Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910
Organe Officiel De L'exposition, Vo.l 1
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sted: Bruxelles
Sider: 452
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
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II 11
Deuxième cour du Palais de Justice de Liège
constructeur, et les ingénieurs de l’avenir auront
sans doute fort à faire à la maintenir debout. On y
chercherait en vain la logique rationaliste des
grandes œuvres classiques ou la logique intime du
moyen âge. Rien de plus disparate au point de vue
du style On y trouve du romain, du grec, du
babylonien, de l’italien, mais peut-être ce mélange
bizarre est-il la véritable formule du style
moderne.
Les esthéticiens, les théoriciens de l’art ont
démontré que les grandes
œuvres architecturales du
passé étaient presque tou-
jours la manifestation d’un
grand sentiment collectif,
ou du moins l’expression
d’une civilisation. Les tem-
ples et les palais de l’Inde
expriment à merveille le
panthéisme mystique et con-
fus d’une race assombrie
par le tourment de l’uni-
versel; les ruines des mys-
térieux palais de l’Asie-Mi-
neure nous évoquent plus
puissamment que toute une
littérature les sombres mo-
narchies religieuses de l’an-
tique Orient; les merveil-
leux temples grecs nous
donnent la sensation pro-
tonde d’une religion claire,
lumineuse et véritablement
appollinienne; les cathé-
drales gothiques nous expliquent les sociétés occi-
dentales édifiées sur le double principe de la foi
catholique et de la raison expérimentale. Les
palais de la Renaissance forment le cadre obligé
1’ ..,.-
Première cour du Palais de Justice de Liège
dans nos sociétés en travail. Nous n’avons plus ni
religion, ni foi politique, ni foi morale commune.
La religion du progrès elle-même trouve des con-
tradicteurs. Aucun de nous n’a cette confiance
de la vie élégante et fastueuse des rois gentils-
hommes d’il y a trois cents ans, et Versailles
nous offre l’image encore vivante de la monarchie
centraliste et de l’ordre classique. De mêmel’Opéra
de Paris ou le Palais de Justice de Bruxelles
donneront à nos arrière-neveux l’impression exacte
de la société anarchique et mercantile où nous
vivons encore.
Notre époque, en effet, ne connaît guère de
grands sentiments collectifs. Ils s’élaborent encore
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dans la durée qui animait les constructeurs de
jadis, lesquels voulaient faire « éternel ». Nous ne
savons ce que sera demain et, dans notre igno-
rance, nous ne demandons qu’à jouir du présent
et briller dans le présent. C’est pourquoi nos
monuments sont fastueux et baroques, produits
bizarres d’un âge inquiet qui se sent éphémère.
Quoi de plus caractéristique de cet âge que ce
Palais de Justice de Bruxelles, conçu comme un
décor, comme un magnifique décor?
Si ce n’est pas, en effet,
l’œuvre d’un constructeur,
cgijantesjue et pompeux
bâtiment est incontestable-
ment l’œuvre d’un artiste
et d’un grand artiste. On
dirait la réalisation d’un
rêve de Piranesi ou de Gus-
tave Doré ; avec ses allées de
colonnes gigantesques, ses
escaliers inutiles et mons-
trueux, les entassements de
ses chapiteaux, de ses por-
tiques, de ses sculptures, la
superposition de ses plates-
formes et de ses terrasses, ne
matérialise-t-il pas un songe
babylonien, de même que
l’église de Laeken, autre
œuvre de Poelaert, inache-
vée et inachevable, semble
avoir été inspirée par un de
ces dessins absurdes et ma-
gnifiques que Victor Hugo
traçait de sa plume grandiloquente entre deux
chapitres de Notre-Dame de Paris? Au point de
vue de la saine doctrine architecturale, c’est un
monument absurde, c’est entendu. Mais il n’en