ForsideBøgerExposition Universelle In…e L'exposition, Vol. II

Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910,
Organe Officiel De L'exposition, Vol. II

Forfatter: E. Rossel

År: 1910

Sider: 500

UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel

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296 L’EXPOSITION DE BRUXELLES flambeaux. Car ce sont parfois de grosses ri- vières qui s’enfoncent ainsi tout à coup dans le sol, et coulent pendant plusieurs kilomètres par des canaux plus ou moins ignorés, qu’elles agrandissent sans cesse par le travail de l’éro- sion. Le vent et l’eau travaillent plus que l’on ne saurait croire, disait déjà Salomon. La Lesse, la Lomme disparaissent ainsi. Des cours d’eau LES GROTTES DE HAN. — LE LAC D’EMBARQUEMENT. importants circulent dans les grottes de Re- mouchamps et de Tilff. La grotte de Han est une illustration pitto- resque de la puissance de l’eau. Ce sont les eaux de la Lesse, de la Lomme, de la Wamme et d’autres affluents qui ont creusé cette célèbre grotte, ainsi que celle de Rochefort, et ont dé- coupé les pittoresques profils du site incom- parable de chaleur. Pendant la traversée de la grotte de Han, la Lesse, en dissolvant le cal- caire qu’elle frôle et en collectant les eaux de suintement, riches en bicarbonate de chaux, enlève annuellement à la grotte un million neuf cent mille kilogr. de roches, soit 7,600 mètres cubes de pierre ! On a cherché à connaître l’âge de la grotte de Han. Les vestiges d’habitation humaine d’une haute antiquité, ainsi que les ossements quater- naires retrouvés dans cette grotte, ont permis de faire remonter son existence à un millier d’années avant les pyramides, soit cinq mille ans au minimum. On a calculé que depuis cette seule période de son existence, la grotte doit avoir abandonné aux eaux de la Lesse, par usure, par dissolution, environ 38,000,000 de mètres cubes de substance rocheuse ! Quelle est, au point de vue de la consomma- tion, la salubrité des eaux en général, après qu’elles ont fait leurs voyages souterrains ? Toutes les sources que l’on voit jaillir du flanc des montagnes, fraîches et limpides, fournissent- elles de l’eau potable ? Non, car ces produits de la pluie se sont insinués dans les terres el- les roches plus ou moins propres, plus ou moins saines. Quand c’est de roches qu’il s’agit, de nombreux calcaires sont en présence. On en compte près de dix types dans les huit cents mètres d’épaisseur de roches qui constituent en Belgique le carboniférien. Tous ces filtres supposés le sont-ils réellement ? Telle est par- tiellement la question des eaux potables. Il faut remonter loin dans l’histoire de la terre pour trouver la réponse à cette question capitale. On sait que les calcaires, qui constituent des bancs puissants, des couches profondes, des montagnes, aujourd’hui, représentent dans le passé vivant de la terre les restes des carapaces et des coquilles laissées sur les fonds marins de l’époque par les mollusques, crustacés, etc., qui se sont succédés en générations innombra- bles. (Les bouleversements de la planète ont exhaussé ces fonds marins ou les ont isolés par affaissements voisins, bref en ont fait les pla- teaux, les montagnes calcaires. Ces fonds de mer autrefois immergés reçoivent aujourd’hui l’eau des pluies.) Parmi les êtres marins vivaient les crinoïdes. Voulez-vous voir les restes de ces petits êtres dont l’importance est pour nous si grande ? Un jour de pluie, quand les dalles des trottoirs sont luisantes, comme polies, vous y verrez de petites « mouchetures » blanchâtres bien distinctes. Les détails du dessin ont beau- coup de finesse. Ce sont les restes des cri- noïdes. Eh bien, les crinoïdes ne se sont pas com- portés devant la destruction par la mort comme les mollusques et les crustacés. Alors que les carapaces de ceux-ci et les coquilles de ceux-là se sont décomposés, constituant la masse amor- phe des calcaires, fusionnant leurs cendres, pourrait-on dire, le petit crinoïde (Echino- derme), caparaçonné comme ses parents les oursins, les étoiles de mer, et qui pour la forme ressemble à une fleur de lys sur sa tige, bien qu’il soit un animal, le petit crinoïde jouit d’une propriété curieuse et spéciale : son test, après la mort, au lieu de se dissoudre, de s’effriter, se transforme en calcite cristallisée, très résistante, presque inusable et presque inso- luble. On a calculé qu’un test de crinoïde se compose d’au moins 615,000 pièces, admira- blement articulées, et qui, sans se dissoudre, se disjoignent simplement à la mort de l’animal. Leurs restes constituent ainsi une sorte de gra- vier organique, dit gravier biologique, enfermé par les siècles dans la masse amorphe des an- ciens fonds marins où les autres habitants des eaux ont confondu leurs cendres. Les mers car- bonifériennes furent le domaine d’élection des crinoïdes, qui y comptaient plus de huit cents espèces, qui toutes pullulaient avec une abon- dance extraordinaire. Ces petits organismes ont donc laissé une innombrable quantité de leurs restes empâtés dans la masse amorphe des autres productions calcaires marines. Qu’arrive-t-il aujourd’hui, quand l’eau des pluies vient à tomber sur ces anciennes assises calcaires, rochers, montagnes, terrasses, plateaux et plaines ? Elle pénètre dans les couches pro- fondes par toutes les fissures qui lézardent ces rocs. Elle ne se contente pas de pénétrer, elle corrode ces fissures, les élargissant par son action chimique et son effort mécanique. Elle entraîne, dans ces veines de plus en plus élar- gies, les particules de matières impures de toutes sortes qu’elle a pu rencontrer soit à la surface du sol, soit à la traversée de terrains profonds pollués. Quand cette eau sort de la montagne, ruisselet ou source, nécessairement elle est char- gée de tous les détritus que le ruissellement aura récolté sur sa route. Voilà ce qu’il en est des eaux en général recueillies par la surface d’une contrée calcaire ordinaire. 11 en est autrement s’il s’agit d’un pays cal- caire à crinoïdes. En raison de la dureté des tests transformés en calcite cristallisée, comme nous l’avons dit plus haut, ces éléments solides et insolubles sont seulement détachées par les eaux du magma calcaire qui les empâtait. Ce « gravier biologique », sans cesse détergé par le travail de l’eau, s’accumule à certains en- droits et y forme un filtre naturel. Avant cette démonstration on pouvait pros- crire de l’alimentation d’une façon générale, comme eaux chargées, toutes les eaux provenant des calcaires. Cependant, alors, comment l’Inter- communale de Bruxelles peut-elle fournir d’ex- cellentes eaux à l’agglomération, puisqu’elle les puise dans les calcaires de Spontin ? On s’est rendu compte scientifiquement des motifs de cette exception et l’on a trouvé au cours de ces études que les exceptions sont beaucoup plus nombreuses qu’on ne se l’imaginait et qu’il faut en revenir de la proscription générale des eaux potables puisées dans les calcaires. Au point de vue hygiénique, cette constatation qu’il peut y avoir de bonnes eaux dans les calcaires est des plus importantes. On distin- guera dorénavant calcaire et calcaire. Et l’on peut féliciter les savants qui ont résolu définiti- ment cette question et qui, en élevant un monu- ment aux grottes et aux cavernes de Belgique, ont rendu en même temps un service inappré- ciable au pays.