirer notre pitié. La partie qui le domine l’œuvre gique : més de 'va donner à sa grandeur tra- des cavaliers ar- piques, porteurs les voluptés. Il est « humain » dans toute l’accep- tion du terme, en ce sens qu’il peint tous les senti- ments qui peuvent agiter une âme humaine. S’il traite un sujet religieux, aucun mysticisme ne peut troubler la sereine raison de ses conceptions. Le vague n’habite pas cet esprit fermement équilibré. Il nous représente la divinité sous .la forme d’une humanité supérieure, tendue à l’infini vers le grand, le noble et le beau. L’homme se glorifie et s’épure en elle, et l’on dirait parfois qu’un grand coup d’aile l’emporte vers des régions inconnues à nos sens. de fanions, l’occupent; un maître de cavalerie, impassible, inexorable, étend le bâton du com- mandement et ordonne au sinistre cortège de continuer sa route; en face de la pitié et de la douleur, de l’imploration des femmes et du sourire de l’enfant, le guerrier, l’autorité; poursuit l’exé- cution de la barbare sen- tence. Au bas de la toile dès soldats entraînent les deux larrons, honteux, dirait-on, de mêler l’igno- minie de leur supplice à celui de. l’Homme-Dieu. Et ces trois groupés, qui suivent une marche pa- rallèle, sont comme en- traînés dans un tour- billon vers quelque cime auguste, vision tragique mais pacifiée et sereine, calme comme la ' beauté souveraine, émue cepen- dant de toute la pitié qui s’exhale d’une . doulou- reuse humanité.- Dans \a.Descente de Croix de la cathédrale d’Anvers la même gé- niale ordonnance se ré- vèle. Autour du Christ descendu de l’instrument de supplice, et que la blancheur du linceul rend plus livide et plus pâle, les physionomies des assistants et dès aides forment comme un rythme de douleur et de pitié. Chacune d’elles, a son expression particulière, .chacune d’elles, clame sa souffrance..C’est l’huma- nité entière qui entoure de sa commisération le Christ exsangue et inerte., Arthur De Rudder. (A suivre.)