Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sider: 500
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
elle avait, du reste, un but bien déterminé : la
participation aux expositions entrait dans le
système de cette politique pacifique par laquelle
le gouvernement démocratique que la France
s’est donné, a remplacé la politique belliqueuse
de la France royale et impériale. Malgré les
difficultés qu’un parlement parfois tatillon et
brouillon crée souvent au ministère du quai
d’Orsay, la troisième République a, en effet,
dans sa politique étrangère un esprit de suite
que la France n’a plus connu depuis le beau
temps de Louis XIV. Dégagée des traditions et
des ambitions conquérantes, qui pendant long-
temps empêchèrent la diplomatie française d’y
voir clair, elle cherche uniquement, par un sys-
tème d’équilibre et d’alliance, à sauvegarder sa
situation internationale et son domaine colonial.
Mais elle ne cesse d’affirmer son respect du
droit des peuples et son humeur paci'ique. Elle
ne poursuit le rayonnement français que dans
les arts de la paix. Les exposiions, mieux en-
core que les actes diplomatiques, lui servent à
affirmer cette humeur pacifiste nouvelle en
France, et il y a, dans la courtoisie qu’elle met
à figurer le plus brillamment possible dans
toutes les foires internationales, un esprit de
système qui apparaît à tous ceux qui savent
regarder.
Aussi les expositions françaises à l’étranger
sont-elles très savamment organisées : on y sent
le fruit d’une longue expérience, d’une expé-
rience un peu sceptique, mais qui fait de chaque
exposition française une incontestable réussite.
Cette expérience même a pour résultat ordi-
naire que la participation française n’a géné-
ralement pas l’originalité de quelque pays très
neuf dans l’art des expositions. Toutes les
sections françaises se ressemblent, mais cette
ressemblance est peut-être ce qui en fait l’inté-
rêt et la valeur. A quoi bon changer ce qui
est bien ? La France a inventé un type d’expo-
sition qui donne l’exact reflet de son goût
moyen ; pourquoi ne s’y pas tenir ?
Les architectes français s’y tiennent, et tout
leur art, et toute leur science n’est que d’appro-
prier ce type aux pays où ils exposent, aux
locaux qu’on met à leur disposition. Mais cette
appropriation, dont le grand public ne distingue
pas les difficultés, exige une grande science,
un art et un goût exquis. Dès que l’on pénètre
dans la section française à l’Exposition de
LA GRANDE GALERIE D’HONNEUR.
Bruxelles, on se sent séduit par cet air de mo-
destie élégante. Point de brillante nouveauté,
mais aucune de ces lourdes fautes de goût que
l’on trouve autre part. N’y cherchez pas assu-
rément les raffinements de l’art français dans
M. JEAN DUPUY,
Ministre du Commerce et de l’industrie.
ses formes parfaites et durables ; ne vous y
mettez pas en quête d’une esthétique définitive
et savante. Dans des colonnes de staff, sous des
chapiteaux de plâtre, dans le tohu-bohu d’une
foire internationale où il faut bien attirer les
regards de la foule, l’art français, nécessaire-
ment, se vulgarise un peu : il faut mêler la
figure de la République et le drapeau tricolore
à tous les motifs de décoration. Mais l’habileté
de M. de Montarnal, l’architecte de la section,
a été d’admettre cette vulgarité nécessaire sans
laquelle son œuvre eût paru figée aux yeux
de l’immense public qui veut d’abord dans les
expositions de la joie et de la vie, mais de
l’endiguer, de l’amenuiser, si l’on peut ainsi
dire, de telle manière qu’au milieu de toutes les
vulgarités environnantes, elle garde un air de
distinction, d’aristocratie.
Certes, pour l’artiste délicat, auquel le sou-
venir d’Azay-le-Rideau, de la cathédrale de
Chartres, du Palais de Justice de Rouen, de
l’Hôtel de Bourgthéroulde ou du château de
Trianon a donné le sens de la perfection, la
section française de l’exposition de Bruxelles
est tout de même un peu « exposition ». Mais
le grand public qui y trouve l’éclat, la gaîté,
le clinquant qu’il aime dans les expositions,
y goûte, mise à sa portée, la sensation d’élé-
gance et de plénitude que donne cet art parfait.
Il faut beaucoup de talent pour évoquer dans
un salon d’honneur bâti provisoirement en bois
et en plâtre — décoré il est vrai d’admirables
tapisseries du Garde-Meuble — le souvenir de
ces châteaux royaux où se sont dépensés le génie
et la richesse de la France.
La parfaite convenance d’une décoration à
son objet, voilà ce qui fait le mérite archi-
tectural de la section française, et cette réussite
est due non seulement au talent personnel de
M. de Montarnal, mais aussi au mérite de toute
l’école dont il est le représentant, et surtout au
tempérament artisti pie d’un peuple, très vivant
certes, et qui pourtant bénéficie d’une antique
civilisation.
Une vieille civilisation, tout un passé de cul-
ture, l’effort d’approprier un splendide et glo-
rieux héritage à des besoins nouveaux, tel est
le spectacle que donne la France contemporaine,
spectacle dont on peut voir le reflet dans cha-
cune de ces expositions.
Comme ses devancières, l’exposition française
de Bruxelles a le rare mérite, en effet, de mettre
très bien en lumière les ressources et les grâces
de la France, ses richesses naturelles et ses
splendeurs acquises. De tous les pays du monde,
la France est peut-être celui que la Nature a le
plus favorisé au point de vue des agréments
de la vie. Quel gourmet ne se délecterait en
imagination à visiter cette galerie de l’alimen-
tation française, où l’on voit représentés les
grands crus de la Bourgogne, du Beaujolais,
du Bordelais, les eaux-de-vie, les marcs, les
liqueurs fameuses, puis tous les savoureux pro-
duits de ces riches provinces qui, toutes, ont
leur spécialité culinaire ? Qui ne songerait, en
passant entre ces vitrines, à la vieille auberge
française où l’ordinaire, préparé par l’hôtesse, est
digne du souvenir fameux de Brillat-Savarin ?
Mais la France a d’autres moyens de séduire :
les expositions du vêtement, de la parfumerie,
des modes, les étalages de ces couturiers illus-
tres qui façonnent à leur fantaisie la beauté
féminine, attirent la partie la plus aimable et
la plus élégante du public, tandis que les stands
des fabricants de meubles évoquent avec beau-
coup d’art cette vie de société, cette vie de
salon qui n’est parfaite qu’en France.
En cet art du meuble, pourtant, si la richesse
du passé assure la permanence d’un goût exquis,
on pourrait craindre qu’elle ne nuisît à l’esprit
d’invention. Il est si simple de refaire les
meubles admirables des fameux ébénistes du
XVIIIe siècle: pourquoi s’efforcer de chercher
des ornements nouveaux quand il suffi: d’appli-
quer ceux que d’incomparables artistes dessinè-
rent ! Pourtant, la France aussi s’est essayée
dans l’art moderne, mais avec plus de prudence
et souvent avec plus de bonheur que les autres
pays. Le salon d’art décoratif qui occupe le fond
des galeries françaises au Solbosch est char-
mant dans son ensemble. Il a pour organisateur
l’architecte Lambert, qui a très bien su grouper
les éléments disparates dont il se compose et