ForsideBøgerExposition Universelle In…e L'exposition, Vol. II

Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II

Forfatter: E. Rossel

År: 1910

Sider: 500

UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel

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L’EXPOSITION DE BRUXELLES 115 lisation anglaise ne démontre, en effet, que ce qui fait l’unité d’un peuple, ce n’est pas la race, c’est la culture. En France aussi, bien des mé- langes ethniques se sont accomplis, bien des races se sont rencontrées. Mais la fusion s’est faite à une époque trop reculée pour que nous puissions nous rendre compte de la façon dont elle s’est accomplie. Quand l’invasion franque apporta en Gaule le dernier élément constitutif de la nation française, les peuples unifiés par Rome avaient déjà mêlé dans leurs veines, au sang barbare des mytérieuses races préhistori- ques, l’ardeur méridionale des Ligures, l’humeur rêveuse des Celtes, la belliqueuse obstination des Gaulois belges. En Angleterre, ce mélange s’est presque fait sous l’œil des chroniqueurs, sinon des historiens. Rome avait à peine effleuré le vieux fond gaélique quand les légions se retirèrent pour aller défendre de plus riches pro- vinces, les conquérants saxons se trouvèrent en présence d’une population désemparée et à demi- sauvage. Ils organisèrent une puissante barbarie agricole qui longtemps vécut en marge de l’Eu- rope, à ce point que l’on avait pu affirmer à Procope qu’il se trouvait dans cette île loin- taine des Bretons, une province où la terre était couverte de serpents et où l’air était tel qu’un homme l’ayant respiré ne pouvait survivre à ce funeste voyage. Dans cette région désolée, les âmes des morts étaient transportées de la terre des Franks à l’heure de minuit. Une étrange race de pêcheurs accomplissait ce fantastique office. Ces funèbres bateliers entendaient dis- tinctement les discours des morts sous le poids desquels le navire enfonçait profondément dans les vagues, mais qui néanmoins demeurait invi- sible. Telles étaient les merveilles qu’un habile historien, contemporain de Bélisaire et de Tri- bonien, racontait gravement dans l’opulente et polie Constantinople, touchant un pays où plu- sieurs empereurs avaient porté la pourpre. Pour toutes les autres provinces de l’Empire d’Occi- dent, nous avons une série ininterrompue de do- cuments : Ce n’est que dans la Grande-Bretagne qu’une époque fabuleuse sépare complètement deux époques historiques. Odoacre et Théodoric, Euric et Thrasimund, Clovis et Frédégonde sont des hommes et des femmes dont on peut recons- tituer la personnalité historique, mais Hengist et Horsa, Vortigern et Rowena, Arthur et Mordred sont des personnages légendaires dont les aventures peuvent être mises sur le même rang que celles de Romulus et d’Hercule. Même après que la conversion des Saxons au Chris- tianisme eut apporté un peu d’ordre et de lu- mière dans cet obscur empire, il demeura singu- lièrement en retard, et il fallut la conquête nor- mande pour le faire entrer dans l’ordre de la ci- vilisation européenne. Ces Normands, le plus brillant des peuples conquérants que la Ger- manie répandit dans le monde, s’étalent complè- tement francisés depuis que Charles le Simple leur avait cédé la province française qui depuis lots porta leur nom à ce point qu’ils furent un temps les plus brillants représentants de la Civilisation française. C’est le ferment qu’ils apportèrent dans la terre barbare des Angles et des Saxons qui a produit cet heureux mélange de qualités nobles et de vertus solides dont est faite l’Angleterre. Mais il a fallu pour cela que d’abord s’opérât la fusion des deux races, fusion d’autant plus difficile que les conquérants n’eurent, pendant longtemps, qu’un invincible MACHINES AGRICOLES dédain pour les sujets qu’ils avaient asservis. II a fallu que la monarchie française, enfin cons- tituée, eût exc'u de son sol les souverains anglo- normands et la brillante aristocratie qui les entourait, il a fallu Jeanne d’Arc. Mais depuis que, confinés dans leur île, les barons normands comprirent qu’ils étaient décidément les compa- triotes des fermiers anglo-saxons qui vivaient avec eux, une .