Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sider: 500
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
Aéroplanes et dirigeables en temps
de guerre.
Lorsque des milliers de nos concitoyens assis-
taient, la semaine dernière, à Stockel, aux évo-
lutions de nos aviateurs, certains d’entre eux,
ayant sans doute une âme de poète, prévoyaient
les temps heureux où l’homme pourrait en toute
VANDENBORN AU MOMENT DU DÉPART.
liberté et peut-être en toute sécurité excur.sionner
dans l’azur. C’était là, comme nous le disons
plus haut, rêve de poète. La réalité est moins
sereine et moins pacifique. Il se pourrait fort
bien que le bleu du ciel se teignît de pourpre,
que l’azur se souillât de sang. Dès que les
régions de l’air seront acquises à l’humanité,
celle-ci y transportera ses laideurs, ses haines
et ses guerres. Le vol des shrapnels lancés
à travers l’espace remplacera celui des oiseaux
qui fuiront épouvantés les contrées habitées par les
peuples civilisés, et s’en iront au-dessus de quel-
ques pampas désertes chercher un asile contre le
progrès et la science humains.
C’est de ces événements, plus prochains que
généralement on ne le suppose, c’est-à-dire de
l’emploi des ballons dirigeables et des aéro-
planes en cas de guerre, que M. Gœbel, major
de l’artillerie allemande à Düsseldorf, nous a
entretenus lundi après-midi, à la salle impériale
de l’Exposition de Bruxelles.
M. Gœbel est un homme aimable. Il l’a
prouvé dès ses premiers mots en nous confiant,
ce que nous ignorions pour la plupart, que la
Belgique était la terre originelle de l’aérostation.
N’est-ce point au-dessus de notre sol que pen-
dant les guerres de la révolution française les
premières reconnaissances furent faites à l’aide
de mongolfières ? N’est-ce point au siège de
Maubeuge et à la bataille de Fleurus qu’on
employa, pour la première fois, les ballons dans
le but de renseigner les généraux d’une armée
sur les dispositions d’un adversaire ?
Ceci aurait tout naturellement disposé l’assis-
tance à écouter favorablement l’orateur allemand
si le sujet traité et la manière dont il le fut,
dans une langue française châtiée et particu-
lièrement savoureuse, n’avait dès le début con-
quis le public.
De toute évidence, l’action des dirigeables
et des aéroplanes sera, en temps de guerre,
limité à des rôles spéciaux et bien définis. On
s’en servira pour faire des reconnaissances en
terrain ennemi. Toutefois, là encore, leur usage
sera restreint. Il est difficile que le ballon ou
l’aéronef s’approche de trop près des concen-
trations ennemies, car on possède déjà des
moyens de l’atteindre et de le détruire, comme
on ferait d'un vulgaire volatile en temps de
chasse.
On pourra encore utiliser la locomotion
aérienne pour porter aux diverses unités d’une
même armée les ordres du commandant en chef
plus rapidement et plus sûrement que par des
chemins détrempés ou encombrés. Enfin, lors-
qu’une place forte sera assiégée et complètement
séparée des forces armées, le ballon ou l’aéro-
plane aura son rôle pratique.
Donc, communications et observations, voici
les deux pôles extrêmes de l’action d’un diri-
geable et d’un aéroplane en temps de guerre.
Dans l’état actuel de la locomotion aérienne,
il est impossible de songer à détruire, d’abord
LE MINISTRE DE L’INDUSTRIE ET DU TRAVAIL S’ENTRETIENT AVEC OLIESLAGERS.
parce qu’on transporterait malaisément dans les
vaisseaux de l’air ou sous les ailes de nos grands
oiseaux de l’espace, des quantités considérables
de munitions, ensuite parce qu’il est difficile
d’atteindre verticalement un but visé, et que
même dans l’affirmative, la surface de destruc-
tion serait de minime importance.
Mais le rôle d’observateur et d’intermédiaire
est suffisant pour que la locomotion aérienne
constitue dès maintenant un élément d’action
dont se serviront les armées belligérantes.
Aéroplanes et dirigeables devront donc sinon
attaquer, du moins se défendre, car on dirigera
contre eux une attaque acharnée.
Quelle sera l’attaque ? Elle sera, de deux
sortes : aérienne et terrestre. Dès maintenant,
l’armée allemande possède des automobiles blin-
dées, pourvues à leur partie supérieure d’un
canon à longue portée permettant d’atteindre
un but placé dans les airs à une distance de
3,700 mètres, altitude qui, dans les conditions
actuelles, sera difficilement atteinte par un
aérostat.
Le dirigeable ne pourra pas lutter contre un
ennemi aussi puissant que l’automobile blindée.
Le combat sera moins malaisé entre un ballon
et un aéroplane, car, de toute évidence, la voi-
ture terrestre ne pourra pas toujours poursuivre
dans sa course le vaisseau aérien fugitif. C’est
alors qu’on enverra contre lui un aéroplane,
qui, plus léger, plus souple, s’élèvera au-dessus
du dirigeable et fera pleuvoir sur lui une grêle
de shrapnels et d’obus. Le ballon tentera de
se défendre contre cet ennemi, envahisseur des
airs. A cet effet, il portera à ses extrémités-,
à sa base, à son sommet des canons de fort
calibre, à l’aide desquels il entamera un combat,
bien incertain d’ailleurs.
Tel sera, d’après M. Gœbel, le rôle des diri-
geables et des aéroplanes en temps de guerre.
Il sera suffisant pour, dans certains cas, trans-
mettre des ordres, fournir des observations,
ensanglanter les airs ; il ne le sera pas pour
remplir complètement ces différentes missions
et supprimer la cavalerie, à laquelle sera dé-
volue, en des circonstances nombreuses encore,
la tâche de tenter des reconnaissances en pays
ennemi.
L’industrie qui a créé l’aéroplane et le diri-