Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910
Organe Officiel De L'exposition, Vo.l 1
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sted: Bruxelles
Sider: 452
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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^EXPOSITION DE BRUXELLES
L'ARCHITECTURE MODERNE
C’est en architecture surtout- qu’il est difficile
de contenter tout le monde.
Certains, ainsi que l’a fétit observer M. Plumet,
prétendent que notre époque si curieuse et même
si troublante au point de-vue de la vie politique,,
économique et sociale n’a pas encore opéré sa
aux grandes, lignes reposantes élégamment enjo-
livées s’harmoniserait avec le cadre grandiose et
calme à la fois.
Aussi y a-t-il unanimité — à quelques grin-
cheux professionnels près — pour féliciter l’ingé-
nieux auteur de l’heureuse solution qu’il a su
Le fer — ou l’acier qui n’est qu’un fer aristo-
cratique, raffiné, quintessencié, plus savant et plus
subtil — le fer triomphe sur toute la ligne. Il est
le roi du monde.
Le fer, sous toutes ses formes, est facteur essen-
tiel de
transformation dans le domaine de l’Ar-
chitecture et de l’Art décoratif.
Evidemment, la plupart du temps, les
artistes mettent à contribution les styles
passés, mais cela ne signifie pas’ qu’ils
soient inaptes à créer.
La vérité est que l’artiste est prison-
nier des contingences. Il n’a, le plus
souvent, ni le choix de remplacement ni
celui du budget.
Et au surplus, lorsqu’en dépit des
étroites limites fixées à sa fantaisie il
cherche à faire du neuf, que se passe-t-il?
Ceci : des critiques, déroutés s’insurgent
et ceux-là même qui demandaient de la
nouveauté sont les premiers à crier à la
profanation de l’art parce que l’artiste ne
les a pas consultés avant de se mettre au
travail.
J.-K. Huysmans, dont chacun se plai-
sait à vanter l’intuition esthétique après
avoir honni M. Garnier et son Opéra,
Eiffel et sa tour, s’en prit, lors de la der-
nière grande exposition parisienne, à
Pilot. Boute.
M.
Architecte en
ACKER
chef de l’Exposition
la
céra-
mique, à cette céramique dont on se promettait
des effets sensationnels.
Les bâtiments du Champ-de-Mars ? Baraques
construites pour satisfaire le goût des provinciaux
et des rastas.
« A ce point de vue, s’écriait l’auteur de Là-Bas,
les architectes ont pleinement atteint leur but ; ils
ont fabriqué de l’art transocéanien, de l’art pour
les Américains et les Canaques.
» Comment qualifier autrement, en effet, ces
deux dômes trapus, bas1,' craquelés comme des
cendriers japonais, vernissés d’un émail turquoise,
rechampi d’or; ces longues galeries précédées de
vérandas de fonte, aux 'colonnes bourrées , de
poteries creuses, au métal peint en bleu ciel;
comment qualifier surtout la troisième coupole
surmontée d’un génie d’or, la coupole qui couvre
cette entrée monumentale, ouvragée de sculp-
tures massives, bardée de statues et de tètes,
écussonnée de blasons de villes? On dirait d’une
moitié de poire, la queue en l’air, d’un scaphandre
géant, émaillé, troué de verrières, lamé d’or,
bariolé d’azur et glacé de brun. Et nichés, par-
tout, autour des galeries, dans des plis d’ori-
flammes, ce sont des génies nus brandissant des
caducées et des palmes, ce sont des enfants jouf-
flus, des bottes de chicorées couleur d’étain, des
breloques pour nez de sauvages, encore mêlées à
des armoiries de cités surmontées de couronnes
murales à créneaux d’or.
) )C’est le triomphe de la mosaïque, de la
faïence, de la brique émaillée, du fer peint en
chocolat beurré et en bleu ; c’est l’affirmation de
donner au problème
esthétique et scientifique
notre civilisation intensive et de tous les
prodiges dont cette fin de siècle est si
fière.
