Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910
Organe Officiel De L'exposition, Vo.l 1
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sted: Bruxelles
Sider: 452
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
plan, un champ de blé dont la blondeur dorée
vibre superbement. C’est le Blé, cette autre
force naturelle qui s’exprime comme l’Arbre,
avec la même force, non pas symbolique, car rien
n’approche moins du symbole que cette vision
intensifiée des choses. De la droite s’avance
menaçant le tourbillon des nuages qui annon-
cent la venue de la tempête. Ils sont pressés,
tumultueux, roulant les uns au-dessus des autres,
comme une armée précipitée dans la bataille.
Ils sont blancs, gris et même très noirs. C’est
le Nuage qui va ployer ces arbres verts, cou-
cher ces épis d’or. C’est un des grands combats
de la nature qui va s’engager dans la campa-
gne. Et cela se déroulera dans l'or et dans la
lumière. Nous le répétons, cette intensification
du paysage par des moyens aussi simples, aussi
prenants, est vraiment admirable. Il n’y a qu’à
s’incliner.
Le Moulin, de Louis Dubois, nous donne éga-
lement une belle impression d’art, avec son vaste
horizon, sur qui le soir s’incline, ses landes, ses
mares mélancoliques, et le Moulin, cette chose
vivante, puisqu’elle est faite par la main des
hommes, puisqu’elle interprète une de leurs idées,
et qu’elle est l’expression d’une de leurs utilités,
et le Moulin assiste à ce drame tragique de
la nuit qui tombe et couvre la terre de ses
ombres.
Nous avons analysé deux œuvres choisies
parmi les peintres de la renaissance du paysage
en Belgique. Nous pourrions en citer bien d’au-
tres, de nos compatriotes et des artistes français
dont ils /s’inspirèrent. Parmi les nôtres, Théodore
Baron, dont la Meuse à Profondeville a un
caractère si puissant ; Jean Degreef, avec son
Troupeau errant clans la neige, sous les cieux
roux de l’hiver ; Théodore Fourmois, Eugène
Verdyen, livec sa belle toile où la Brume couvre
peu à peu le paysage qui comme à regret laisse
petit à petit se fondre en elle ses contours et
ses couleurs ; Isidore Verheyden et son Arc-
en-ciel, etc.
Les grands paysagistes français sont placés
à côté d’eux, pour indiquer ce que les nôtres
leur doivent, et aussi pour montrer ce que nos
artistes tirèrent de leur propre fond ; Courbet,
grave et un peu austère ; Corot, à l’imagination
de poète, le peintre des bois mystérieux et de l’air
fluide, empreint d’un peu de romantisme encore ;
Diaz de la Pena, poète lui aussi, miniaturiste
évocateur des forêts royales où Shakespeare
eût aimé placer ses héroïnes ; Daubigny, Dupré
qui rappelle les vieux hollandais.
Puis voici qu’à ces artistes qui avaient peint
la nature avec émotion, avec piété même, s’op-
pose une école nouvelle, hardie, conquérante,
fougueuse. C’est celle de l’Impressionnisme.
Comme son nom l’indique, elle pose le principe
de l’impression, qui doit remplacer la vision
directe que les peintres de l’époque précédente
s’étaient attachés à traduire fidèlement sur leurs
toiles. S’inspirant de thépries scientifiques, ils
ne nous donnent plus la couleur elle-même des
choses, mais les éléments dont cette couleur est
faite. « Le mélange, affirment-ils, doit s’opérer
non sur la palette du peintre, mais sur la rétine
du spectateur.»
Telle est la théorie sèche et froide. Mais le
sentiment artistique d’un Pissarro, d’un Renoir,
d’un Claude Monet ne tarde pas à faire éclore
des œuvres vibrantes et passionnées. Ce n’est
pas seulement la décomposition de la couleur
qu’ils recherchent, c’est aussi la lumière, la belle
lumière, qu’ils tentent de fixer sur leur toile. Ils
ont réchauffé le paysage aux rayons dorés du
soleil, et s’ils ont décomposé le prisme, c’est
pour en noter toutes ses splendeurs.
Une toile de Claude Monet est une chose
exquise. Quelle audace et quelle harmonie de tons
dans ces Dindons étalant sur des prés d’un vert
éclatant leur robe d’une inaltérable blancheur et
leur cou effilé aux reflets bleus et rouges. Ce
sont des rois de la création, et le château qui
borne l’horizon du tableau semble indiquer l’ac-
cord qui règne entre l’idée exprimée par les
édifices que l’homme a créés et les splendeurs
HIPPOLYTE BOULENGER. — L’APPROCHE DE L’ORAGE.
que la nature porte en elle, deux idées qui de
très près s’apparient.