évolution ininterrompue a établi dans un rayon toujours plus vaste la valeur civilisatrice du peuple qui gouverne les vagues. Certes, cette civilisation anglaise dont la force d’expansion ne peut faire de doute, n’a point la générosité brillante, l’universalité humanitaire de la civilisation française ; elle n’est pas l’édu- catrice qui persuade, elle conseille la religion de la Force et non celle de la Vérité. Elle n’en- seigne pas la liberté de l’esprit, mais sa sou- mission aux nécessités sociales ; elle ne combat pas pour la justice idéale, mais pour la justice relative qui doit régner dans une société bien ordonnée. Mais cette infériorité même au regard de l’Absolu est peut-être ce qui la rend la meilleure éducatrice des peuples barbares, des peuples tout neufs. C’est ce sens de la vie, cet instinct qui fait que jamais un Anglais ne fait l’ange, de peur de faire la bête, cet art de ne pas pousser trop loin le besoin de perfection, de peur de se perdre dans les nuages, à quoi l’on doit, semble-t-il, cette unité de style, dont les manifestations se remarquent dans toute la vie anglaise, dans l’art ang'ais, comme dans la politique, comme dans l'industrie, comme dans la religion anglaise ; les Anglais ont une façon à eux d’adorer le Seigneur, comme une façon à eux de coller des étiquettes sur des boîtes de conserves. Il suffit de se promener à l’Exposition de Bru- xelles sous les voiles bleus de la section anglaise pour se rendre compte de cette unité de style. Les beaux draps des manufactures d’Angleterre et d’Ecosse, les faïences Ruskin, les porcelaines de Wedgwood, les modèles de navires des chan- tiers de la Clyde, les meubles anciens et mo- dernes exposés dans les vitrines du Solbosch sont loin de représenter toute l’Angleterre. De même, l’art anglais est insuffisamment repré- senté au Parc du Cinquantenaire. Mais tout cela porte, si nettement inscrite, la marque britan- nique, que l’on sent, même dans cet éphémère étalage, un reflet saisissant de cette puissante civilisation à qui tous les peuples doivent quelque chose. Il y a peut-être là un des côtés les plus inté- ressants des expositions universelles : un peuple vraiment original met sa marque sur les moin- dres choses qu’il expose, et l’on peut apprécier dans une certaine mesure la puissance et la pro- fondeur de son influence dans le monde, la légi- timité de la place qu’il y tient, à ce que sa participation à une exposition universelle a de vraiment et de nationalement original. L. Dumont-Wilden. Un homme politique anglais disait: « Nous avons besoin tous les dix ou quinze ans d’un coup de fouet pour nous tenir en haleine.» En ‘^99 ce fut la guerre du Transvaal; c’est aujourd’hui à la fois le grand assaut des libé- raux contre les conservateurs pour imposer, avec des lois sociales, une fiscalité plus démocratique, et 1 effort des protectionnistes pour abolir la doctrine du « laissez-faire, laissez-passer », effort si formidable que la dernière motion libre-échan- giste présentée à la Chambre des communes (avril 1910) ne put réunir que 235 voix contre 202, le groupe irlandais s’abstenant, alors qu’il y a quatre ans plus des deux tiers des membres du parlement se groupaient encore autour de la cause libérale. L’heure est grave et décisive pour l’Angle- terre. Il s’agit de savoir : D’une part, si le libre-échange qui l’emporta, il y a soixante-dix ans avec Cobden contre lord George Bentinck, va succomber sous les coups d’un impérialisme chaque jour plus envahissant, et si, rompant avec toutes les traditions qui ont fait sa gloire, sa grandeur et sa richesse, la nation anglaise va se lancer dans la voie de la guerre des tarifs, du protectionnisme à outrance et de la lutte commerciale avec le reste du monde ;