Sans doute la possession du fer n’im-
plique pas nécessairement un état avancé
de civilisation : les peuplades de l’Afrique
centrale en sont la preuve collective et
vivante. Mais en revanche, sans le fer, il
ne saurait être de civilisation supérieure.
Supposez que le fer n’ait point existé,
ou qu’on n’ait pas découvert le secret de
sa fabrication, ou que ce secret vienne à
se perdre...
N’en serait-ce pas fait ipso facto de
tout ce qui constitue notre richesse, notre
puissance et notre gloire?
Encore un peu et le fer aura totalement
transformé l’art social, et fondé l’archi-
tecture de l’avenir, un art aux envolées
hardies, aux formes à la fois robustes et
graciles, fines et majestueuses, auquel
force sera bien que notre œil, tout d’abord
effarouché, s’accoutume, comme il s’est
graduellement accoutumé, non sans effort,
la polychromie la plus ardente; c’est
criard, emphatique et mesquin...
» Du coup, il faut bien l’avouer, le
goût des tailleurs de la pierre est surpassé.
lourd et
mauvais
))
Arrêtons-nous ici et félicitons-nous donc de
l’idée directrice dont semble s’être inspiré M.Acker
pour la façade principale de notre World’s Fair.
En face du Bois, d’une si tranquille et poétique
beauté, l’architecte a compris que seul un art
en même temps qui lui était soumis.
Car, il ne faut pas l’oublier, le charme des yeux
n’est pas le seul facteur dont il faille tenir compte
dans des bâtiments destinés à une exposition. De
plus, l’emploi du fer limite, jusqu’à certain point,
la fantaisie de l’artiste. Et ici nous retrouvons à
nouveau les critiques aprioristes pour qui le fer
en
M.
Ingénieur
architecture
ALFRED AIASION
des travaux de l’Exposition
constitue l’abomination de la
désolation.
Le neuf déroute toujours, mais le rôle du fer
ne fera que grandir — non seulement dans l’art de
la construction, mais dans tous les domaines de
l’activité humaine.
à la substitution progressive aux lourds équarris-
sages de bois et aux épais amoncellements de
pierres d’autrefois, des profils légers et des dente-
lures compliquées des constructions métalliques.
Et d’ailleurs, avant même le triomphe de l’archi-
tecture du fer, il ne fut pas une,seule architecture
— il est bon de le signaler — dans laquelle le fer
ne tint, fut-ce seulement sous les modestes espèces
et apparences de clous (avec ou sans métaphore),
une fonction essentielle.
On verra en 1910, au Solbosch, que le fer ne le
cède en rien au bois et à la pierre et au marbre!
Quoique les misonéistes en disent, notre exposi-
tion démontrera aux esprits chagrins que les
artistes ont été émus par l’intense mouvement
d’idées qui a marqué la fin du XIXe siècle et que
quelques-uns d’entre eux ont essayé de fixer en des
formes nouvelles les besoins de l’individu dans la
société moderne.
Ces manifestations sont encore rares, il est vrai,
mais il en existe déjà de concluantes.
Au surplus, un style ne fut jamais créé par une
seule œuvre, non plus par un unique artiste, mais
l’on peut noter plus d’une manifestation, nous le
répétons, susceptible de faire constater que le
mouvement existe et qu’à pas lents l’évolution
s’accomplit.
L’architecture a toujours été le texte sublime
où se lisent les changements souvent insensibles
et les lentes évolutions de la pensée humaine. On
le trouve à la base et au sommet de la civilisation.
Ce serait donc manquer totalement de sagesse,
comme l’observe Guillaume Dubufe, que de con-
clure à l’impossibilité où se trouverait peut-être
l’avenir — à supposer la croissance désormais
continue de la valeur scientifique des idées ____
d’exprimer autrement, d’extérioriser à nouveau
certaines formes de la pensée accrue, alors que la
beauté même de l’antique matière semble, pour
toutes sortes de raisons, de climat, de mœurs, ou
de conceptions philosophiques, sociales, échapper
chaque jour davantage à l’ingénieux ouvrier
comme au pensif artiste.
D.