ForsideBøgerExposition Universelle In… De L'exposition, Vo.l 1

Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910
Organe Officiel De L'exposition, Vo.l 1

Forfatter: E. Rossel

År: 1910

Sted: Bruxelles

Sider: 452

UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel

Søgning i bogen

Den bedste måde at søge i bogen er ved at downloade PDF'en og søge i den.

Derved får du fremhævet ordene visuelt direkte på billedet af siden.

Download PDF

Digitaliseret bog

Bogens tekst er maskinlæst, så der kan være en del fejl og mangler.

Side af 462 Forrige Næste
108 L’EXPOSITION DE BRUXELLES est pas moins vrai que quand on voit cette masse formidable dominer la ville de son cube de pierre, quand on voit les ombres jouer dans ses colonnades, colorer ses chapiteaux, ses fleurons, ses monstres ailés, on ne peut s’empêcher d’admirer la riche et grandiose imagination qui a conçu cette œuvre romantique. Assurément, on ne pourra jamais faire un cours d’architecture sur le Palais de Justice de Bruxelles, mais j’imagine que les générations futures l’admireront comme nous admirons ces somptueux paradoxes monumentaux : le Château de Chambord ou le Palais des Doges. * * * Le Palais de Justice de Bruxelles est le seul palais moderne vraiment intéressant où l’on ait logé la Thémis belge. Celui d’Anvers est confor- table, clair et peu remarquable. Celui de Gand fut construit par Roelandt dans les premières années de l’indépendance nationale. « On retrouve dans ce grand ouvrage, dit le bon Moke, dans la Belgique monumentale, le même genre de talent que M. Roelandt avait déjà déployé dans la construction de l’Université : des masses habilement disposées, et produisant quelquefois un effet plein de vigueur. Mais les accessoires — Moke veut sans doute dire le détail — ne nous paraissent pas tous également heureux, et offrent des détails dont on pourrait contester le bon goût : la variété des formes que l’architecte a donnée aux jours dont il avait besoin pour éclairer quelques parties du bâtiment nuit à la gravité et à la régu- larité de ses façades; l’escalier principal placé à l’extérieur, et qui se présente de profil, a moins de mollesse que le reste du monument. Toutefois, en signalant ces imperfections d’une œuvre aussi gran- diose, nous serions injustes de ne pas reconnaître qu’elles atténuent à peine le mérite de l’ensemble. A l’intérieur, une disposition sage et avantageuse; des communications faciles, une salle des pas-per- dus vraiment imposante; au dehors, un aspect ma- jestueux et monumental; tels sont les caractères qui font du Palais de Justice de Gand un édifice bien supérieur à la plupart de ceux qu’a vu construire notre époque et qui pour- ra toujours être compté avec orgueil parmi les principaux ornements de la Cité. » Nous ne partageons pas tout à fait cet enthou- siasme; l’œuvre de Roe- landt est un monument classique assez banal. Mais le temps lui a donné une patine agréable, et il est situé dans un joli cadre de verdure et de canaux. * * * A côté de ces Palais de Justice modernes, on admirera en Belgique quelques monuments du passé qui ont été heureu- sement aménagés pour loger les cours et tribunaux. Extérieurement, le Palais de Justice de ^Bruges n’a rien de remar- quable, mais c’est dans une de ses salles que se trouve la fameuse Cheminée du Franc, un des plus beaux spécimens de la sculpture flamande du XVe siècle. A Furnes, le tribunal est logé dans un délicieux petit hôtel de la Grand’Place dont les pignons sculptés et l’architecture composite ont un charme très délicatement autochtone. Mais c’est surtout le Palais de Justice de Liége qui à ce point de vue est remarquable. Il a été aménagé dans l’ancien hôtel des princes-évêques. Com- mencée par Erard de la Marck en i5o8, le temps, les révolutions, et ce qui pis est, les architectes ont assailli cette construction L’incendie de 1734 a