Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sider: 500
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
flambeaux. Car ce sont parfois de grosses ri-
vières qui s’enfoncent ainsi tout à coup dans
le sol, et coulent pendant plusieurs kilomètres
par des canaux plus ou moins ignorés, qu’elles
agrandissent sans cesse par le travail de l’éro-
sion. Le vent et l’eau travaillent plus que l’on
ne saurait croire, disait déjà Salomon. La Lesse,
la Lomme disparaissent ainsi. Des cours d’eau
LES GROTTES DE HAN. — LE LAC D’EMBARQUEMENT.
importants circulent dans les grottes de Re-
mouchamps et de Tilff.
La grotte de Han est une illustration pitto-
resque de la puissance de l’eau. Ce sont les eaux
de la Lesse, de la Lomme, de la Wamme
et d’autres affluents qui ont creusé cette célèbre
grotte, ainsi que celle de Rochefort, et ont dé-
coupé les pittoresques profils du site incom-
parable de chaleur. Pendant la traversée de la
grotte de Han, la Lesse, en dissolvant le cal-
caire qu’elle frôle et en collectant les eaux
de suintement, riches en bicarbonate de chaux,
enlève annuellement à la grotte un million neuf
cent mille kilogr. de roches, soit 7,600 mètres
cubes de pierre !
On a cherché à connaître l’âge de la grotte
de Han. Les vestiges d’habitation humaine d’une
haute antiquité, ainsi que les ossements quater-
naires retrouvés dans cette grotte, ont permis
de faire remonter son existence à un millier
d’années avant les pyramides, soit cinq mille
ans au minimum. On a calculé que depuis cette
seule période de son existence, la grotte doit
avoir abandonné aux eaux de la Lesse, par
usure, par dissolution, environ 38,000,000 de
mètres cubes de substance rocheuse !
Quelle est, au point de vue de la consomma-
tion, la salubrité des eaux en général, après
qu’elles ont fait leurs voyages souterrains ?
Toutes les sources que l’on voit jaillir du flanc
des montagnes, fraîches et limpides, fournissent-
elles de l’eau potable ? Non, car ces produits
de la pluie se sont insinués dans les terres el-
les roches plus ou moins propres, plus ou moins
saines. Quand c’est de roches qu’il s’agit, de
nombreux calcaires sont en présence. On en
compte près de dix types dans les huit cents
mètres d’épaisseur de roches qui constituent
en Belgique le carboniférien. Tous ces filtres
supposés le sont-ils réellement ? Telle est par-
tiellement la question des eaux potables.
Il faut remonter loin dans l’histoire de la terre
pour trouver la réponse à cette question capitale.
On sait que les calcaires, qui constituent des
bancs puissants, des couches profondes, des
montagnes, aujourd’hui, représentent dans le
passé vivant de la terre les restes des carapaces
et des coquilles laissées sur les fonds marins
de l’époque par les mollusques, crustacés, etc.,
qui se sont succédés en générations innombra-
bles. (Les bouleversements de la planète ont
exhaussé ces fonds marins ou les ont isolés par
affaissements voisins, bref en ont fait les pla-
teaux, les montagnes calcaires. Ces fonds de
mer autrefois immergés reçoivent aujourd’hui
l’eau des pluies.) Parmi les êtres marins vivaient
les crinoïdes. Voulez-vous voir les restes de
ces petits êtres dont l’importance est pour nous
si grande ? Un jour de pluie, quand les dalles
des trottoirs sont luisantes, comme polies, vous
y verrez de petites « mouchetures » blanchâtres
bien distinctes. Les détails du dessin ont beau-
coup de finesse. Ce sont les restes des cri-
noïdes.
Eh bien, les crinoïdes ne se sont pas com-
portés devant la destruction par la mort comme
les mollusques et les crustacés. Alors que les
carapaces de ceux-ci et les coquilles de ceux-là
se sont décomposés, constituant la masse amor-
phe des calcaires, fusionnant leurs cendres,
pourrait-on dire, le petit crinoïde (Echino-
derme), caparaçonné comme ses parents les
oursins, les étoiles de mer, et qui pour la
forme ressemble à une fleur de lys sur sa tige,
bien qu’il soit un animal, le petit crinoïde jouit
d’une propriété curieuse et spéciale : son test,
après la mort, au lieu de se dissoudre, de
s’effriter, se transforme en calcite cristallisée,
très résistante, presque inusable et presque inso-
luble. On a calculé qu’un test de crinoïde se
compose d’au moins 615,000 pièces, admira-
blement articulées, et qui, sans se dissoudre,
se disjoignent simplement à la mort de l’animal.
Leurs restes constituent ainsi une sorte de gra-
vier organique, dit gravier biologique, enfermé
par les siècles dans la masse amorphe des an-
ciens fonds marins où les autres habitants des
eaux ont confondu leurs cendres. Les mers car-
bonifériennes furent le domaine d’élection des
crinoïdes, qui y comptaient plus de huit cents
espèces, qui toutes pullulaient avec une abon-
dance extraordinaire. Ces petits organismes ont
donc laissé une innombrable quantité de leurs
restes empâtés dans la masse amorphe des autres
productions calcaires marines.
Qu’arrive-t-il aujourd’hui, quand l’eau des
pluies vient à tomber sur ces anciennes assises
calcaires, rochers, montagnes, terrasses, plateaux
et plaines ? Elle pénètre dans les couches pro-
fondes par toutes les fissures qui lézardent ces
rocs. Elle ne se contente pas de pénétrer, elle
corrode ces fissures, les élargissant par son
action chimique et son effort mécanique. Elle
entraîne, dans ces veines de plus en plus élar-
gies, les particules de matières impures de toutes
sortes qu’elle a pu rencontrer soit à la surface
du sol, soit à la traversée de terrains profonds
pollués. Quand cette eau sort de la montagne,
ruisselet ou source, nécessairement elle est char-
gée de tous les détritus que le ruissellement aura
récolté sur sa route. Voilà ce qu’il en est des
eaux en général recueillies par la surface d’une
contrée calcaire ordinaire.
11 en est autrement s’il s’agit d’un pays cal-
caire à crinoïdes. En raison de la dureté des
tests transformés en calcite cristallisée, comme
nous l’avons dit plus haut, ces éléments solides
et insolubles sont seulement détachées par les
eaux du magma calcaire qui les empâtait. Ce
« gravier biologique », sans cesse détergé par
le travail de l’eau, s’accumule à certains en-
droits et y forme un filtre naturel.
Avant cette démonstration on pouvait pros-
crire de l’alimentation d’une façon générale,
comme eaux chargées, toutes les eaux provenant
des calcaires. Cependant, alors, comment l’Inter-
communale de Bruxelles peut-elle fournir d’ex-
cellentes eaux à l’agglomération, puisqu’elle les
puise dans les calcaires de Spontin ? On s’est
rendu compte scientifiquement des motifs de
cette exception et l’on a trouvé au cours de
ces études que les exceptions sont beaucoup
plus nombreuses qu’on ne se l’imaginait et
qu’il faut en revenir de la proscription générale
des eaux potables puisées dans les calcaires.
Au point de vue hygiénique, cette constatation
qu’il peut y avoir de bonnes eaux dans les
calcaires est des plus importantes. On distin-
guera dorénavant calcaire et calcaire. Et l’on
peut féliciter les savants qui ont résolu définiti-
ment cette question et qui, en élevant un monu-
ment aux grottes et aux cavernes de Belgique,
ont rendu en même temps un service inappré-
ciable au pays.