ForsideBøgerExposition Universelle In… De L'exposition, Vo.l 1

Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910
Organe Officiel De L'exposition, Vo.l 1

Forfatter: E. Rossel

År: 1910

Sted: Bruxelles

Sider: 452

UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel

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L’EXPOSITION DE BRUXELLES 83 LA PEINTURE FLAMANDE LE XVI" SIÈCLE Rubens Pierre-Paul Rubens naquit le 28 juin 1577 à Siegen (Allemagne). Son père, Jean Rubens, échevin de la ville d’Anvers, avait quitté sa cite natale pendant les troubles qui éclatèrent dans les Pays-Bas. On le soupçonnait vaguement d’hérésie. Le duc d’Albe exerçait en Flandre ses rigueurs. Ce simple soupçon entraînait aisément un arrêt d em- prisonnement ou de mort. Jean Rubens chercha la sécurité dans l'exil. C’est donc sur une terre étrangère que le grand peintre anversois vit le jour. Rubens resta à Cologne jusqu’à la mort de son père, c’est-à-dire jüsque.vers sa dixième année. En 1587, la paix étant rétablie en Flandre, sa mère revint à Anvers. L’exil avait pris fin. L enfant allait développer son génie naissant dans la patrie retrouvée, dans l’ambiance même de sa race. Ses biographes nous rapportent qu’il fit de brillantes études; Quand celles-ci furent terminées on le plaça en qualité de page chez la comtesse de Lalaing ; mais la servilité de ces fonctions déplut au jeune homme, qui se sentait entraîné vers de plus hautes destinées. Il épelait déjà en balbutiant le livre où la nature parle son langage mystérieux et sublime. Sa vocation d’artiste se précisait : il serait peintre. Il affirma sa volonté et, après quelques hésitations, sa mère céda à ses désirs. Rubens fit son premier apprentissage chez Tobie Verhaegt; il passa ensuite dans l’atelier de Adam Van Noort, puis dans celui d’Otto Vœnius. Ce furent là ses premiers maitres, les artisans de son génie. Les facultés du jeune peintre se déve- loppèrent rapidement. Il posséda bientôt toute la science qu’un élève peut recevoir de ses aînés; mais pour que son talent acquît sa complète maturité, l’Italie devait lui donner la suprême leçon du génie. Sur les conseils d’Otto Vœnius, Rubens se dirigea vers la péninsule. Le vieux peintre son maître lui avait assuré, avant son départ, la protection des archiducs Albert et Isabelle, princes éclairés, qui gouvernaient alors les Pays-Bas. Le jeune artiste quittait la Flandre muni des meil- leures recommandations. L’avenir s’ouvrait à lui sous les plus brillantes couleurs. Rubens visita d’abord Venise, la terre promise des artistes flamands, qui retrouvaient dans la grande cité maritime les traditions des grands coloristes de leur pays. Il admira les œuvres du Titien, de Giorgione, de Bellini, du Tintoret et de Véronèse. Mais il s’arracha bientôt à cette contem- plation des chefs-d’œuvre de l’école vénitienne. Le duc de Mantoue, averti de sa valeur, l’appelait auprès de lui pour le nommer peintre) officiel de sa principauté. Mantoue était alors le siège d’une cour fastueuse. Tout y parlait de la gloire de Jules Romain. Ses fresques ornaient le palais ducal. Dans les tableaux de son élève, le jeune artiste pouvait étudier et comprendre déjà le génie de Raphaël. Rubens passa plusieurs années à la cour du duc de Mantoue. Celui-ci l’employait à copier les œuvres dont ses galeries étaient pleines. Il se servit aussi de lui comme ambassadeur. Il l’envoya en mission auprès du roi d’Espagne. L’artiste possé- dait toutes les qualités qui sont l’apanage d’un gentilhomme accompli. La souplesse et la subtilité de son intelligence le prédisposaient aux finesses de la diplomatie. Ce peintre pouvait être à ses heures un homme de cour, cet artiste pouvait être un ambassadeur