Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sider: 500
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
en minorité. Le piano automatique également est
en petit nombre ! On fabrique aussi des har-
monicas en Belgique. Et magnifiques ! Qui donc
joue de l’harmonica, à part les petits Savoyards
qui ne sont certainement pas les acheteurs fu-
turs de ces somptueux instruments ? On nous a
assuré qu’il y a beaucoup de familles où l’usage
de l’harmonica est courant comme musique de
chatabre. Quels instruments de musique ne fait-
on pas d’ailleurs, en Belgique. Voyez ces vi-
trines, où tous font brillantes figures, — c’est
le cas de le dire, — cors de chasse, trompettes,
clairons, bassons, grandes et petites flûtes. D’al-
lures plus calmes, à côté de ces étincelants col-
lègues, les basses, contre-basses et violons, doux
et mélancoliques.
La céramique aussi a ses gloires. Elle forme
de ses carreaux de gigantesques tableaux. On
peut admirer sans réserve une chasse au cerf,
de douze mètres carrés, composée de septante-
six carreaux peints à la main, avec contour cerné
d’une légère arête pour empêcher les émaux
de fondre au feu l’un dans l’autre. Représentée
aussi, la faïencerie de Nimy, toujours populaire ;
les belles faïences de La Louvière et de Bru-
xelles, d’antique renommée.
Brillent dans leur stand les orfèvreries d’église,
candélabres de cuivre, ciboires dorés, dinande-
ries, châsses. Le carton-pierre a été choisi pour
la reproduction des scènes bibliques, une adora-
tion des mages, très orientale de couleurs, et des
têtes d’apôtres, aux expressions extatiques ou
douloureuses.
La ferronnerie met, à côté des cuivres lui-
sants, sa note noire et sévère. Rampes d’esca-
liers, bougeoirs, hautes lampes et fleurs de fer.
Art en évolution sérieuse qui s’agrémente d’une
souplesse nouvelle dans l’interprétation des
formes.
Dans un autre ordre d’idées, ne sont pas moins
intéressantes les expositions de nos grandes ad-
ministrations : le ministère des finances, les cham-
bres de commerce de Bruxelles et d’Anvers,
l’œuvre de l’Exportation belge et celle de l’Ex-
pansion belge. De claires statistiques précisent
les résultats de leurs travaux et nous éclairent
sur la diffusion de nos produits et de nos hom-
mes par le monde. Grand succès pour le stand
de l’administration des Monnaies. On sait qu’en
cette fabrication de l’argent et de l’or mon-
nayés, la Belgique s’est depuis longtemps acquis
une clientèle mondiale. Elle a frappé, des pre-
mières, pour beaucoup d’Etats d’Europe et
d’outremer et garde nombre de ses importants
clients.
Et maintenant les modes !
En ce qui les concerne, la tâche de la Bel-
gique était peut-être plus délicate qu’en aucun
autre domaine. Qu’est-ce que l’art de l’ingénieur,
du constructeur de machines, en regard du pro-
blème d’habiller convenablement une femme à la
mode ? La France, l’Angleterre ont de lointaines
traditions en ces matières ; mais la Belgique
a, de longtemps, oublié ses costumes nationaux
et la tâche était plus difficile pour elle. Tout
de suite, elle s’en est tirée avec un goût exquis.
Elle n’a pas attendu pour cela aujourd’hui !
Mais peut-être jamais on ne vit autant de raffi-
nement dans l’harmonie des couleurs qui com-
posent une toilette, autant de grâce dans le
drapé des étoffes, et des... mannequins aussi
séduisants pour faire valoir ces toilettes dans
les boudoirs de verres.
Et nous avons, comme à Paris, à Londres,
à Vienne, tout ce qu’il peut y avoir de plus
charmeur en indiscrètes créations de grandes
faiseuses. Toutes les importantes maisons de
Bruxelles et de la province ont tenu à figurer
dans ce musée du luxe. Elles ont compris les
modes comme l’expression la plus raffinée des
séductions qu’une capitale peut offrir aux re-
gards. La femme est devenue pour elles un être
d’exception et de fortune, peut-on dire, à mettre
sous verre et on l’y a mis. Bruxelles et Paris
ont eu l’idée d’ajouter à tous ces prestiges celui
— VUE INTÉRIEURE.
