ForsideBøgerExposition Universelle In…e L'exposition, Vol. II

Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II

Forfatter: E. Rossel

År: 1910

Sider: 500

UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel

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L’EXPOSITION DE BRUXELLES 281 qu’il faut amener le public à une compréhension nouvelle des caractères du beau appliqué aux choses les plus usuelles. Cette évolution du goût a été infiniment plus rapide chez nos voisins, peut-être parce que les progrès plus marquants des industries produc- trices surent l’imposer. 11 y a là une leçon qui doit nous intéresser et dont on peut marquer l’importance en visitant, dans les différentes sections étrangères de l’Ex- position de Bruxelles, les compartiments réservés aux produits des industries de la terre. Jusqu’à ces dernières années, tout ce qui sor- tait de la banalité restait l’apanage des gens fortunés. Les objets usuels quelque peu esthé- tiques se cotaient à des prix élevés et à plus forte raison les pièces uniques n’ayant pas le caractère d’un ustensile vulgaire, les statuettes et les vases plus ou moins ornés, par exemple, atteignaient les prix des véritables œuvres d’art. Il faut en prendre la raison dans la survivance d un ensemble de règles et de traditions du métier de céramiste que les générations se trans- mettaient comme une loi qui servait de base im- muable aux fantaisies peu audacieuses que l’ima- gination greffait sur le legs du passé. Ainsi, les transformations des styles classiques ne cons- tituaient en somme que des variations. Du ser- vice de table simplement moulé ou décoré à la statuette, en passant par les vases, toutes pro- ductions renouvelaient, avec plus ou moins d’ori- ginalité, des règles devenues classiques. Maintenant, il n’en est plus ainsi. Les grands centres de fabrication de la terre ont très har- diment innové depuis quelques années et leur tentative a si bien intéressé le public que le mouvement de rénovation s’accentue d’une façon remarquable. Sèvres, Limoge, Copenhague, la Saxe, les centres de production de l’Angleterre et de l’Autriche, pour ne citer que ceux-là, rajeu- nissent et approprient aux conceptions d’une esthétique plus moderne les créations de leurs modeleurs de terre. J ai 1 occasion de suivre d’une façon toute particulière, en vue de documenter l’Ecole des Arts et Métiers de l’arrondissement de Mons à laquelle je suis attaché et qui comporte — la seule en Belgique — des cours spéciaux de technologie et de chimie à l’usage des profes- sionnels de la cérame, de la faïence et de la porcelaine, cette étonnante évolution des indus- tries de la terre en Belgique et à l’étranger ; j'avoue avoir rarement rencontré, dans une in- dustrie ayant un caractère d’art, une transfor- mation aussi rapide et aussi caractéristique. En mes visites aux usines et aux écoles spéciales de T rance, d’Allemagne, d’Autriche, etc., je n’ai PORCELAINE DANOISE. constaté que des transformations ayant pour but de donner aux créations industrielles un carac- tère de beauté. Bien plus qu’autrefois, le métier de potier est un métier d’artisan exigeant un sens profond de l’harmonie et des formes. Cet art est illustré par des maîtres comme La- chenal, Bigot, Delaherche, Baffier en France ; les professeurs des manufactures de Copenha- gue ; Galileo Cheni, Trentacorte en Italie; Heider, Barlach, Schalder, Ricgel, Wernekieck, etc., en Allemagne. Beaucoup de ces maîtres ne se sont pas confinés dans la création de pièces uniques, ou vases, ou statuettes. Ils ont tenu, sous l’inspiration d’industriels avisés, à produire des modèles nouveaux, de goût sûr, adaptés aux exigences de leurs ambiances, pour les plus modestes objets. Mais ils n’ont pas pour cela dédaigné le caractère distinctif des foules qu’ils souhaitaient de satisfaire. Leurs vases, leurs ser- vices de table, leurs poteries ordinaires restent dans la note du milieu. Ils ont même poussé si loin parfois ce souci de respecter les carac- tères de beauté par lesquelles se particularisent les races, qu’ils ont essayé de retrouver d’an- ciennes colorations, quitte à les appliquer sur des formes nouvelles. L’effort de nos voisins a été prodigieux. Aux vitrines des sections anglaise, allemande et fran- çaise, sur les étagères des stands du Danemark, de la Hollande et de l’Autriche, les visiteurs de la world’s fair peuvent admirer des modèles d’une CARREAUX EN CÉRAME. (section française). belle diversité et d’un remarquable caractère