détruit deux de ses ailes, de mala- droits restaurateurs l’ont ar- rangé à la mode du temps, 5-et malgré cela, le vieux mo- nument a gardé son noble et imposant aspect. La cour surtout est vraiment remar- quable. Camille Lemonnier en a fait, dans la Belgique, une puissante description : « Quand on débouche dans la plus grande des deux cours, l’émotion va jusqu’à l’inquiétude. La vue, les temps, les styles se brouil- lent dans ce mélange de ro- man, d’arabe et d’hindou qui brusquement ouvre une échappée sur des alhambras, des pagodes, des préaux de monastères. Ne cherchez pas : vous êtes dans le caprice et l’imagination. » Un seul homme a dégrossi ce bloc qui semble trahir de multiples collaborations, mais quel artiste et quel inventeur ! Ce François Borset, d’Outre- Meuse, appartenait à la race des impétueux cer- veaux en qui bouillonnent toutes les formes et qui, comme la forêt, contiennent le simple et l’en- chevêtré. Il sculpta dans les soixante colonnes des galeries un poème idéal et grotesque, de la grimace et de la chimère, peut-être aussi quelque évocation des féeries orientales. Chacune d'elles décèle le jeu d’un esprit infini en ses combinaisons; toutes diffèrent par un détail, une fantaisie, un mascaron, et les unes se renflent en bulbes, dessinent des tulipes, s’arabesquent de végétaux et d’animaux, Palais de Justice de Gand les autres ressemblent à de grands candélabres montés sur des piédestaux et couronnés de cor- beilles. Sur les quatre faces de la cour un portique se continue, déroulant les cintres surbaissés de ses arcades, avec ce peuple de piliers pour appui, et le portique lui-même supporte l’ordonnance élégante et légère des façades, prolongées en travées dans l’ampleur des toitures, avec un fouillis de colon- nettes, de pinacles, de rinceaux et de balustrades. Cette efflorescence déliée de l’ogival parait presque sévère à côté des poussées folles du jardin de maître Borset. »... Il n’en faut pas plus pour la rêverie; les gale- Çouk du Palais de Justice de Matines ries s’animent d’une traînée de pages et de favo- rites; des fenêtres sort une rumeur vague, trou- blante, mal assoupie, comme un bruit de vo- lière; les portes ouvertes laissent soupçonner des tapis, des tentures, des statues, des escaliers de marbre. On pense à cette exclamation de Margue- rite de Valois : « Il n’y a rien de plus magnifique et de plus délicieux. » Ou bien une grande sil- houette se dessine, grandit, arpente les dalles, celle d’un de ces princes-évêques perpétuant la tradition de la crosse et de l’épée. »... Et tout là-haut un carillon verse sa pluie de notes; elles ruissellent, larmes mélodieuses, sur les poussières où fut la gloire de Liége et que le vent balaye dans l’enclos. » Cependant, les ombres noires errantes sous le rire des mascarons de François Borset ne sont point des robes de prélats, mais des toges d’avocats. Cette toison qui se re- brousse là-bas comme la fourrure du mélancolique chat des ruines se résout en un bonnet à poil sur le crâne de Pandore, et des plaideurs contrits rem- placent la vilenaille qui, les jours de largesses, arrivait gueuser aux por- tes de la grande maison. Après tout, celle-ci n’a guère changé sensible- ment de destination. Jadis la justice des évêques s’y rendait et c’est encore la justice qui s’y rend au- jourd’hui. Mais tandis que l’autre n’était sou- vent que le caprice et l’arbitraire, celle-ci s’ap- puie sur des codes, des lois, l’appareil rigide de la conscience moderne. » On ne peut mieux dire. Il convient d’avoir confiance dans les tribunaux de son pays, et il est beau d’admirer dans le Palais de Justice de Liége la synthèse de la Tradition et du Progrès juridique, et puisque la mode est au symbole, on peut voir là la signification morale de cette appropriation de nos vieilles reliques architecturales au logement de la justice moderne. L. Dumont-Wilden.