Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sider: 500
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
291
II
Au contraire, les bibelots raffinés, les meubles
fragiles, les miroirs bisautés, les courtines de soie
à entre-deux de guipure de certains des inté-
rieurs belges exposés nous font l’effet d’un non-
sens et d’une anomalie : nous savons trop bien
que, sauf pour de très rares exceptions, ce n'est
nullement ce qui convient à nos ménages du
peuple ! Ici, en général, toute l'attention de
l'ébéniste semble avoir été donnée à la recherche
d’une apparence futile, alors qu’elle aurait dû
l’être à la solidité franche et à des combinai-
sons de lignes capables, en réduisant la main-
d’œuvre à son minimum, d’allier le véritable bon
marché et le véritable bon goût : un dessin de
meuble sera toujours de bon goût quand il
s’adaptera exactement au service qu’on en at-
tend. Pourvu que l’architecture de celui consacré
à la classe ouvrière soit, à la fois, peu encom-
brante, sobre et pratique, une harmonie s’en
dégagera qui sera de l’équilibre, de l’intelligence,
de la logique, soit de la beauté.
Que cette beauté dans le simple, obtenue par
l’exaltation des qualités pratiques, doive être,
tout de suite, parfaitement appréciée de la classe
ouvrière belge, j’en doute. En effet, le sen-
timent du Beau n’est pas instinctif chez l’hom-
me ; pour l’acquérir, il nous faut une initiation,
une éducation spéciales. Savoir distinguer entre
les objets ceux qui, réellement, méritent notre
admiration de ceux qui ne la méritent pas, est une
affaire de tact ; pour en arriver là, une certaine
habitude de l’œil, un exercice préliminaire sont
indispensables. Voilà par où il aurait fallu com-
mencer. Si, au lieu de s’en tenir, comme on
le fit durant longtemps pour la distraction du
peuple, pour le plaisir de ses yeux et l’agré-
ment de sa vie domestique, à des spectacles
grossiers, à des parades stupides, à des images
vulgaires, à des meubles non seulement horri-
bles, mais incommodes et sans aplomb, on l'ac-
coutumait peu à peu à voir des choses jolies
et bien faites, à vivre parmi elles et à en user,
je ne doute pas qu’il n’en arrive très vite à com-
prendre de quel côté se trouve la valeur d’art
et son propre intérêt. D’abord, son goût, faussé,
pourra le trahir, mais la lumière d’une juste
appréciation finira par l’éclairer et, mieux ins-
truit, il saura bien mettre au point ses impres-
sions personnelles.
Nous n’avons pas encore atteint cet heureux
résultat, mais nous sommes sur le chemin qui
y-conduit. L’exposition du parc Scheyven témoi-
gne d’un admirable effort vers l’affirmation de
cette vérité que l’art est simplement une condi-
tion naturelle de la vie. Mais je voudrais, pour
ma part, que l’on n’oubliât point les lois for-
melles de la Beauté qui exigent l’harmonie de
l’objet avec son but ; l’harmonie des différentes
parties de l’objet entre elles ; l’harmonie de
l’objet avec son destinataire. Elles n’ont pas été
toujours observées très strictement par les pra-
ticiens qui ont mis en montre des mobiliers
dans nos maisons ouvrières nationales de l’Ex-
position. Il y a là des chaises, des tables, des
armoires vraiment un peu frêles pour subir l’as-
saut de l’existence quotidienne, souvent très ora-
geuse, d’un ménage belge de la classe ouvrière ;
particulièrement, certaines statuettes, certains
vases à fleurs ornant les étagères et consoles
de ces maisons n’ont pas du tout le caractère
qui y serait convenable : j’y voudrais, à la fois,
plus de vigueur, un style plus accusé et moins
de « manière » ! Je ne demande pas qu’il y ait
là une foule de meubles ni beaucoup d’œuvres
d’art ; je demande le nécessaire, sans plus, et le
moins possible de parure, car la parure est
coûteuse et d’un entretien difficile.
Vous allez me dire qu’ainsi arrangé le
« home » du prolétaire sera bien froid. Mais
ce qui constitue la « chaleur » d’un logis, est-ce
jamais d’avoir été disposé de telle ou telle
façon ? Ne serait-ce pas, plutôt, d’être habité
par telles ou telles gens ? Des intérieurs de ma
connaissance, richement pourvus de fauteuils ca-
pitonnés, d’épaisses et moelleuses carpettes, de
tentures opulentes et, enfin, de tout le faste
imaginable, me parurent toujours glaciales ; j’en
sais d’autres, par contre, où ne figurent rigou-
reusement que les meubles de première néces-
sité et quelques ornements choisis, dont la tié-
deur et le charme sont irrésistibles. Le rang
social de l’habitant est sans influence sur l’im-
pression éprouvée dans son logis ; c’est son
humeur qui l’impose. Mais ceci est certain :
la parfaite harmonie de l’habitant avec son habi-
tation sera une raison directe de sa bonne hu-
meur.
