Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910
Organe Officiel De L'exposition, Vo.l 1
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sted: Bruxelles
Sider: 452
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
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Porte des Baudets oüUd’Ostende
une orfèvrerie, évoque l’image d’un tabouret
où la céleste patronne de l’église voisine, comme
dans les vieux tableaux, poserait ses pieds égaux
et droits sous l’écroulement des cassures de sa
robe pourpre ou azur. Un paradis de dentelles
comme des givres maillés par les bobines, un
jardin merveilleux d’antiques étoffes brochées con-
stellent la maison changée en musée, et où il
semble que la nuit de légères filandières reviennent
tisser du silence, le grand silence blanc de la ville.
Puis au détour de la rue, des murs, de petites mai-
sons basses, une odeur de cimetière, de décombres
et de gazons frais, et tout à coup, vers la droite, un
escalier aux marches usées descend vers une crique
d’ombre moussue où glisse une eau mystérieuse
qui plus loin disparait sous une voûte. Levez alors
les yeux : de toute sa masse, avecje coup de lance
de ses verrières, darde, comme le cœur même de
Marie, l’énorme et délicat chevet aux saignantes
verrières.
L’eau reparait, cette eau de la Reie, autrefois
presque un fleuve et à présent un fossé de la lar-
geur d’un pont. La voici qui baigne ce quai du
Rosaire : suivez-la et, vers l’autre rive, va surgir
un miraculeux petit paysage de pierre, aiguilles et
minarets d’Orient, faîtes gothiques, façades comme
de hautes dames dans leurs corsets longs, tourelles
fraisées d’encorbellements, pignons ajourés de ver-
rières effilées, les tourelles de l’hôtel de ville s’em-
mêlant aux ordonnances du Franc, le pilier des
blessé et solitaire, agonie sentimentale où se pleure
et s’adonise l’âme des femmes. Il arrive, en effet-,
une heure dans la vie des grandes cités où, toute
sève à bout et les derniers héros ensevelis, elles
s’abandonnent et se laissent porter au tombeau par
les femmes. A Bruges, après des siècles, c’est encore
la Vierge aux cheveux pâles et aux yeux de som-
meil, lys éclos aux jardins symboliques de Van
Eyck et de Memling, qui berce en ses bras le fan-
tôme de la ville du XVe siècle.
Cependant si, regardant du haut des dunes qui
s’étendent de Blank'enberghe au Zwyn, vous pro-
jetez vos regards par-dessus le plat pays, vous
verrez se dresser à l’horizon trois grandes tours. Ce
sont les falaises qui, à travers les siècles, con-
tinuent à marquer l’étiage de la fortune brugeoise.
Elles s’égalent à l’histoire d’un peuple, faites à sa
taille, l’une qui est le grand citoyen de pierre, les
Halles, les deux autres qui dardent comme les
cierges d’une antique messe de gloire, Saint-Sau-
veur et Notre-Dame. De toute la campagne envi-
ronnante, à des lieues on les aperçoit : elles sont
l’axe de toutes les routes qui vont par la Flandre
et regagnent le monde. Un fanal, là-haut, brûlait
dans la tour des hommes, étoile des mers qui gui-
dait l’aventureux esquif battu par les flots, tandis
qu’à côté les grandes tours liturgiques étaient
comme les bras ouverts d’un Dieu paternel. La
lampe ne s’est jamais éteinte; le feu rouge que les
veilleurs entretiennent au sein des nuits est bien
le même signe fraternel vers qui s’orientait l’aven-
ture errante de la barque et du pèlerin. Quand
tout le reste a disparu, il suffit d’un humble et naïf
vestige pour attester la permanence de cette chaleur
d’humanité sans laquelle le monde périrait.
Un air de famille rapproche le grand beffroi et
la cathédrale, tous deux massifs, trapus, sourcil-
leux, avec des contreforts qui ressemblent à des
bastions, des tours qui escaladent le ciel et des
porches d’où l’on s’attend à voir tomber des ponts-
levis. Saint-Sauveur et les Halles, par-dessus les
toits de la ville, s’apparentent comme des frères
sortis d’un même giron, rébarbatifs et menaçants,
avec des racines qui s’accrochent au cœur de la vie
et de la mort. Un même principe autoritaire et
insoumis exalte le donjon catholique, aux assises
enormes, à l’appareil guerrier de poudrières et
d échauguettes et le donjon communal, escarpé
comme un pilier du ciel, si bien que l’église semble
participer de la violence des luttes publiques,
tandis que son vis-à-vis, le grand Beffroi, emprunte
à la théologie quelque chose d’irréductible et d’ab-
solu.
Il semble qu’on ait ensuite l’impression d’un
rafraîchissementen entrant à Notre-Dame. L’amour
de Marie lénifie la dure scolastique : elle la renou-
velle aux grâces d’une mystique qui a pour sym-
bole un cœur brûlant d’ardentes charités. Même
la pierre s’attendrit pour mieux la louer : une fleur
d’architecture rare s’est greffée sur le style primitif :
c’est le petit Baptistère à la place
où s’ouvrait le portail qu’on ap-
pelait le Paradis. C’est encore
la tribune du déambulatoire com-
muniquant avec la seigneuriale
demeure des sires de Gruuthuse,
fin bijou d’oratoire, feuillagé et
ajouré, qui encadrait les voiles,
les chevelures, les grâces longues
de ces gestes de femmes autour
de qui flottaient des robes de
douze aunes bariolées de licornes,
de lions, de dragons et d’oiseaux
fabuleux.
Tout ici rappelle le culte de
Marie, la liturgie, les images, la
piété de ce marchand qui dota
le temple d'une Vierge à l’enfant
de;Michel-Ange et jusqu’au tom-
beau de la gentille Marie de
Bourgogne, couchée sous le mar-
bre et les métaux, non loin du
valeureux Charles le Téméraire,
son père. Ces deux illustres sépul-
tures sont ici comme les monu-
ments de la chevalerie expirée :
sur Charles, la force, et sur Marie,
la grâce, elles scellent la pierre
du révolu. Et comme aux funé-
railles royales un cortège de
princes accompagne le corps,
vingt-neuf écussons de chevaliers
de la Toison d’or sont suspendus
au-dessus des stalles du chœur.
Dehors, à un pas, le joli Palais
des Gruuthuse, guilloché comme
Halles émergeant avec ses galeries et ses contre-
forts, toute une vie grouillante de la pierre, cou-
ronnée par la plate-forme dê'Saint-Sauveur pareille
à une tiare crénelée.
Un pont, l’étroite rue de l’Ane-Aveugle et main-
tenant vous débouchez sur la place, entre l’hôtel
de ville et le petit greffe renaissance. A l’ère
héroïque des Halles et de la Cathédrale a succédé
un état social égalisé, reflété par un art délicat,
savant et somptueux. Avec ses tourelles en turban,
sa façade de haut en bas fleuronnée de niches, les
nervures maillées de ses hautes fenêtres, la dentelle
Porte de Gand