Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sider: 500
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
Le Bon Marché occupe actuellement, dans la
rue Neuve, deux vastes et importantes construc-
tions, portant les n°s 117 à 133, entre lesquelles
passe la rue de la Blanchisserie et que réunit
un élégant pont aérien Louis XVI, unique en
CHAMBRE A COUCHER LOUIS XVI.
son genre, qui est une des curiosités du Bru-
xelles Moderne.
L’immeuble portant le n° 117 est affecté en-
tièrement à l’ameublement ; ce département s’est,
en effet, accru à tel point qu’il a fallu le trans-
férer dans ce bâtiment qui lui est exclusivement
réservé.
Avant même que le visiteur y pénètre, ses re-
gards, invinciblement attirés et retenus, contem-
plent, sans se lasser, à travers les admirables
glaces du rez-de-chaussée, se déployant dans un
cadre des plus merveilleux, une exposition per-
manente de meubles de tous genres où le luxe
le plus somptueux s'allie au goût le plus pur.
Est-ce bien même une exposition ?
Oui, évidemment, si nous nous arrêtons aux
meubles légers, bambous et autres qui garnissent
le sous-sol.
Mais, pour l’admirer de plus près, laissons
l’ascenseur et engageons-nous dans le magni-
fique escalier, dont les courbes harmonieuses
semblent nous appeler, nous inviter. Nous voici
maintenant au premier étage.
bibelots, où, inspirés d’un art nouveau, les meu-
bles acquièrent un cachet si prononcé d’élégance
et de bon goût, où tentures et tapis font admirer
la grâce de leurs dessins, la délicatesse de leurs
nuances. On dirait qu’une élégante maîtresse
de maison a présidé à cette in lallation, où tout
révèle la main et le cerveau d’une femme.
Et maintenant nous voici dans un milieu plus
austère ; le caractère des meubles et du décor,
leur aspect grave, dans lequel transparaît une
certaine solennité, nous montrent, sans que l’on
puisse s’y méprendre, que nous sommes dans le
cabinet, dans le bureau d’un homme d'affaires
qui, bientôt, nous semble-t-il, va nous apparaître
et nous interroger.
Car la note dominante de tous ces intérieurs,
c’est, avec l’esthétique, la vie. Ils sont habités
ou ils viennent de l’être ; c’est l’expression qui
se dégage de cette visite, c’est l’illusion qui lutte
victorieusement contre la vérité, contre l’évi-
dence.
Comment, dans ces conditions, les plus diffi-
ciles, les plus exigeants n’arriveraient-ils pas à
se créer le « home » confortable et charmant
qu’ont entrevu leurs rêves, le foyer idéal, auquel
on s’attache et dont on ne s’arrache qu’avec
peine, tant l’existence y est plaisante et douce.
Il est cependant évident que malgré leur va-
riété, leur multiplicité, leur caractère éminem-
ment artistique, les mobiliers du Bon Marché
ne peuvent apporter une égale satisfaction à
tous les amateurs, tant est grande la diversité-
des goûts. Mais M. Vaxelaire, sans être magi-
cien, a trouvé le moyen d’exaucer les désirs les
plus secrets de ses visiteurs.
Dans de vastes ateliers, rue des Longs-Cha-
riots, une pléiade de dessinateurs de talent, une
nombreuse équipe d’ébénistes au si habiles qu’ex-
périmentés sont là tout prêts à donner un corps
à vos idées, si imprécisément formulées soient-
elles. à réaliser vos conceptions les plus ori-
ginales et les plus imprévues.
Franchissons maintenant par le pont Louis XVI,
la rue de la Blanchisserie et pénétrons dans
le plus ancien et aussi le plus important des
bâtiments.
Le rez-de-chaussée est entièrement occupé par
les tissus au métrage, lainages, soieries, la gan-
terie, le blanc, la lingerie. Devant ces rayons,
auxquels vinrent s’ajouter, l’an dernier, les fleurs
et les plumes, se pressent et défilent constam-
ment, se renouvelant sans ce.se, d’aimables visi-
teuses, rivalisant de grâce et d’élégance.
A l’entresol s’ouvre le Département pour
hommes et garçonnets. Inutile de dire qu’il com-
porte une abondante collection de vêtements
tout faits, pour toutes les tailles et pour tous les
âges. Mais les élégants trouvent au Bon Marché,
des coupeurs fort habiles, les premiers de Paris
et de Londres, qui les habilleront d’une façon
impeccable, sachant discerner avec tact ce qu’il
faut au jeune homme, dont le rêve est d’être
habillé à la dernière mode, ce qui convient à
l’homme d’un certain âge. dont la tenue exige
plus de gravité et de discrétion, en observant,
pour les uns comme pour les autres, cette élé-
gance de bon ton qui est le cachet indiscutable
du vrai gentleman.
Le premier étage est le paradis de la femme.
Il est uniquement consacré aux dames et aux
fillettes. Que de trésors s’étalent devant les yeux
charmés et pétillants de convoitise des visi-
teuses, dans cet Eden, aux proportions si vastes
que, même les jours d’exposition où l’affluence
est énorme, il n’y a jamais de cohue.
Ce sont, avec les robes, les blouses, les man-
teaux, les toilettes, les plus simples comme les
plus riches, mais toutes d’un goût parfait, d’une
suprême distinction, les costumes tailleur im-
peccables de coupe et d’allure, les chapeaux
gracieusement fleuris ou royalement empennés,
les corsets affinant, allongeant, modelant le
Nous restons un moment immobile de sai-
sissement, nous nous demandons si nous ne
sommes pas les victimes d’une involontaire
méprise. Nous pensions entrer dans un magasin,
dans un hall, et voici qu’au contraire, nous nous
trouvons dans une de ces grandes demeures
aristocratiques, où les tableaux de maîtres, et
les meubles du style le plus pur évoquent et
révèlent les goûts artistiques de ceux qui ont
l’heur de l’habiter.
C’est d’un pas hésitant que nous foulons les
superbes tapis, c’est timidement que nous pas-
sons successivement du salon à la bibliothèque,
à la salle à manger, à la chambre à coucher,
que nous parcourons, étonnés et ravis, toute cette
série de pièces, plus riches, plus somptueuses
les unes que les autres. Il nous semble que
devant nous va surgir le maître de céans qui
nous demandera compte de notre indiscrétion.
Le décor change. Ce n’est plus maintenant la
somptuosité un peu sévère des siècles passés,
c’est le luxe plus délicat, plus accueillant des
temps présents. C’est une de ces jolies et co-
quettes demeures modernes où fourmillent les
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VITRINE DE LA TOILETTE FÉMININE A L’EXPOSITION.