Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sider: 500
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
poivres, les bananes, sont les plus réputés du
monde au point de vue des qualités, et feraient
l’objet d’énormes exploitations, n’était que le
Guatémala attend encore des exploitants ; on
relevait en 1909:72,240 hectares de cultures
en café ; 96,600 en maïs ; 33,600 en cannes
à sucre (il n’existe dans le pays aucune raffi-
nerie, de sorte que les produits exportés le sont
encore à l’état brut) ; 8,400 en haricots ; 6,300
en cacaos et 357,000 en pâturages réservés
à l’élevage du bétail.
Un mot encore — c’est le plus intéressant
peut-être — au sujet des produits minéraux :
le Guatémala est l’un des pays du monde les
mieux lotis en minerais de valeur : cuivre, plomb,
argent, mercure, or.
On y relève des affleurements de couches de
fer, de charbon, de zinc ; certaine compagnie
anglaise, qui a exploité et exploite dans le pays,
a réalisé sur une période de vingt ans, un béné-
fice de 40 millions de dol’ars or... Avis à MM.
les prospecteurs : ils trouveront d’ailleurs au
Guatémala, avec le fond minier que nous venons
d’esquisser, une législation minière très déve-
loppée et libérale, sous l’égide de laquelle leurs
travaux seront fructueusement protégés et encou-
ragés.
jusqu’à 1904, ce fut l’Angleterre qui fit le
plus d’affaires au Guatémala, tant à l'exporta-
tion qu'à l’importation ; depuis, les Etats-Uni':
INTÉRIEUR DE LA SECTION DU GUATÉMALA.
d’Amérique et l’Allemagne lui ont enlevé ce
fleuron : la Grande-Bretagne ne vient plus qu’au
troisième rang, avec, ensuite, la France, le Mexi-
que, l’Italie, l’Espagne, dans l’ordre.
Guatémala, capitale, grande ville moderne,
possède notamment, avec des édifices publics
monumentaux et somptueux, de larges artères
que sillonnent les trams électriques, une Ecole
de Médecine, une Ecole d’Arts et Métiers, une
Ecole de Commerce et un enseignement primaire
et moyen dont les ramifications s’étendent dans
tout le pays, qui compte plus de 1,262 écoles.
Le service sanitaire est parfaitement organisé
par la République: citons, dans la capitale,
le fastueux hôpital Estrada Cabréra, l’hôpital
général, celui de l'armée, la Maison des conva-
lescents, l’hospice des aliénés, etc.
Le Gouvernement est républicain, démocra-
tique et représentatif ; 2.000 habitants ont un
député, élu pour quatre ans ; six ministres colla-
borent à la chose publique sous la présidence
du chef d’Etat, dont le mandat électif est de
six années et renouvelable.
L’HABITATION POPULAIRE A L’EXPOSITION
LE MOBILIER OUVRIER
I
Le public a jugé, en général, le mobilier de
la colonie ouvrière de l’Exposition trop luxueux
dans les maisons étrangères et peu conforme
à son but dans les maisons belges. Notamment
la chaise-longue de l’un des cottages anglais
et le joli service de table en faïence fleurie
de son dressoir, le divan de cuir et la biblio-
thèque des logis allemands étonnaient nos natio-
naux. Quant aux meubles des villas françaises,
ils ont paru un peu légers, un peu frivoles
pour la caste en vue de laquelle ils ont été fa-
briqués.
Or, ne l’oublions pas, il y a quelque diffé-
rence de mentalité entre l’ouvrier des pays où
l’instruction est obligatoire et l’ouvrier de ceux,
SALLE A MANGER.
comme le nôtre, où elle ne l’est pas. Nos popu-
lations indigènes se distinguent par une édu-
cation fort rudimentaire et il est tel progrès
de la civilisation, dans l’ordre domestique et
privé, dont elles sont loin d’avoir jusqu’à présent
compris les avantages. On aurait tort, dans la
construction comme dans l’ameublement exécutés
à l'intention de la classe laborieuse belge, de
réaliser trop tôt certaines réformes radicales
qui mettraient aux prises, brusquement, nos com-
patriotes plébéiens avec des objets d'un manie-
ment un peu délicat. Voilà pourquoi l’obser-
vation faite au sujet du mobilier ouvrier
de Belgique m’a paru plus juste que celle qui
s’adressait au mobilier des maisons exposées par
l’Allemagne, l’Angleterre et même la France.
Chez nous, une. certaine préparation est encore
nécessaire, tandis qu’elle est accomplie depuis
des années chez nos voisins. Prétendre que l’ou-
vrier paresseux, ivrogne et brutal a disparu de
leurs pays pour rester une spécialité du nôtre
serait nous calomnier nous-mêmes : le vice d’in-
dolence et d’intempérance sévit là-bas comme
ici et le paupérisme y est plus cruel encore.
Cependant, un fait demeure indiscutable :
l’instruction, la culture des masses profondes
du peuple en France, en Angleterre et en Alle-
magne y a élevé sensiblement le niveau intel-
lectuel ; les mœurs s'en sont ressenties ; elles
se sont modifiées et permettent désormais — si
elles ne l’exigent — des habitudes d’existence
nouvelles de la caste laborieuse de ces pays.
Aussi, le siège de repos, la vaisselle décorée,
la baignoire du cottage de Port-Sunlight, de
même que le casier à livres et le divan des
maisons allemandes, sans parler des rideaux à
dentelles des maisons de la Prévoyance sociale
française, n’ont-ils rien d’incompatible avec leur
destination. Sans doute, reconnaîtra-t-on, dans
la présence ici de ces choses, une disposition
à imiter, à singer la bourgeoisie ; en effet, il
n’y a guère de différence entre le mobilier ou-
vrier et le mobilier bourgeois de ces trois pays.
Mais, du moment où l’éducation et l’instruction
sont égales, comment établirez vous la juste
démarcation entre ces deux parties de la société ?
Il est arrivé aux délégués de la ville de Bru-
xelles, en voyage d’études pour la construction
du « bloc » des Marolles, de rencontrer un
piano à côté de la machine à coudre, chez une
ouvrière berlinoise ; cela aurait beaucoup surpris
en Belgique et fut trouvé naturel chez une sujette
de l’empereur Guillaume II. De même, les fan-
freluches, les mille riens superflus des maisons
françaises du parc Scheyven ne devraient cho-
quer personne : ils sont faits pour plaire à l’ha-
bitant' éventuel de ces maisons, comme les meu-
bles massifs de la maison germanique et ceux,
inriniment rationnels et confortables, des mai-
sons anglaises, plairont à l'ouvrier allemand et
à l’ouvrier britannique.