ForsideBøgerExposition Universelle In…e L'exposition, Vol. II

Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II

Forfatter: E. Rossel

År: 1910

Sider: 500

UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel

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280 L'EXPOSITION DE BRUXELLES LES ARTS DE LA TERRE ET DU FEU LA PARTICIPATION ÉTRANGÈRE la céramique moderne, E TOUTES les indus- tries dont l’humanité a le droit de s’enorgueil- lir, il en est peu qui soient plus intéressan- tes à étudier que celle des terres plastiques. Non seulement l’art de la terre est celui qui a compté le plus dans les préoccupations des hommes, depuis les essais rudimentaires de la poterie appliquée aux besoins de la vie journalière, jusqu’aux créations délicates de mais on trouve aussi, dans les mille transformations de la cérame, comme un reflet de l’histoire des races. Telle humble faïence des vieux âges, en même temps qu’elle nous apporte de précieuses indica- tions sur les usages d’autrefois, nous en apprend souvent plus sur l’histoire du passé que les plus précises dissertations. C’est que les peuples, depuis l’ancêtre qui modelait en formes som- maires l’argile qu’il trouvait à proximité de ses huttes, jusqu’à l’artiste moderne qui pétrit la pâte docile et la dresse en silhouettes exquises où revivent de lumineuses colorations ou de charmantes décorations florales, ont toujours imposé à ces choses comme une empreinte de leurs milieux et de leurs races. Tous les musées renferment à profusion des témoignages éclatants de l’importance que nos ancêtres ont attaché à l’art de la terre. Les vitrines des collections comptent par milliers des spécimens qui attestent une industrie qui jouit très vite d’une remarquable prospérité. Les poteries retrouvées dans les tombes de la pré- histoire, les plus anciennes terres modelées et vernissées de la Susiane et de l’Egypte montrent à quel degré de perfection l’art de la terre était parvenu aux lointains siècles. Bien plus, les Egyptiens accordaient une telle importance à cette industrie qu’ils eurent soin d’en tnarquer les caractères dans leurs hypogées. Sur les bords du Nil, aux murs cyclopéens de leurs tombes, nous pouvons suivre les multiples étapes de cet art, depuis la préparation de la pâte, jusqu’à son façonnage sur le tour et sa cuisson dans les fours. La Grèce n’est pas moins généreuse. Elle nous offre un art personnel, se distinguant par la pureté des formes et par l’harmonie des déco- rations. La céramique persane se répandit en Asie Mineure, voire dans les îles de la Médi- terranée. Les Arabes, dans leurs pérégrinations, implantèrent leur industrie de la terre en Sicile, en Espagne, etc. Et faut-il rappeler l’antiquité de la porcelaine, originaire de la Chine, d’une naissance si loin- taine que l’on croit que les belles pièces du Céleste Empire furent connues des Romains qui les achetaient aux caravaniers arrivant au Caire après d’interminables journées d’errance à travers les steppes et les sables de la Mon- golie, de l’Iran et de l’Asie Mineure ? La route serait trop longue qu’il faudrait par- courir pour rechercher les multiples étapes de cette étonnante évolution d’un art industriel auquel les peuples ont toujours attribué d’heu- reuses initiatives et leurs soucis d’esprit et de beauté. Mais il était utile de ne pas négliger de caractériser en quelques lignes l’importance que l’art de modeler et de décorer l’argile a prise dès les âges lointains. Cette modeste con- tribution à une prodigieuse histoire ne nous montre pas seulement les progrès réalisés. Elle justifie aussi l'intérêt que nous portons aujour- d’hui à une industrie dont la puissance est peu négligeable dans l’ensemble de nos efforts éco- nomiques. Le constant développement des arts de la terre plastique et du feu n’est pas seulement dû au génie des peuples, mais surtout à la nature géo- STATUETTE EN PORCELAINE DE CIL THOMSEN. (DANEMARK) logique des terrains sur lesquels ont évolué les agglomérations humaines. Chaque tribu, en ap- prenant de son voisin ou du conquérant étranger à pétrir et à cuire l’argile, a puisé dans son sol d’adoption la terre nécessaire à la confection, d’abord des ustensiles vulgaires de première nécessité mais dépourvus de caractère d’art, plus tard des motifs répondant à un goût plus raffiné. Mais la nature ayant, au caprice de ses com- binaisons chimiques et de ses bouleversements, créé des terres dissemblables de composition et de couleur, a fatalement provoqué une étonnante diversité dans les produits. Cette diversité n<; peut, à dire vrai, se dénombrer. Cependant, toutes les productions de l’ancienne poterie, sim- plement durcie aux rayons solaires, les porce- laines délicates que vernissent d’admirables émaux, ne sont que de lents acheminements vers des réalisations en harmonie avec les be- soins de la vie, plus ou moins embellies de conceptions esthétiques. Mais, forcément, les peuples les plus pro- digues et les plus avancés furent ceux qui trou- vèrent dans leur sol les matériaux les plus pro- pices. C’est ce qui explique que la Belgique n’ait pas encore atteint dans l’art de la terre et du feu la perfection constatée ailleurs. Notre sol renferme bien des matériaux abondants nécessaires à quelques-unes des industries de la poterie poreuse (terre cuite, produits réfractaires et faïence), et de la poterie compacte (grès et porcelaine), mais il s’en faut que nos gisements nous offrent toutes les matières utiles. C’est ainsi que nos industries des poteries, capables de progresser, sous cet impérieux souci de beauté qui exaltent aujourd'hui tant de belles initiatives, sont tributaires des pays étrangers. On trouve bien, dans le sol belge, d’abondants gisements d’argiles nécessaires à la fabrication des briques, des tuiles, des grès cérames et des réfractaires, mais nos faïenceries et nos porce- laineries, qui fabriquent des objets plus ou moins embellis dans leurs formes et leurs colorations, sont obligées d’acheter en France, en Allemagne, en Angleterre et en Scandinavie les kaolins, les argiles grasses, les feldspaths et parfois les silices dont elles ont besoin. Notre lutte contre les concurrents étrangers, favorisés par les richesses naturelles de leurs pays, n’est pos- sible que parce que nous possédons des com- bustibles de choix, parce que nos usines se transforment, parce que les matières premières de l’étranger nous sont amenées à bas prix par nos voies navigables et ferrées. Nous progres- sons pourtant, mais lentement, grâce à la téna- cité de nos industriels et de nos ouvriers, à l’étude constante de nouveaux procédés de com- position, de moulage et de décoration. Depuis quelques années, nos usines de faïence et de porcelaine, dans quelques villes et surtout dans cette industrieuse région de Saint-Ghislain qui est le véritable centre de production de la poterie sous toutes ses formes et qui ne compte pas moins de vingt-cinq usines, proches des gisements d’Hautrages, de Tertre et de Sirault, s’efforcent de guider leurs fabrications vers des productions nouvelles et plus esthétiques. Elles créent les pièces dites de fantaisie, les majoliques d’art, les décorations modernes, les pièces sani- taires, etc. On souhaite ainsi de réagir contre les désastreuses invasions des produits étrangers à bas prix. Mais la lutte est laborieuse, pour les raisons que nous avons déjà indiquées plus haut et qui sont dues à la nécessité de demander ailleurs de coûteuses matières premières et aussi parce STATUETTE EN PORCELAINE DE BARLACH. (ALLEMAGNE).