d’art. Les tendances cependant sont nettement parti- cularisées et il est rare de trouver, dans les pièces de cérame, de faïence, de porcelaine ou de grès des différents pays, des techniques et des conceptions absolument identiques. Certes, il est manifeste que les arts de la terre et du feu ont subi ces dernières années l’influence de tendances décoratives nouvelles, et que celles-ci ont dû forcément imposer cer- tains principes généraux, dans l’utilisation et la stylisation de la flore et de la faune, par exemple. Mais, cette réserve faite, on peut déclarer que chaque pays conserve, dans le modelage et la décoration de la terre, à part certaines recher- ches visant à produire des objets de commerce, rééditant des motifs célèbres ou des créations renommées, tels le Delf, la porcelaine chinoise, le Rouen, etc., son originalité. En un mot. il en est à la poterie comme des autres arts de décoration, elle subit l’influence du milieu et voilà qui est infiniment heureux. Il n’en est pas de plus bel exemple que les étonnantes créations dues aux fabriques danoises. La Manufacture royale de porcelaine de Co- penhague, qui fêta, voici quelques mois, le vingt-cinquième anniversaire de la direction ar- tistique du professeur Arnold Krog, s’est incon- testablement placée à la tête de la fabrique euro- péenne de la céramique. Elle a créé dans l’art de la terre des tendances qui ont fait école. Non seulement elle a rénové le goût des formes simples, mais elle a introduit, tout en vulgarisant une remarquable simplicité dans le motif, une interprétation savoureuse et vraie de la nature dans la décoration. La porcelaine danoise a les tons fondants, gris et brumeux du paysage scan- dinave. Ses colorations sous glaçures donnent des impressions délicates et caressantes. La première elle a montré la beauté des vernis fluides que l’on a tant de peine à imiter ailleurs, malgré les progrès de la chimie. Un tel art devait naturellement susciter des SERVICE EN PORCELAINE DE CARLSRUIIE. concurrences et des imitations. Il en est de très adroites, mais le connaisseur et le céramiste ne sont pas dupes d’une assimilation plus ou moins adroites. La céramique allemande se divise en deux catégories, la tout à fait commerciale qui produit les objets de vente courante pour le pays et pour l’exportation, quitte à pasticher la tech- nique et les modèles originaux à succès des autres, et l’esthétique dont on peut voir de remarquables échantillons à la section des arts décoratifs. Celle-là surtout est intéressante. Le potier, le modeleur et le décorateur alle- mands subissent, dans la création des modèles les plus originaux, l’influence de la race et de son ambiance. 11 y a bien quelques exceptions, notamment dans la série des statuettes, mais l’ensemble des œuvres, vases, groupes, carreaux de revêtement ne sont que des contributions à un essai collectif de formation d’un art déco- ratif national. Les formes sont lourdes, les colorations em- pruntent des tons peu harmonieux et les oppo- sitions des oxydes très clairs et des coulées opaques ne sont pas négligées. Voilà pour les poteries. S’agit-il de services, de pièces exigeant un décor répété ? La ligne n’est pas plus légère et le motif décoratif est mathématique, froid, sans cette élégance native qui donne tant de prix au moindre petit motif stylisé sur une porcelaine française. Est-ce à dire qu’il n’y ait pas d’art dans la céramique allemande ? Nullement. J’estime au contraire que nul pays n’offre une science aussi parfaite de la technique et une aussi merveilleuse adaptation aux conceptions d’un art décoratif national, des découvertes de la chimie appli- quée aux arts de la terre et du feu. Au surplus, l’Allemagne possède non seulement plusieurs écoles professionnelles uniquement consacrées aux études de la technique des cérames et des faïences, mais de notoires artistes sculpteurs collaborent au mouvement de rénovation des arts de la céramique en modelant et en décorant des pièces, de l’humble pot couvert d’oxyde à la statuette originale. Il en est de même en Autriche. Dans les « faschuleu » de ce pays, nombreux sont les cours qui sont uniquement consacrés aux pro- fessions des industries de la terre, et nous pou- vons admirer dans la section autrichienne les remarquables progrès réalisés soit dans les colo- rations, soit dans la création de modèles nou- veaux. Les statuettes sont agréables, sans plus. Quant à la stylisation, elle est souvent lourde, monotone dans ses motifs, rééditant des pochoirs