Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sider: 500
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
» Mon devoir d’historien m’ordonne aussi de
raconter les désastres mêlés aux triomphes, ainsi
que les grands cri nes et égarements nationaux
plus humiliants que les désastres. On verra que
les choses que nous considérons à juste titre
comme nos plus bienfaisantes conquêtes ne
furent pas sans alliage. On verra que le système
qui assura nos droits et les mit si complètement
à l’abri des empiètements du pouvoir royal
donna naissance à une nouvelle classe d’abus
dont les monarchies absolues sont exemptes. On
verra que, par suite de l’intervention et de la
négligence également impolitiques du gouver-
nement, l’accroissement de la richesse et l’ex-
tension du commerce produisirent avec d’im-
menses bienfaits quelques maux, auxquels échap-
pent les sociétés pauvres et grossières. On verra
comment, dans deux contrées dépendantes de la
couronne, 1’iijustice reçut rapidement son châ-
timent ; comment l’imprudence et l’entêtement
bri èrent les liens qui unissaient les colonies de
l’Amérique du Nord à la mère-patrie ; comment
l’Irlande, condamnée à la domination d’une race
sur une autre race, d’une religion sur une autre
religion, ne fut plus qu’un membre desséché et
flétri de l’empire bri annique, dont elle ne cessa
pourtant de faire partie, mais sans ajouter au-
cune force au corps politique, objet repoussant
montré au doigt par tous ceux qui craignaient
ou enviaient la grandeur de l’Angleterre, sujet
éternel de leurs reproches.
» Cependant, ou je me trompe fort, ou ce
récit plein de variété et de contrastes aura pour
effet général d’éveiller la reconnaissance dans
tous les esprits religieux, et l’espérance dans
tous les cœurs patriotiques. Car l’histoire de
notre pays pendant les dernières cent soixante
années est éminemtnent l’histoire du progrès ma-
tériel, moral et intellectuel. Ceux qui comparent
l’époque dans laquelle il leur a été donné de
vivre avec un âge d’or qui n’existe que dans
leur i nagination peuvent parler d’abâtardisse-
ment et de décadence ; mais tous ceux qui ont
une connaissance précise du passé ne se senti-
ront point disposés à porter sur leur époque
un jugement morose et désespéré. »
Et, en effet, c’est l’idée dominante du grand
hi torien anglais que de montrer comment la
lente et prudente évolution libérale de l’Angle-
terre l’a condui e nécessairement à cette haute
situation de prospérité matérielle et d’empire
moral où elle est parvenue. Avec cette dignité
simple qui est une des vertus anglaises, Mac-
aulay entreprend d’enseigner que son pays a
mérité, par sa sagesse et sa générosité, le grand
rôle qu’il tient dans l’histoire et si son patrio-
tisme l’égare quelquefois sur la légitimité de
certaine poli.ique, il n’en est pas moins vrai
que tout homme de bonne foi apprend en le
li'ant à reconnaître l’importance du rôle civili-
sateur d’une nation qui a inventé le parlemen-
tarisme et le libre échange et qui sertie, peut-
être, est arrivée à tirer de ces institutions tout
le parti qu’on en pouvait tirer. Le fait est que si
d’autres peuples ont des qualités plus brillantes,
des facultés d’invention plus vives et plus ac-
tives, un idéalisme plus désintéressé et plus gé-
néreux, aucun n’offre au même degré que le
peuple anglais cet heureux équilibre d’idéalisme
et de réalisme. Aucun ne possède au même point
cette faculté d’harmoniser le culte du passé et
l’amour du présent, le traditionalisme le plus
formaliste et l’esprit d’initiative ; aucun n’a
comme lui l’art de s’adapter aux conditions de
la vie économique, à l’imperfection du réel.
Tandis que les peuples latins s’insurgent contre
ce qui, dans la nature, ne se conforme pas à
l’idéal de justice et de bonheur raisonnable, ou
plutôt rationnel, qu’ils se sont forgé, les races
anglo-saxonnes, d’i nagination moins vive, et
que la rigueur du climat accoutuma depuis des
siècles à tirer le meilleur parti possible de la
nature et de la terre, se résignent à l’imper-
fection. Elles savent tirer le meilleur parti pos-
sible des circonstances où le hasard les a placées.
Cette psychologie manque peut-être d’élan et
de noblesse. Mais les Anglais la relèvent par
ce sens inné et profond de la dignité humaine
qui en fait véritablement un peuple chef. Qui
ne verrait là un admirable produit de la culture
humaine ?
Aucune histoire mieux que l’histoire d’An-
gleterre, aucune civilisation mieux que la civi-
L’EMPIRE BRITANNIQUE
CARTE PUBLIÉE PAR LE Times, LE 24 MAI 1909.