ForsideBøgerExposition Universelle In… De L'exposition, Vo.l 1

Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910
Organe Officiel De L'exposition, Vo.l 1

Forfatter: E. Rossel

År: 1910

Sted: Bruxelles

Sider: 452

UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel

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424 L’EXPOSITION DE BRUXELLES plan, un champ de blé dont la blondeur dorée vibre superbement. C’est le Blé, cette autre force naturelle qui s’exprime comme l’Arbre, avec la même force, non pas symbolique, car rien n’approche moins du symbole que cette vision intensifiée des choses. De la droite s’avance menaçant le tourbillon des nuages qui annon- cent la venue de la tempête. Ils sont pressés, tumultueux, roulant les uns au-dessus des autres, comme une armée précipitée dans la bataille. Ils sont blancs, gris et même très noirs. C’est le Nuage qui va ployer ces arbres verts, cou- cher ces épis d’or. C’est un des grands combats de la nature qui va s’engager dans la campa- gne. Et cela se déroulera dans l'or et dans la lumière. Nous le répétons, cette intensification du paysage par des moyens aussi simples, aussi prenants, est vraiment admirable. Il n’y a qu’à s’incliner. Le Moulin, de Louis Dubois, nous donne éga- lement une belle impression d’art, avec son vaste horizon, sur qui le soir s’incline, ses landes, ses mares mélancoliques, et le Moulin, cette chose vivante, puisqu’elle est faite par la main des hommes, puisqu’elle interprète une de leurs idées, et qu’elle est l’expression d’une de leurs utilités, et le Moulin assiste à ce drame tragique de la nuit qui tombe et couvre la terre de ses ombres. Nous avons analysé deux œuvres choisies parmi les peintres de la renaissance du paysage en Belgique. Nous pourrions en citer bien d’au- tres, de nos compatriotes et des artistes français dont ils /s’inspirèrent. Parmi les nôtres, Théodore Baron, dont la Meuse à Profondeville a un caractère si puissant ; Jean Degreef, avec son Troupeau errant clans la neige, sous les cieux roux de l’hiver ; Théodore Fourmois, Eugène Verdyen, livec sa belle toile où la Brume couvre peu à peu le paysage qui comme à regret laisse petit à petit se fondre en elle ses contours et ses couleurs ; Isidore Verheyden et son Arc- en-ciel, etc. Les grands paysagistes français sont placés à côté d’eux, pour indiquer ce que les nôtres leur doivent, et aussi pour montrer ce que nos artistes tirèrent de leur propre fond ; Courbet, grave et un peu austère ; Corot, à l’imagination de poète, le peintre des bois mystérieux et de l’air fluide, empreint d’un peu de romantisme encore ; Diaz de la Pena, poète lui aussi, miniaturiste évocateur des forêts royales où Shakespeare eût aimé placer ses héroïnes ; Daubigny, Dupré qui rappelle les vieux hollandais. Puis voici qu’à ces artistes qui avaient peint la nature avec émotion, avec piété même, s’op- pose une école nouvelle, hardie, conquérante, fougueuse. C’est celle de l’Impressionnisme. Comme son nom l’indique, elle pose le principe de l’impression, qui doit remplacer la vision directe que les peintres de l’époque précédente s’étaient attachés à traduire fidèlement sur leurs toiles. S’inspirant de thépries scientifiques, ils ne nous donnent plus la couleur elle-même des choses, mais les éléments dont cette couleur est faite. « Le mélange, affirment-ils, doit s’opérer non sur la palette du peintre, mais sur la rétine du spectateur.» Telle est la théorie sèche et froide. Mais le sentiment artistique d’un Pissarro, d’un Renoir, d’un Claude Monet ne tarde pas à faire éclore des œuvres vibrantes et passionnées. Ce n’est pas seulement la décomposition de la couleur qu’ils recherchent, c’est aussi la lumière, la belle lumière, qu’ils tentent de fixer sur leur toile. Ils ont réchauffé le paysage aux rayons dorés du soleil, et s’ils ont décomposé le prisme, c’est pour en noter toutes ses splendeurs. Une toile de Claude Monet est une chose exquise. Quelle audace et quelle harmonie de tons dans ces Dindons étalant sur des prés d’un vert éclatant leur robe d’une inaltérable blancheur et leur cou effilé aux reflets bleus et rouges. Ce sont des rois de la création, et le château qui borne l’horizon du tableau semble indiquer l’ac- cord qui règne entre l’idée exprimée par les édifices