Donc, tâchons d’obtenir, par une éducation
meilleure par une culture intellectuelle plus
étendue, la bonne humeur permanente de
l’ouvrier belge. Déjà des logis agréables et
hygiéniques assurent à l’élite de la classe
des conditions de vie excellentes et il ne
s’en faut pas de beaucoup qu’il n’en soit de
même du mobilier ouvrier. Souhaitons que d’ici
à peu de temps une plus juste répartition des
richesses créées par le progrès moderne puisse
donner, sinon le luxe, du moins le bien-être
à tous les habitants de la laborieu e et opulente
Belgique.
Marguerite Van de Wiele.
N.-B. — M. Jean Dupré, que j’ai eu l’occa-
sion de citer avec le plus grand éloge dans mon
précédent article, n’est pas « courtraisien » ; son
nom seul l’est, car il s’appelle exactement : Jean
Dupré-de Courtray et c’est « Tournay » qui
le vit naître. Dont acte.
LA PARTICIPATION DE LA VILLE DE GAND
On l’a déjà remarqué, un des aspects les plus
intéressants de l’Exposition de Bruxelles, c’est
son aspect pédagogique. Pour peu qu’on sache
regarder, on peut y apprendre beaucoup de
choses et rien, à ce point de vue, ne mérite
plus l’attention peut-être que les pavillons des
villes. Au premier abord, ils ne se distinguent
guère que par leur architecture. A l’intérieur,
ce sont toujours les mêmes expositions scolaires,
les mêmes maquette', les mêmes plans de quar-
tiers opposant le présent au pa se, les mêmes
tableaux statistiques. Pourtant, si vous regardez
tout cela attentivement, vous verrez se dessiner
lu physionomie originale de chaque ville, vous
arriverez à comprendre — qu’on excuse ce
pédantisme --son plan social.
Voici le pavillon de la Ville de Gand, par
exemple. Extérieurement, il est fort pittoresque
et rappelle cette belle maison des bateliers, une
des gloires architecturales de la Flandre. Le
spectateur prend le plus vif plaisir à regarder
cette jolie façade ingénieusement raccordée à
Une tourelle en briques qui rappelle le passé
guerrier de la cité des Artevelde. Mais que
l’on s’attarde dans les falles, fort bien aménagées
d’ailleurs, qui se groupent derrière les façades
de staff et l’on verra, des beaux guerriers de
pierre de l’ancien beffroi au projet de la pro-
chaine exposition gantoise, se dérouler toute
l’histoire d’une ville riche, d’un magnifique passé
mais pourtant très vivante et très confiante dans
l’avenir.
Parmi les villes belges et même parmi les
villes flamandes, la physionomie de Gand est
singulièrement originale.
Bruges, c’est la Flandre endormie ; Ypres,
c’est la Flandre morte ; Gand, c’est la Flandre
vivante, et la vie intense de ce grand centre
industriel, où les Flamands d’aujourd’hui ap-
prennent qu’eux aussi ils peuvent participer à
la vie moderne, semble avoir communiqué son
activité à la province entière dont elle est le
chef-lieu. Certes, ici, comme à Bruges ou à
Ypres, le passé commande le présent : mais il ne
l’étouffe pas. L’histoire a laissé dans la ruche
gantoise d’innombrables témoignages et il est
peu de villes en qui l’on puisse retrouver comme
à Gand, la persistance des mêmes facteurs mo-
raux.
Mais les annales ne sont point closes : l’ar-
dente cité, qui fut au XIVe siècle le rempart
héroïque de la démocratie européenne, et qui,
malgré tant de sièges et de massacres s’est
toujours relevé de ses désastres, a su trouver à
s’encadrer dans la Belgique moderne aussi bril-
lamment que dans les Pays-Bas féodaux. Et
cette persistante vitalité n’a pas pour origine
comme celle d’Anvers les avantages extraordi-
naires d’une situation géographique unique au
monde, elle n’est point soumise, comme fut celle
de Bruges, au déplacement des grand’routes
économiques, elle tient au caractère du peuple.
Cela peut paraître bizarre, mais à bien étudier
l’histoire gantoise, à bien observer ce peuple tel
qu’il est aujourd’hui, on constate qu’il y a une
race gantoise, ou du moins un peuple gantois,
ayant son caractère, ses mœurs, ses -façons de
sentir, son énergie propre, et formant, parmi
les Flamands une variété particulière, la plus