dépositaire des secrets les plus importants de l’Etat et habile dans l’art de déjouer les ruses de la politique. Mais les honneurs dont il fut comblé en Espagne et auprès du duc Gonzague ne détournèrent pas l’artiste de la mission qu’il s’était proposée. Il ne paraît pas d’ailleurs que le séjour qu’il fit à Mantoue l’ait complètement satisfait. Quelle que fut la considération qu’on lui accordât, Rubens avait dans le duc un maître un peu capricieux, et l’indépendance de son caractère s’accommodait mal de cette servitude dorée. Le peintre quitta Man- toue. Il visita successivement Florence, où agoni- sait l’ancienne école toscane; Rome, toute pleine encore de la gloire de Raphaël et de Michel-Ange; Bologne, où triomphait l’art éclectique des Carrache; Milan, où Léonard de Vinci vivait encore dans la renommée de sa Cène immortelle. Il était à Gênes lorsqu’il apprit la mort de sa mère ; cette douloureuse nouvelle fut pour lufle signal du retour. Rubens arriva à Anvers en janvier 1609. C’est dans cette ville, berceau de sa race, qu’il vivra désormais. L’amitié des archiducs Albert et Isabelle, ses premiers protecteurs, le retint d’ailleurs dans les Pays-Bas. C’est là que sa gloire grandit. C’est là qu’il conçut et exécuta ses chefs-d’œuvre, que, tantôt pour orner la chapelle d’une gilde, tantôt pour satisfaire la vanité d’un puissant abbé ou les caprices d’un prince fastueux, il peignit ces tableaux qui ont rendu son nom immortel. En 1620, Marie de Médicis, femme de Henri IV et mère de Louis XIII, confia à Rubens le. soin d’orner une galerie de son palais du Luxembourg. Lé peintre flamand vint à Paris et consacra deux années entières à peindre la série de tableaux où étaient retracés les principaux épisodes de la vie de Henri IV et de Marie de Médicis. Sa renommée s’accroissait sans cesse. L’archiduchesse Isabelle, régente des Pays-Bas, avait mis sa confiance dans Rubens; Nous avons déjà dit que l’artiste possédait des talents remar- quables de diplomate. La princesse le chargea, de diverses missions à l’étranger. Elle l’envoya auprès des Hollandais révoltés. Et là Rubens se lia d’amitié avec quelques peintres illustres de ce pays, notamment avec Joachim Sandrarti, Poelenburgh, Gérard Honthorst, etc. Il se rendit également en ambassade auprès du roi Charles Ier d’Angleterre, afin de hâter la conclusion d’un traité de paix entre l’Espagne et l’Angleterre. Il semble que l’artiste trouvât dans lès hautes missions dont il était chargé un repos à sa pensée, un stimulant à son activité créatrice. C’est de cette période, en effet, que datent ses principaux chefs-d’œuvre. Dans son atélier se. pressaient les artistes qui devaient continuer la tradition de son art. C’étaient, parmi les plus talentueux,Van Dyck, Van Thulden, Schuts, Van Diepenbeck, Quellyn, Van Hoecke, Franchoys, Craeyer, etc. Souvent le maître leur confiait 1 achèvement d’un tableau commencé. Il ne dédaignait pas non plus la colla- boration d’autres peintres célèbres, par laquelle son travail était allégé. C’est ainsi que Jean Brueghel, dit de Velours, François Snyders, Lucas Van Uden peignirent parfois les fonds de ses paysages. Le grand homme n’avait rien à redouter de ces échanges. Son génie s’était affirmé depuis long- temps. Il vivait dans une aube de gloire. Rubens, créé chevalier par le roi d’Espagne Phi- lippe III, menait une vie de grand seigneur. Ses missions diplomatiques lui avaient concilié l’amitié des princes, son talent lui avait donné la popu- larité. Il séjournait à Anvers dans un palais qu’il avait orné des chefs-d’œuvre de l’art. Des antiques qu’il avait rapportés de Rome, des objets rares et précieux, créaient autour de lui cette ambiance de raffinement et d’élégance qui conve-