ForsideBøgerExposition Universelle In…e L'exposition, Vol. II

Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II

Forfatter: E. Rossel

År: 1910

Sider: 500

UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel

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254 L’EXPOSITION DE BRUXELLES Aéroplanes et dirigeables en temps de guerre. Lorsque des milliers de nos concitoyens assis- taient, la semaine dernière, à Stockel, aux évo- lutions de nos aviateurs, certains d’entre eux, ayant sans doute une âme de poète, prévoyaient les temps heureux où l’homme pourrait en toute VANDENBORN AU MOMENT DU DÉPART. liberté et peut-être en toute sécurité excur.sionner dans l’azur. C’était là, comme nous le disons plus haut, rêve de poète. La réalité est moins sereine et moins pacifique. Il se pourrait fort bien que le bleu du ciel se teignît de pourpre, que l’azur se souillât de sang. Dès que les régions de l’air seront acquises à l’humanité, celle-ci y transportera ses laideurs, ses haines et ses guerres. Le vol des shrapnels lancés à travers l’espace remplacera celui des oiseaux qui fuiront épouvantés les contrées habitées par les peuples civilisés, et s’en iront au-dessus de quel- ques pampas désertes chercher un asile contre le progrès et la science humains. C’est de ces événements, plus prochains que généralement on ne le suppose, c’est-à-dire de l’emploi des ballons dirigeables et des aéro- planes en cas de guerre, que M. Gœbel, major de l’artillerie allemande à Düsseldorf, nous a entretenus lundi après-midi, à la salle impériale de l’Exposition de Bruxelles. M. Gœbel est un homme aimable. Il l’a prouvé dès ses premiers mots en nous confiant, ce que nous ignorions pour la plupart, que la Belgique était la terre originelle de l’aérostation. N’est-ce point au-dessus de notre sol que pen- dant les guerres de la révolution française les premières reconnaissances furent faites à l’aide de mongolfières ? N’est-ce point au siège de Maubeuge et à la bataille de Fleurus qu’on employa, pour la première fois, les ballons dans le but de renseigner les généraux d’une armée sur les dispositions d’un adversaire ? Ceci aurait tout naturellement disposé l’assis- tance à écouter favorablement l’orateur allemand si le sujet traité et la manière dont il le fut, dans une langue française châtiée et particu- lièrement savoureuse, n’avait dès le début con- quis le public. De toute évidence, l’action des dirigeables et des aéroplanes sera, en temps de guerre, limité à des rôles spéciaux et bien définis. On s’en servira pour faire des reconnaissances en terrain ennemi. Toutefois, là encore, leur usage sera restreint. Il est difficile que le ballon ou l’aéronef s’approche de trop près des concen- trations ennemies, car on possède déjà des moyens de l’atteindre et de le détruire, comme on ferait d'un vulgaire volatile en temps de chasse. On pourra encore utiliser la locomotion aérienne pour porter aux diverses unités d’une même armée les ordres du commandant en chef plus rapidement et plus sûrement que par des chemins détrempés ou encombrés. Enfin, lors- qu’une place forte sera assiégée et complètement séparée des forces armées, le ballon ou l’aéro- plane aura son rôle pratique. Donc, communications et observations, voici les deux pôles extrêmes de l’action d’un diri- geable et d’un aéroplane en temps de guerre. Dans l’état actuel de la locomotion aérienne, il est impossible de songer à détruire, d’abord LE MINISTRE DE L’INDUSTRIE ET DU TRAVAIL S’ENTRETIENT AVEC OLIESLAGERS. parce qu’on transporterait malaisément dans les vaisseaux de l’air ou sous les ailes de nos grands oiseaux de l’espace, des quantités considérables de munitions, ensuite parce qu’il est difficile d’atteindre verticalement un but visé, et que même dans l’affirmative, la surface de destruc- tion serait de minime importance. Mais le rôle d’observateur et d’intermédiaire est suffisant pour que la locomotion aérienne constitue dès maintenant un élément d’action dont se serviront les armées belligérantes. Aéroplanes et dirigeables devront donc sinon attaquer, du moins se défendre, car on dirigera contre eux une attaque acharnée. Quelle sera l’attaque ? Elle sera, de deux sortes : aérienne et terrestre. Dès maintenant, l’armée allemande possède des automobiles blin- dées, pourvues à leur partie supérieure d’un canon à longue portée permettant d’atteindre un but placé dans les airs à une distance de 3,700 mètres, altitude qui, dans les conditions actuelles, sera difficilement atteinte par un aérostat. Le dirigeable ne pourra pas lutter contre un ennemi aussi puissant que l’automobile blindée. Le combat sera moins malaisé entre un ballon et un aéroplane, car, de toute évidence, la voi- ture terrestre ne pourra pas toujours poursuivre dans sa course le vaisseau aérien fugitif. C’est alors qu’on enverra contre lui un aéroplane, qui, plus léger, plus souple, s’élèvera au-dessus du dirigeable et fera pleuvoir sur lui une grêle de shrapnels et d’obus. Le ballon tentera de se défendre contre cet ennemi, envahisseur des airs. A cet effet, il portera à ses extrémités-, à sa base, à son sommet des canons de fort calibre, à l’aide desquels il entamera un combat, bien incertain d’ailleurs. Tel sera, d’après M. Gœbel, le rôle des diri- geables et des aéroplanes en temps de guerre. Il sera suffisant pour, dans certains cas, trans- mettre des ordres, fournir des observations, ensanglanter les airs ; il ne le sera pas pour remplir complètement ces différentes missions et supprimer la cavalerie, à laquelle sera dé- volue, en des circonstances nombreuses encore, la tâche de tenter des reconnaissances en pays ennemi. L’industrie qui a créé l’aéroplane et le diri-