Un Canal en Hollande, de Claude Monet, im-
pression des Pays-Bas, triste et cependant lumi-
neuse, prouve comment à plusieurs siècles de
distance et par des procédés tout à fait diffé-
rents, des artistes également épris de beauté
peuvent se rencontrer, puisque Claude Monet
nous fait involontairement songer aux anciens
peintres de villes de Hollande.
Un tableau aux tons veloutés, aux couleurs
audacieuses et délicieusement fondues d’Auguste
Renoir, une toile de Camille Pissarro, une cam-
pagne de Sisley, une impression fugitive de
Dufrénoy, telle que la Statue sous la feuillée
ou le Village toscan, nous conduisent au néo-
impressionnisme pointilliste d’un Seurat si syn-
thétique pourtant dans son analyse à la magni-
ficence coloriste d’un Paul Signac, gamme de
tonalités éclatantes (Bonne Dame de Marseille .')
Quelques artistes affirmèrent encore une per-
sonnalité fougueuse. C’est Louis Valtat, dont les
Rochers d’Antéor, noircis par la brûlure des
soleils du Midi, font un si puissant contraste avec
les flots couleur de zinc de l’Océan. C’est Jules
Flandrin, dont les paysages sont doucement illu-
minés par des lumières dorées. C’est Albert
Marquet, aux aspects de villes et de' ports, aux
contours précis, aux tons simples, noirs et blancs,
qu’il relève parfois de la parure de quelque rose
ou de quelque mauve. C’est Henri Manguin,
qui nous donne l’impression des lourds étés en-
soleillés, brûlant en quelque sorte la forme et
la couleur des choses et ne laissant subsister que
les taches du soleil en l’intensité des verts.
Les peintres belges, guidés par leur tempéra-
ment, ont marché sur les traces des peintres de
France, avec un peu de réserve cependant. Un
Van Rysselberghe a des audaces moins fou-
gueuses que celles d’un Cross. Un Claus semble
posséder toute la variété d’un luministe sans en
avoir les témérités. Nous le voyons au Salon
encore poétiser le pays de la Lys, où il nous
montre toutes les floralies de l’été faisant à la
rivière comme un bouquet de gloire et de ma-
gnificence. Un Fernand Khnoppf semble égaré
dans le paysage et cependant il y trouve une
voie de splendeur ; il nous laisse entrevoir une
symphonie de vertes prairies aux tons veloutés,
qu’aucun pied, même ceux d’une princesse de
légende préraphaélite, ne foulera jamais, parce
qu’ils ne sont habités que de lumière diffuse et
de silence ; un Heymans, un Georges Lemmen,
un Morren créent à leur tour d’admirables choses,
qui vibrent dans une féerie de couleurs et de
nuances.
Ainsi, en parcourant cette année le Salon de
la Libre Esthétique, l’amateur d’art peut suivre
le développement du paysage, depuis le moment
où, conscients de sa splendeur, des artistes sin-
cères le débarrassèrent des vains ornements dont
on l’avait affublé, jusqu’à l’apothéose triomphale
de lumière et de soleil que lui firent des peintres
enivrés de sa beauté. Un simple coup d’œil
jeté sur les œuvres des paysagistes japonais
montre avec quelle simultanéité des artistes
qu’aucun contact ne rapprocha conçurent une
même vérité. Mais examiner ceux-ci, si rapide-
ment que ce soit, demanderait une étude entière.
Et, maintenant, une conclusion s’impose. Le
temps a fait son œuvre. Les grandes indigna-
tions se sont tues, les moqueries ont cessé. Nous
nous souvenons aujourd’hui en admirant les toiles
si savoureuses et si délicates, d’une impression
si émue et si vraie, et d’une facture si bien
ordonnée, nous serions tenté de dire si sage,
de Stanislas Lépine, son Charenton, sa Seine
aux environs de Paris, par exemple, nous nous
souvenons des sarcasmes qui poursuivirent l’ar-
tiste et l’épithète de folie qu’on lui adressa. Il
n’est pas, de nos jours, un commerçant enrichi,
amateur à ses heures, mais bourgeois prudent
et craintif, qui hésiterait à le suspendre dans sa
galerie. Et, parmi les témérités des artistes à
l’imagination indépendante et fougueuse qui
s’opposèrent au néo-impressionnisme, combien
se sont émoussées, ne laissant plus la place qu’à
l’admiration pour des tendances très person-
nelles et très pures. En examinant une de ces
toiles de Van Gogh qui figurent au Salon de
la Libre Esthétique, en regardant de près ces