ForsideBøgerExposition Universelle In… De L'exposition, Vo.l 1

Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910
Organe Officiel De L'exposition, Vo.l 1

Forfatter: E. Rossel

År: 1910

Sted: Bruxelles

Sider: 452

UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel

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L’EXPOSITION DE BRUXELLES 69 LA FÊTE DES ARBRES « Quand les premiers hommes ouvraient sur la » terre des yeux intelligents, ils purent croire que » tout leur était hostile, le ciel variable, les bêtes et » le sol qu’il fallait conquérir. Une seule chose les » rassura : l’arbre! 1’arbre-abri I l’arbre, seule visible » et compréhensible marquede bonté sur la terre. » C’est ainsi que parlait un jour Léon Souguenet, qui fut l’initiateur chez nous de la « Ligue des amis des arbres », et qui depuis s’efforce d’initier, par degrés, les hommes qu’il appelle avec trop de modestie ses semblables, « à la plus désirable des perfections : aimer les arbres, puis les bêtes, puis les hommes ». L’arbre fut non seulement le premier abri des premiers des hommes, mais il fut aussi sans doute le premier qui chanta pour eux. De la brise au vent de tempête, toute la gamme des mélopées se modula dans ses branches, et tour à tour l’homme trembla et fut charmé, car il crut entendre la voix des dieux qui lui parlait. Ces temps sont loin de nous, et l’homme, vain- queur des éléments ou à peu près, se débarrassa de ses respects et de ses craintes, et il s’habitua, ne voulant plus voir dans l’arbre le symbole ou le protecteur, à ne le considérer qu’au point de vue des planches et des bûches qu’il pouvait en tirer. Ce fut une orgie de destruction. L’homme fut cruellement puni. On ne saurait assez rappeler la parole de Cha- teaubriand : « Partout où les arbres ont disparu l’homme a été puni de son imprévoyance. » Le bûcheron fut l’instrument des pires calamités; là où sa cognée, conduite avec intelligence et modé- ration, se bornait aux coupes nécessaires, elle apportait la fortune et la sécurité; là où, dirigée avec sauvagerie, elle rasait à blanc les espaces forestiers, les flancs des montagnes, elle n’amenait que la dévastation. Les deux grands fleuves de France, la Loire et la Gironde, sont ruinés en grande partie et le bate- lage y est devenu impossible, parce que l’un et l’autre reçoivent chaque année dans leurs lits, comme le disait déjà, en 1886, M. Bouquet de la Grye, un cube considérable de matériaux arrachés aux pentes dénudées du plateau central. Cette avalanche boueuse et sablonneuse est amenée par les inondations jusqu’à l’estuaire. Le lit du fleuve s’encombre et plus un bateau ne peut passer. Pas d’arbres, pas d’eau. Faute d’eau, c’est la stérilité qui s’étend sur le pays : la Sicile, l’Es- pagne en sont de frappants exemples. L’arbre est le régularisateur par excellence de l’eau; là où il y a des arbres l’eau devient ruisseau, rivière, fleuve, elle est un élément de fécondité et de richesse; là où il n’y a plus d’arbres l’eau devient torrent et ne produit que ruines et dévastations. Ce n’est donc pas seulement un souci esthé- tique, un désir d’artiste qui animent les promo- teurs de ce mouvement en faveur du reboisement des pentes de nos vallées, de la conservation de la richesse forestière du pays, de son exploitation pré- voyante et raisonnée. Tout s’accorde, l’utilité pra- M. Alfred Mabille prononçant son discours tique et l’amour de la beauté, et toujours, par une singulière coïncidence, ces deux termes sont asso- ciés. Il y a quelque temps, nous avions l’occasion de défendre auprès d’un bourgmestre un lot d’arbres que la commune avait décidé de faire abattre — et qui furent d’ailleurs abattus: « Vous voulez — disions-nous — faire de votre localité un lieu de villégiature, où viendront à la belle saison se reposer les gens surmenés, où chacun cherchera de la lumière jouant dans la verdure, de l’air pur et frais, un peu de charme et de joie. Pensez-vous que le visage amène du bourgmestre suffira seul à attirer ces gens? Votre village est situé dans une jolie vallée, où le murmure de l’eau s’accompagne de calme et de paix; mais tout ce qui contribue à situer le paysage, à lui donner son caractère, est essentiel et doit être conservé sous peine de détruire le charme : un clocher, un bouquet d’arbres sont des repères que l’œil s’est habitué à voir et qu’il est habile de ménager. » Ce fut d’ailleurs inutile : les arbres qui se profilaient si bien sur le ciel et qui, isolés, se dressaient comme une sorte d’îlot mys- térieux de verdure sur le flanc de la montagne, ces arbres furent sacrifiés, au grand dam des villé- giateurs. Et l’on put se rendre compte de la vérité de ce que disait Souguenet : « Qui n’a retenu l’aspect » d’une saulaie, d’une drève ou d’un arbre unique » qui, à un carrefour ou sur un sommet, rendait » tout un panorama typique? Le paysage est un » peu bien à tous; en le détruisant on blesse d’in- » nombrables sensibilités. » Et j’ajouterai d’innombrables intérêts. Quand le bourgmestre dont je parle aura rendu le paysage de sa commune nu comme un plat d’argent, que la rivière sera souillée par les déchets industriels, je pense qu’il pourra faire fermer les hôtels et dire adieu à ses visiteurs des beaux jours. Mais il est encore un autre intérêt : c’est l’intérêt hygiénique. L’arbre est le purificateur de l’air, il élimine l’acide carbonique et rend de l’oxygène. A proximité des villes, la forêt est donc un bienfait nécessaire; là où elle existe, il faudrait veiller avec un soin jaloux sur sa conservation. Bruxelles possède à l’est cette superbe forêt de Soignes placée là providentiellement pour sa joie et sa santé. Livrée aux spéculateurs au début du XIXe siècle, elle fut réduite de plus de moitié. Aujourd’hui, les poussées de la grande ville la menacent constamment : on y perce des routes, on en ronge les bords, les sports y font des instal- lations, on découpe, on tranche notre « grande verte » tant et tant qu’il n’en restera bientôt plus qu’un simulacre de forêt. Et c’est pourquoi le 4 juillet, à l’occasion de la plantation d’un arbre dans les jardins de la future Exposition de 1910 et de l’inauguration de ces jar- dins, alors que des enfants avaient chanté et dansé et que les musiques avaient salué de triomphantes fanfares les autorités qui assistaient à la fête, je me suis permis de leur adresser ces quelques paroles : « J’imagine que c’est dans une pensée pleine de