Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910
Organe Officiel De L'exposition, Vo.l 1
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sted: Bruxelles
Sider: 452
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
les vieilles gens de ces pays content encore à leurs
petits-enfants. Un beau parc a été dessiné et
planté sur les pentes de la colline où se dressait la
citadelle de Vauban. De grands travaux ont été
récemment entrepris pour l’embellir et le doter
d’une piste sportive aménagée selon les progrès du
Namur — Citadelle et Confluent de la Meuse et de la Sambre
moment. Si l’on redescend vers la ville en suivant
les voies du tramway vicinal, on aperçoit au loin,
dans la plaine’, à mi-chemin de Malonne, une
ferme blanche, sorte de petit château sans pré-
tention, où l’on rapporte que résida Louis XIV
durant ce fameux siège de Namur sur lequel Boi-
leau écrivit de si mauvais vers.
Ce n’est pas tout. Namur a des environs fort
beaux qui ne le cèdent à aucun des sites plus
célèbres de la vallée de la Meuse. Marche-les-
Dames, avec ses rochers grandioses et ses paysages
humides de sous-bois, est un endroit d’une poésie
intense. La vallée du Samson abonde en délicieux
points de vue. Il suffit de sortir de la ville, soit en
longeant le fleuve, soit en gagnant la campagne,
pour se trouver devant des aspects de nature qui
enchantent les yeux.
tout au moins, elle garde quelque chose de sa libre
nature et de son caractère champêtre. Le faubourg
de Jambe, qui fait face à la ville, n’est, en effet,
urbain qu’à demi, et la plupart des maisons qu’il
aligne le long du fleuve disparaissent derrière une
abondante verdure.
Il est certain que la Meuse, à Namur, conseille
la flånerie et le rêve. Ne pourrait-on avancer ce
paradoxe qu’à Namur tous les habitants se par-
tagent en deux grands groupes : ceux qui pêchent
à la ligne et ceux qui regardent pêcher les autres?
En tout cas, que le calendrier marque dimanche
ou jour de semaine, l’eau calme du fleuve est par-
semée de ces petits bateaux plats qui servent à la
pêche en rivière, et l’on peut y voir s’immobiliser,
pendant des heures interminables, des silhouettes
accroupies d’héroïques et patients pêcheurs. Aussi
immobiles, aussi patients qu’eux-mêmes, des laz-
zaroni, couchés sur la rive, les regardent languis-
Je pêcheur à la ligne souffre en silence pour sa
passion, puisqu’il
Vit et meurt vierge et martyr !
*
* *
Le caractère du Namurois autochtone est géné-
ralement bienveillant et familier. Il a tôt
fait de lier connaissance et de vous inviter
à aller « boire le café » chez lui. Cela ne
veut point dire toutefois qu’il se privera du
plaisir de vous donner un coup de langue
à l’occasion.
Qu’importe, si le cœur vaut mieux que
l’esprit et si l’on est sûr de trouver de l’aide
et du réconfort chez ses voisins? Malgré
les inévitables transformations que réclame
le progrès, Namur a sur beaucoup de
points conservé les mœurs aimables et fra-
ternelles de jadis. Cette ville n’est pas
encore un désert de pierre. Le malheu-
reux est assuré de n'y point mourir de
faim.
Cependant, Namur, il y a quelques
années, a subi une crise où elle aurait pu
perdre toute son originalité, toute sa bon-
homie charmante. Je veux parler des jeux
qu’on y avait installés et qui ne tardèrent
pas à modifier son aspect. Les hôtels
durent se moderniser pour recevoir digne-
ment les hôtes cossus qu’attirait le tapis
vert. Les vieux magasins renouvelèrent
leur fonds, s’éclairèrent à giorno, luttèrent
d’élégance avec ceux de Bruxelles et de
Paris. Des fêtes fréquentes, des concerts,
des cavalcades animaient, bouleversaient
la paisible et antique cité. La crise se
dénoua, les jeux furent supprimés, Na-
mur fut rendue à ses vieilles traditions.
Pas tout à fait, pourtant, car beaucoup de chan-
gements demeurèrent acquis.
* *
Et, tout compte fait, avec son fleuve large et
aimable, avec sa citadelle arborée et fleurie, avec
ses belles églises, ses vieux quartiers, son parc, ses
rues modernes, sa place d’Armes si animée, son
hôtel de ville qui renferme un intéressant musée
de tableaux, avec ses habitants aussi qui sont pour
la plupart des gens charmants quand ils consen-
tent à ne pas s’occuper de politique, Namur est
une petite ville tout à fait agréable, où il fait
*
* *
Telles sont les impressions que peut recueillir
un touriste au cours d’une visite rapide de quel-
ques heures ou de quelques jours. Mais l’étranger
que ses affaires ou sa fantaisie amèneraient à s’ins-
taller pour de bon à Namur aurait bientôt l’oc-
casion de faire des observations plus subtiles et
plus intéressantes.
Tout d’abord, il pourrait saisir sur le vif l’in-
fluence qu’exerce le passage d’un fleuve sur les
habitants d’une cité de moyenne importance. Cette
influence n’est pas du tout celle que le passage du
même fleuve exercerait dans une grande ville.
L’Escaut, à Anvers, est un stimulant d’énergie
d’une puissance incomparable, ainsi qu’un créa-
teur de richesse et de bien-être. La Meuse, à Liège,
correctement tenue entre ses quais de pierre, est un
fleuve mondain, ne travaillant qu’à ses heures et
qui semble toujours être en représentation. A
Namur cette même Meuse a une tout autre allure.
Ici elle pousse à la rêverie, parce que, d’un côté
Namur —
Le Kursaal
samment. Souvent je me suis demandé de quoi
vivaient ces gens, si c’était de l’air du temps ou
des poissons qu’ils retirent de leurs humides
demeures. Mais chacun sait, depuis Richepin, que
bon vivre et où le touriste passera d’heureux
moments.
Georges Rency.