que l’homme a créés et les splendeurs HIPPOLYTE BOULENGER. — L’APPROCHE DE L’ORAGE. que la nature porte en elle, deux idées qui de très près s’apparient. Un Canal en Hollande, de Claude Monet, im- pression des Pays-Bas, triste et cependant lumi- neuse, prouve comment à plusieurs siècles de distance et par des procédés tout à fait diffé- rents, des artistes également épris de beauté peuvent se rencontrer, puisque Claude Monet nous fait involontairement songer aux anciens peintres de villes de Hollande. Un tableau aux tons veloutés, aux couleurs audacieuses et délicieusement fondues d’Auguste Renoir, une toile de Camille Pissarro, une cam- pagne de Sisley, une impression fugitive de Dufrénoy, telle que la Statue sous la feuillée ou le Village toscan, nous conduisent au néo- impressionnisme pointilliste d’un Seurat si syn- thétique pourtant dans son analyse à la magni- ficence coloriste d’un Paul Signac, gamme de tonalités éclatantes (Bonne Dame de Marseille .') Quelques artistes affirmèrent encore une per- sonnalité fougueuse. C’est Louis Valtat, dont les Rochers d’Antéor, noircis par la brûlure des soleils du Midi, font un si puissant contraste avec les flots couleur de zinc de l’Océan. C’est Jules Flandrin, dont les paysages sont doucement illu- minés par des lumières dorées. C’est Albert Marquet, aux aspects de villes et de' ports, aux contours précis, aux tons simples, noirs et blancs, qu’il relève parfois de la parure de quelque rose ou de quelque mauve. C’est Henri Manguin, qui nous donne l’impression des lourds étés en- soleillés, brûlant en quelque sorte la forme et la couleur des choses et ne laissant subsister que les taches du soleil en l’intensité des verts. Les peintres belges, guidés par leur tempéra- ment, ont marché sur les traces des peintres de France, avec un peu de réserve cependant. Un Van Rysselberghe a des audaces moins fou- gueuses que celles d’un Cross. Un Claus semble posséder toute la variété d’un luministe sans en avoir les témérités. Nous le voyons au Salon encore poétiser le pays de la Lys, où il nous montre toutes les floralies de l’été faisant à la rivière comme un bouquet de gloire et de ma- gnificence. Un Fernand Khnoppf semble égaré dans le paysage et cependant il y trouve une voie de splendeur ; il nous laisse entrevoir une symphonie de vertes prairies aux tons veloutés, qu’aucun pied, même ceux d’une princesse de légende préraphaélite, ne foulera jamais, parce qu’ils ne sont habités que de lumière diffuse et de silence ; un Heymans, un Georges Lemmen, un Morren créent à leur tour d’admirables choses, qui vibrent dans une féerie de couleurs et de nuances. Ainsi, en parcourant cette année le Salon de la Libre Esthétique, l’amateur d’art peut suivre le développement du paysage, depuis le moment où, conscients de sa splendeur, des artistes sin- cères le débarrassèrent des vains ornements dont on l’avait affublé, jusqu’à l’apothéose triomphale de lumière et de soleil que lui firent des peintres enivrés de sa beauté. Un simple coup d’œil jeté sur les œuvres des paysagistes japonais montre avec quelle simultanéité des artistes qu’aucun contact ne rapprocha conçurent une même vérité. Mais examiner ceux-ci, si rapide- ment que ce soit, demanderait une étude entière. Et, maintenant, une conclusion s’impose. Le temps a fait son œuvre. Les grandes indigna- tions se sont tues, les moqueries ont cessé. Nous nous souvenons aujourd’hui en admirant les toiles si savoureuses et si délicates, d’une impression si émue et si vraie, et d’une facture si bien ordonnée, nous serions tenté de dire si sage, de Stanislas Lépine, son Charenton, sa Seine aux environs de Paris, par exemple, nous nous souvenons des sarcasmes qui poursuivirent l’ar- tiste et l’épithète de folie qu’on lui adressa. Il n’est pas, de nos jours, un commerçant enrichi, amateur à ses heures, mais bourgeois prudent et craintif, qui hésiterait à le suspendre dans sa galerie. Et, parmi les témérités des artistes à l’imagination indépendante et fougueuse qui s’opposèrent au néo-impressionnisme, combien se sont émoussées, ne laissant plus la place qu’à l’admiration pour des tendances très person- nelles et très pures. En examinant une de ces toiles de Van Gogh qui figurent au Salon de la Libre Esthétique, en regardant de près ces