Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sider: 500
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
les secrets des ruines qui couvrent l’empire des
shahs n’ont pas été révélés encore. Bien des
tombeaux notamment, contemporains de celui de
Cyrus à Pasargades et de l’hypogée de Darius
LA FAÇADE DE LA SECTION PERSANE.
à Persépolis, n’ont pas encore révélé tout ce
qu’ils pourraient nous apprendre sur une his-
toire, un art et des religions influencés de tous
temps par les apports de l’étranger : que ces
influences aient été hellénistiques, égyptiennes,
babyloniennes ou phéniciennes.
*
* *
Considérez les vieilles faïences rangées sur de
longues étagères, dans un coin sombre où pé-
nètre difficilement la lumière tamisée avec ava-
rice par ces tissus bariolés et souples tendus
en plafond sur à peu près toute la surface des
bazars bien achalandés de la section. Par leurs
formes peu variées, par leurs dessins rudimen-
taires et leur coloris bleu-foncé sur un fond blanc
un peu bleuté, ne semblent-elles pas emprunter
un aspect de parenté avec nos Delfts occidentaux,
malgré que nul rapport n’ait existé jamais, évi-
demment, entre les artisans hollandais et ceux
du Khorassan et du Faristan, dont même la terre
dont ils se servaient n’a plus aujourd’hui, assure-
t-on, d’analogue dans le pays ?
Les châles de cachemire que nos mères
portaient et qui, introduits en Europe au
XVHIe siècle, furent longtemps leur parure élé-
gante, nous en pouvons voir dans la Section
d’admirables, vieux spécimens brodés à la soie,
en sept ou huit tons, sur des tissus d’Asie d’une
finesse sans seconde.
Pouvons-nous nous empêcher de penser à nos
Dinanderies, naguère au loin tant réputées,
lorsque nous regardons les buires, les coffrets,
les coupes, les boucles, les tasses, les manches
de couteau, les anneaux de cuivre patiemment
ciselés que nous offrent les vendeurs au teint
mat, à la voix zézayante, coiffés du bonnet d’as-
trakhan national ?
Et voici les étoffes lourdes de soie brodées
d’or et d’argent ; voici les vieux livres dont
les pages enluminées, contemporaines parfois
peut - être des quatrains voluptueux d’Omar
Kheyyâm, tombent en poussière ; voici les mon-
naies de métal précieux bien antérieures pus
modernes iomans d’or et aux krans d'argent
dont des spécimens, comme aussi ceux des
timbres-poste et des banknotes de l’empile qui
s’européanise, sont exposés aux regards ; voici
des armes : cimeterres ébréchés, longs couteaux
d’argent sortis à demi de leurs gaines enrichies
de pierreries ; voici des pièces d’armures, cui-
rasses, casques de fer, couvre-nuque en mailles,
gantelets rouillés ; voici de .riches vestes de
velours fané sur quoi l’or s’épaissit en brillants
reliefs.
Mais à côté de ce passé mort, vit l’actif, habile
et pullulant négoce d’aujourd’hui. Mille bibelots,
de ces riens qu’un peu de fil tordu, de mosaïque
assemblée, de verres teintés, agencent gracieuse-
ment ; des parfums ; des étoffes arachnéennes
peintes avec pittoresque ; des améthystes et des
turquoises peu coûteuses ; des écharpes dans la
soie desquelles sont accrochées des perles ou des
paillettes d’argent ; des napperons brodés de
fils roses et bleus dessinant des arabesques
ingénieuses et des fleurs rares ; des meubles de,
bois sombre aux formes imprévues et patiem-
ment ouvragés ; des plats et des vases de cuivre ;
des lanternes qui prennent l’aspect d’animaux
fantastiques, —■ tout cela s’entasse et se marie
en une confusion pittoresque et disparate à la
fois.
Parmi ces étalages de bibelots, ces expositions
d’objets de fantaisie et de luxe, ces pièces pré-
cieuses ou ces habiles copies évoquant l’art
disparu d’un peuple qui fut des plus grands
et des plus riches d’entre tous ceux du monde,
on est soudain étonné de découvrir, très petite,
toute seule de son genre, une vitrine que gar-
nissent les échantillons de tous les minerais
recélés par les roches persanes. Avec les mon-
naies, les timbres-poste et les billets de banque,
1
INAUGURATION DE LA SECTION PERSANE.
ces menus fragments d’or, d’argent, de plomb,
ces traces de mercure, de cuivre, de fer, d’an-
timoine, d’arsenic et de soufre, ces morceaux de
charbon, d’asbeste, de travertin, ces quelques
roches ignées sont les seuls témoins de la ri-
chesse commerciale et de la modernisation éco-
nomique d’un pays que beaucoup de Belges sont
allés doter de chemins de fer, de postes, de
douanes et d’écoles.
*
* *
Et puis, enfin, voici les mille tapis, les très
vieux et les tout récents, ceux que le temps et
l’usage ont fanés et usés, tandis que leur valeur
n’en croissait pas moins, et ceux qui réjouissent
l’œil par la fraîcheur éclatante de leurs cou-
leurs savamment appariées.
On se montre telle pièce unique tout en soie,
de sept mètres carrés de surface, dont la con-
fection a demandé six années de la vie de trois
jeunes femmes de Chirâz et qui constituera un
des lots de 50,000 francs de la Loterie de
l’Exposition. On passe, religieusement, la paume
de la main sur la douceur moelleuse des petits
tapis de prière autour du clair centre en forme
de portique desquels sont ti.sés, fil à fil, nœud
par nœud, des attributs et des symboles cha-
toyants. Ou bien du pied l’on foule d’épais tapis
de laines sombres, des carpettes dont le labeur
patient a usé combien de pauvres yeux de filles
inlassablement penchées sur le mé.ier que nulle
de nos plus merveilleuses mécaniques n’a pu
supplanter jusqu’ici !
Au lendemain du jour où, en présence de
M. Hubert, notre ministre du travail, S. E.
Mahmoud khan, ministre de Perse à Bruxelles,
inaugura solennellement la section, un grand
journal allemand imprima que ce compartiment
si artistiquement mis en valeur par les soins de
MM. Goldzieher et Coetermans était le « coin
privilégié » de l’Exposition. 11 m’a paru que
l’éloge n’était pas excessif.
Paul André.