LA SECTION BELGE,
de la lumière artificielle, qui éclaire les teints,
— même ceux de cire, — fait châtoyer les étoffes
et scintiller les parures. Expositions, installées
comme des temples à la déesse !
Oh ! les hommes, ils ne sont pas oubliés !
Ils ont aussi leurs vitrines, moins étincelantes ;
mais certains costumes s’en rattrapent hardiment
et hautement. Habits rutilants des gouverneurs
de province ; habits brodés de ministre plénipo-
tentiaire, où il y a plus de palmes d’or que de
drap I Les habits militaires, brillants, voyants,
tapants, flambants !
On dit que la chaussure la plus célèbre est
l’espagnole ; peut-être ; mais comment mieux
faire que toutes ces bottines que voilà, dont on
devine la souplesse, cuir ou peau, dont la forme
varie avec une constante élégance. Il y en a
pour Cendrillon et pour les autres !
Et la lingerie la plus fine et la plus délicate
du monde, ne la fabrique-t-on pas aussi chez
nous ? On entend dire qu’il n’y a fin linon,
belle chemise, beau corset qu’à Paris ! Non
pas I Paris, plus grand, a plus de magasins,
voilà tout ! Quant aux laines, on les traite avec
une douceur exquise chez nous, et l’on s’y con-
naît à les rendre moelleuses et chaudes, dans
un pays où il tombe toujours, avec la pluie...
de l’eau et du froid ! Heureusement, dans les
salons, il ne pleut pas, on y donne des bals,
les femmes y vont décolletées, et il faut de la
dentelle ! Autre industrie, aérienne, féérique,
d’ancienne renommée ! Au point de Bruxelles
se sont ajoutés tous les autres et ils n’y ont
rien perdu ! Dans ces bals on a chaud, on
s’évente ; voilà l’industrie des éventails, où se
déploient rubans et plumes, et s’est exercée,
en de jolis sujets mythologiques, l’habileté des
artistes décorateurs !
La simplicité a sa part aussi, dans le vête-
ment, la lingerie, la chaussure à bon marché.
Tous ces articles voisinent avec les tissus
pour les confectionner. Les tissages de coton, de
lin, de laine, de soie produisent les popelines, les
draps, les coutils, les satins, les toiles, les velours,
les couvertures dites de Venise, en bourre de
soie ; les tissus d’exportation détrônent la coton-
nade de Manchester ; les Flandres fabriquent
les pagnes bariolés, lignés, aux vives couleurs
destinés au Congo et aux autres colonies du
monde entier.
Au point de vue de l’alimentation, on sait
depuis Rubens et Jordaens que rien de ce qui
« est de gueule » ne manque en Belgique.
L’abondance légendaire n’y est pas que sur les
toiles des maîtres flamands des anciens âges,
elle est sur les tables. Et que n’y a-t-il pas
à manger, à Bruxelles ? Et à boire ? Nous voici
petit et minuscule au pied d’appareils de dis-
tillation, luisants comme des canons de tor-
pilleurs et hauts comme des tours ! Où es-tu,
Grandgousier ! Puis, un diorama de meunerie,
commenté de nombres fantastiques relatifs à une
seule association : un million de francs par jour
de farine pour la boulangerie 1 Un million de
kilogrammes de sous-produits de farine résultant
quotidiennement de la meunerie. Capital engagé,
75 millions de francs, et chiffre d’affaires an-
nuel avec la place d’Anvers, 300 millions de
francs ! Nos moulins travaillent les blés d’Amé-
rique, d’Australie, de Belgique, de la Russie
et des Indes.
Nous fabriquons des montagnes de sucre pour
l’étranger. Telle usine qui en exportait annuel-
lement, en Angleterre, moins de deux millions
de kilogrammes, porte ses prévidons pour 1910
à plus de seize millions de kilogrammes. L’ex-
portation générale du sucre, qui était en 1897
de seize millions de kilogrammes, est montée,
en 1910, au chiffre de 27 millions 500 mille
kilogrammes I Nous pouvons tirer de là des indi-
cations qui nous sont fournies par les sections
de l’agriculture, sur le nombre croissant des
champs de betteraves sucrières.
Quant aux chocolateries, elles apportent la
note gaie. Toutes les usines en marche ne dé-
garnissent pas de curieux, acheteurs et gour-
mands, gourmets, qui tous croquent ou dégustent,
au ronflement des machines. C’est la section
où s'empilent les pains d’épices, miellés et frui-