Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sider: 500
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
ment entre les propriétaires d’étalons approuvés
par les commissions provinciales et les proprié-
taires de juments présentées à ces commissions
avec un poulain de l’année issu de ces mêmes
étalons.
Les sous-races belges : brabançonne, arden-
naise et condruzienne, tendent de plus en plus
par suite de la communauté d’origine, de cir-
constances économiques et des méthodes d’éle-
vage, à fusionner. Les différences essentielles
s’effacent. L’Ardennais d’autrefois, le Condru-
zien ou double Ardennais se métamorphosent en
Brabançon de petit format, si bien que la race
belge se subdivise plus exactement en deux
rameaux : le cheval de gros trait et celui de
trait léger. Quant au cheval flamand, qui eut
jadis son heure de grande réputation et dont
l’exportation, ainsi que celle de brabançons, aida
puissamment à l’évolution des chevaux de trait
britanniques, il semble menacé d’un anéantis-
sement total, le Brabançon refoulant d’une
poussée irrésistible ce concurrent lymphatique.
C’est à l’Exposition universelle de Paris en
1878 et grâce au succès de l’étalon alezan de
M. Dumont, Brillant, que se révéla officielle-
ment la valeur de notre cheval de trait.
A cette époque, cependant, il ne pouvait en
général le disputer au Percheron pour l’élégance
et la légèreté d’allures, ni aux Clydesdales et
aux Suffolks pour l'harmonie et la correction
des lignes supérieures. Cela tenait à ce que
l’éleveur pratiquait son métier dans un isolement
complet et sans souci apparent des efforts du
voisin.
En 1884 se créait à Liége une « Société des
Eleveurs belges », qui entreprenait la publica-
tion d’un livre généalogique ou Stud-Book,
tandis qu’une œuvre analogue était entreprise
dans la Flandre orientale. C’était l’aveu de l’im-
puissance de l’action isolée, de la nécessité d’une
solidarisation des efforts, d’une unité de di-
rection. Les provinces de Liége et d’Anvers
n’avaient pas d’expertise obligatoire ; la com-
mission d’expertise de la Flandre Occidentale
approuvait 63 étalons sur 63 et celle de Namur
207 sur 207.
Aussi, dès 1886, le chevalier G. Hynderick
préconisait-il la judicieuse inscription des ani-
maux au Stud-Book, trop aisément ouvert aux
mauvais produits, la création de concours, l’aug-
mentation des primes de conservation, l’octroi
de primes aux étalons reconnus bons, sans limite
d’âge, l’augmentation du nombre et de la valeur
des primes pour les juments poulinières, la dé-
fense absolue de toute saillie d’étalon non ap-
prouvé par les commissions d’expertise et l’iden-
tification des règlements provinciaux sur l’espèce
chevaline.
Cette même année, un appel aux éleveurs et
amateurs de chevaux du royaume amenait suf-
fisamment d’adhésions pour permettre la créa-
tion de la « Société Nationale du Cheval de
trait belge » et organiser à Bruxelles la pre-
mière exposition générale de chevaux indigènes.
Elle réunit 496 étalons et juments.
Le Stud-Book publié par la société comportait
deux sections : le type brabançon et le type
ardennais. En 1890 on comprit qu’on pavait
commis une faute ; on supprima les sections, on
remania le livre généalogique et l’on consacra
à l’ensemble des chevaux belges (moins les
flamands) un Stud-Book uniforme dont la tenue
fut soumise à des prescriptions très strictes, pour
qu’il put donner, au point de vue de la pureté
de la race et des filiations, une garantie absolue.
Le dernier étalon inscrit porte le n° 58122 et
la dernière jument celui de 66633.
La plupart appartiennent à des lignées répu-
LE CONCOURS DU CHEVAL DE TRAIT BELGE. — LE DÉFILÉ DES ÉTALONS PRIMÉS.
tées. La principale est celle d’Orange I, père de
Brillant, qui triompha à Paris, à Lille, à Lon-
dres, à Hanovre, à Amsterdam, et de Jupiter,
qui a imposé son nom à la lignée. La tête
expressive, portée haut, la prestance superbe,
aisé et puissant dans ses allures, ce superbe
étalon fit sensation en 1893 en paraissant dans
la piste du concours à la tête de huit de ses
descendants, eux-mêmes primés. Il est à remar-
quer qu’à dater de 1894 tous les champions
mâles, à peu d’exceptions près, ont été des fils
ou petits-fils de Jupiter. A cette descendance
appartient Rêve d’Or, le fameux champion uni-
versel de Paris en 1900. La seconde lignée est
celle de Mercure, champion international, vain-
queur du célèbre Shire-horse Staunton-Hero.
Bayard figure à la tête d’une troisième famille
dont le sang se retrouve souvent mêlé à celui
des deux précédentes dans plusieurs écuries
belges. Gerfaut II, Forton II et Jean I ont
également fait souche et produit maints des-
cendants haut cotés.
Il va de soi qu’à plus d’un concours le cham-
pionnat est remporté par des sujets sans pedigree,
dont quelques-uns ont déjà des titres peut-être
suffisants pour justifier la qualité de fondateur
d’une lignée nouvelle. Tout cela atteste la vita-
lité du type du cheval belge et la continuité de
son évolution progressive, et cela explique la
valeur qu’atteignent les sujets d’élite. Un petit-
fils de Jupiter et de Gerfaut II, Tambour-de-
Basque, a été payé 29,000 fr. en 1901. Nickel,
primé « raceur » en 1904, a été acheté pour
27,000 fr. par un syndicat d’éleveurs. Aussi
l’acquisition de ces géniteurs par l’éleveur étran-
ger devient-elle à peu près impossible, bien
qu’on cite cependant le cas d’un petit-fils de
Jupiter, Flacon, acheté par l’Allemagne en 1902
au prix de 30,000 francs.
Grâce aux efforts de la « Société du Cheval
de trait belge », les chiffres d’exportation ont fait
en, quelques années un bond prodigieux. L’Alle-
magne nous enlève annuellement de 25,000 à
30,000 chevaux belges. Les Etats-Unis en ont
importé en 1908 un nombre considérable. Ce
chiffre a doublé en 1909, et les premiers mois
de 1910 marquent la même marche ascendante.
Telle est l’œuvre énorme accomplie par la
société jubilaire.
« Elle a, disait le regretté M. Leyder, suscité
parmi les éleveurs une émulation des plus in-
tense et provoqué leur participation universelle
à l’œuvre commune ; elle a même éveillé à un
assez haut degré les sympathies de la population
urbaine à l’endroit de celle-ci pour faire des
expositions bruxelloises annuelles une sorte de
fête populaire attirant des milliers de visiteurs
les deux premiers jours, et, le jour de la visite
royale et de la distribution des prix, une foule
que l’immense local du concours a peine à con-
tenir. L’uniformité de la race est un fait accom-
pli, et, tandis que la valeur courante des chevaux
de commerce a augmenté dans une mesure des
plus sensible, celle des reproducteurs d’élite s’est
pour le moins décuplée. Bref, tandis que naguère
l’élève du cheval était pratiquée avec une sorte
d’indifférence et de tiédeur comme un facteur
inévitable de la production agricole par la plu-
part des intéressés, elle est devenue aujourd’hui
une des branches les plus productives de l’agri-
culture nationale. L’orgueil que peuvent éprouver
les éleveurs et leurs coopérateurs bénévoles de-
vant l’œuvre accomplie en commun est donc
des plus légitime.»
Chantecler.