ForsideBøgerExposition Universelle In…e L'exposition, Vol. II

Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II

Forfatter: E. Rossel

År: 1910

Sider: 500

UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel

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114 L’EXPOSITION DE BRUXELLES » Mon devoir d’historien m’ordonne aussi de raconter les désastres mêlés aux triomphes, ainsi que les grands cri nes et égarements nationaux plus humiliants que les désastres. On verra que les choses que nous considérons à juste titre comme nos plus bienfaisantes conquêtes ne furent pas sans alliage. On verra que le système qui assura nos droits et les mit si complètement à l’abri des empiètements du pouvoir royal donna naissance à une nouvelle classe d’abus dont les monarchies absolues sont exemptes. On verra que, par suite de l’intervention et de la négligence également impolitiques du gouver- nement, l’accroissement de la richesse et l’ex- tension du commerce produisirent avec d’im- menses bienfaits quelques maux, auxquels échap- pent les sociétés pauvres et grossières. On verra comment, dans deux contrées dépendantes de la couronne, 1’iijustice reçut rapidement son châ- timent ; comment l’imprudence et l’entêtement bri èrent les liens qui unissaient les colonies de l’Amérique du Nord à la mère-patrie ; comment l’Irlande, condamnée à la domination d’une race sur une autre race, d’une religion sur une autre religion, ne fut plus qu’un membre desséché et flétri de l’empire bri annique, dont elle ne cessa pourtant de faire partie, mais sans ajouter au- cune force au corps politique, objet repoussant montré au doigt par tous ceux qui craignaient ou enviaient la grandeur de l’Angleterre, sujet éternel de leurs reproches. » Cependant, ou je me trompe fort, ou ce récit plein de variété et de contrastes aura pour effet général d’éveiller la reconnaissance dans tous les esprits religieux, et l’espérance dans tous les cœurs patriotiques. Car l’histoire de notre pays pendant les dernières cent soixante années est éminemtnent l’histoire du progrès ma- tériel, moral et intellectuel. Ceux qui comparent l’époque dans laquelle il leur a été donné de vivre avec un âge d’or qui n’existe que dans leur i nagination peuvent parler d’abâtardisse- ment et de décadence ; mais tous ceux qui ont une connaissance précise du passé ne se senti- ront point disposés à porter sur leur époque un jugement morose et désespéré. » Et, en effet, c’est l’idée dominante du grand hi torien anglais que de montrer comment la lente et prudente évolution libérale de l’Angle- terre l’a condui e nécessairement à cette haute situation de prospérité matérielle et d’empire moral où elle est parvenue. Avec cette dignité simple qui est une des vertus anglaises, Mac- aulay entreprend d’enseigner que son pays a mérité, par sa sagesse et sa générosité, le grand rôle qu’il tient dans l’histoire et si son patrio- tisme l’égare quelquefois sur la légitimité de certaine poli.ique, il n’en est pas moins vrai que tout homme de bonne foi apprend en le li'ant à reconnaître l’importance du rôle civili- sateur d’une nation qui a inventé le parlemen- tarisme et le libre échange et qui sertie, peut- être, est arrivée à tirer de ces institutions tout le parti qu’on en pouvait tirer. Le fait est que si d’autres peuples ont des qualités plus brillantes, des facultés d’invention plus vives et plus ac- tives, un idéalisme plus désintéressé et plus gé- néreux, aucun n’offre au même degré que le peuple anglais cet heureux équilibre d’idéalisme et de réalisme. Aucun ne possède au même point cette faculté d’harmoniser le culte du passé et l’amour du présent, le traditionalisme le plus formaliste et l’esprit d’initiative ; aucun n’a comme lui l’art de s’adapter aux conditions de la vie économique, à l’imperfection du réel. Tandis que les peuples latins s’insurgent contre ce qui, dans la nature, ne se conforme pas à l’idéal de justice et de bonheur raisonnable, ou plutôt rationnel, qu’ils se sont forgé, les races anglo-saxonnes, d’i nagination moins vive, et que la rigueur du climat accoutuma depuis des siècles à tirer le meilleur parti possible de la nature et de la terre, se résignent à l’imper- fection. Elles savent tirer le meilleur parti pos- sible des circonstances où le hasard les a placées. Cette psychologie manque peut-être d’élan et de noblesse. Mais les Anglais la relèvent par ce sens inné et profond de la dignité humaine qui en fait véritablement un peuple chef. Qui ne verrait là un admirable produit de la culture humaine ? Aucune histoire mieux que l’histoire d’An- gleterre, aucune civilisation mieux que la civi- L’EMPIRE BRITANNIQUE CARTE PUBLIÉE PAR LE Times, LE 24 MAI 1909.