ForsideBøgerExposition Universelle In… De L'exposition, Vo.l 1

Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910
Organe Officiel De L'exposition, Vo.l 1

Forfatter: E. Rossel

År: 1910

Sted: Bruxelles

Sider: 452

UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel

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L’EXPOSITION DE BRUXELLES Le Beffroi de sa balustrade bordant le rampant aigu, le mou- vement et le caprice de son ornementation pom- ponnée, guillochée, passequillée, jouant la cha- marrure d’une étoffe d’orfrois, l’hôtel de ville est bien la maison des grands bourgeois gras, amis de la cour de Bourgogne, participant à ses cortèges, ses ducasses et ses tournois, les yeux clairs et le menton à fanons, ainsi que les peignaient les peintres du temps. Attendez qu’une couple de siècles aient passé, et le petit portail de la chapelle du Saint-Sang, dans sa prolixité flamboyante, semblera un cep mau- resque écussonné sur un rameau de la ,,vigne gothique. C’est la pousse dernière d’un art arrivé à terme et qui s’en va de l’excès même de sa sève, comme déjà, à travers sa folie d’or et de grandeur, s’est dénaturée la forte race antique. Là-dessous un trou noir d’hypogée : quelques marches vous ont rejeté dans les siècles, au cœur de la dure foi primitive. C’est la crypte de Saint- Basile, un ambulacre de piliers trapus, des voûtes basses et obscures, et tout au fond, dans l’évide- ment d’une épaisse maçonnerie rugueuse, un pilier d’autel où, sans doute, s’exhibait la goutte du sang divin rapportée de Palestine par Thierry d’Alsace. Ce sont là des stations vénérables dans ce pro- digieux chemin de croix où l’une des grandes villes du monde si longtemps agonisa. C’est la mélan- colie et la grandeur de Bruges que tout y soit une poussière amoncelée d’humanité, de gloire et d’hé- roïsme, dans une confusion où même l’héroïsme et la gloire ont perdu leur nom. Pour quelques demeures restées illustrées, combien sont tombées à l’anonymat de la fosse commune? Qui pourrait soupçonner, s’il n’est averti, derrière les odieuses maçonneries du Palais de Justice, l’inouïe main- d’œuvre de cette cheminée du Franc où, d’une grâce déroulée de vie volante, une liane d’attributs, de mascarons, de bêtes héraldiques, de neptunes, de faisceaux et de banderoles jaillit, se maille et ondule à la louange des maisons de Bourgogne, d’Espagne et d’Autriche? A l’hôpital Saint-Jean, une vieille, naïve et douloureuse sculpture, du plus noble génie, blasonne le mur extérieur d’une indi- gente infirmerie. Cependant, comme chaque jour il y a le prodige du matin qui recommence, il y a là, dans une petite salle, un miracle de beauté où toujours recommence l’une des plus suaves sensa- tions d’art qui se puissent imaginer : c’est la Châsse de Sainte Ursule où jusqu’au sang, dans la boucherie neigeuse et rosesdu Massacre des onze mille vierges, ressemble à des pétales échappés aux palmes que les anges agitent par-dessus leur radieux martyre. Memling, joueur de luth aimé des femmes et qui savait donrler à ses saintetés quelque chose des molles voluptés terrestres! Van Eyck, à côté, le Van Eyck de VAdoratioii de la Vierge, au musée, apparaît un vieux roi sévère chez lequel les diver- tissements, les ris et les musiques sont interdits. L’âpre foi médiévale perce ici, sous cette peinture magnifique et dure comme les émaux. Memling, lui, semble bien plus Brugeois, au sens de notre sensibilité moderne. Il est le peintre des belles patriciennes et des amoureuses du Christ. Il peint le roman des âmes à travers une douceur d’idylle. Un mystère d’Annonciation plane dans ses chambres ouvertes sur le ciel, et peut-être c’est l’amour et l’hymen qu’annoncent les célestes mes- sagers. Nul comme lui ne lustre à petits pinceaux de miniature les promesses du bonheur terrestre et l’espoir du paradis. Il est moins théologique qu’évangélique; il est surtout tendrement élyséen. Partout où l’on peut penser à la grâce, à la beauté et à l’amour, on pense à lui. Mais peut-être on ne songe nulle part à lui autant que sur la rive de ce Lac d’amour qui, à Bruges, évoque une fontaine de Grâces, moins mystique que nuptiale. Sa couleur a bien la flui- dité d’une onde faite à la fois pour mirer le vol d’une tunique d’ange et la fuite d’une robe pro- fane. Rêves! rêves cependant que là-haut, l’Homme de la cité, le grand citoyen de pierre, monseigneur le Beffroi, à coups de gongs, de marteaux et de cloches, met en branle la tour et sonne en l’hon- neur de Bruges la Nouvelle. Camille Lemonnier. Le Lac d’Amour