Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910
Organe Officiel De L'exposition, Vo.l 1
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sted: Bruxelles
Sider: 452
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
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L’Arrivée du Cortège des Enfants
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délicatesse que le Comité exécutit a voulu inau-
gurer la série des fêtes de l’Exposition de Bruxelles
par cette fête des arbres, d’un caractère simple,
intime et familial. Et s’il m’est permis de recher-
cher les raisons de ce choix, je me dis que c’est
probablement, à la veille du jour où vont s’élever
les palais et les halls destinés à étaler les multiples
manifestations du génie de l’homme, le désir de
rendre un particulier hommage à celle qui est la
source de ces forces, de ces énergies, que le génie
humain a su assouplir, diriger ou dompter ; la
Nature!
» La Nature, synthétisée dans sa forme la plus
simple, la plus primitive, l’Arbre!
» Vous lui avez réservé, Messieurs, cet honneur
d’être le premier exposant et cette originalité d’être
prête même avant l'ouverture.
» L’Exposition a d’ailleurs cette heureuse fortune
d’un cadre merveilleux. Du haut de ses terrasses
le visiteur verra se dérouler à l’horizon la ligne
ininterrompue de la forêt. Le bois de la Cambre
va lui faire une entrée prestigieuse, et l’on peut
dire que (Exposition de Bruxelles sera une fête
des arbres en permanence.
» Ici même ont surgi des jardins qui formeront
comme un ourlet fleuri à la lisière .du Bois, véri-
tables jardins d’Armide. Ils semblent avoir été
créés d’un coup de baguette par une enchanteresse
bienfaisante, et certes c’est une heureuse surprise
et une révélation pour beaucoup de ceux qui sont
venus ici que la vue de ces jardins qui paraissent
être nés en une nuit sur un signe de la main
d’Armide-Vanderswaelmen.
» Vous avez réalisé, à côté du Bois, ce; que nos
.pères appelaient de ce terme:savoureux « un,jardin
de plaisance », où l’on goûte la plaisance de vivre,
de se.récréer les yeux et de se divertir .
» Parmi nos invités il en est qui vous ont
apporté leur concours avec empressement : ce sont
nos enfants, heureux de vous témoigner leur amour
pour les arbres et pour les fleurs, amour que leurs
maîtres leur ont inspiré avec tant d’ingéniosité.
» On leur a dit que le petit arbre qu’ils viennent
d’aider à planter avec une ardeur si juvénile chante
dans le bruissement de ses feuilles une chanson
plus grave que le petit refrain de la brise.
» Pierre Baudin a dit un jour: « C’est l’air à
» tous, c’est le sol, c’est l'eau salubre, c’est la vie
» qu’il faut défendre avec l’arbre, avec la feuille,
» avec la broussaille, avec la plante des monts. »
» Les parcs et les jardins sont les poumons des
grandes cités; au fur et à mesure que les villes se
développent, qu’elles étendent les cercles concen-
triques des habitations agglomérées, elles éloignent
les provisions d’air pur qui se constituent autour
d’elles dans les campagnes environnantes.
» Les miasmes, les fumées, lés vapeurs indus-
trielles, les déchets humains empoisonnent l’atmo-
sphère des villes, et nous nous intoxiquons
lentement et mutuellement. Quel remède y
a-t-il? Le meilleur, c’est l’arbre, ce mystérieux labo-
ratoire, ce purificateur de l’atmosphère. C’est lui
qui, multiplié par la ville, bordant les promenades,
ornant les squares, peuplant les parcs et les bois,
sera le bienfaiteur des citadins et leur donnera, en
même temps que la joie des yeux, la fraîcheur et
la pureté de l’air.
» Il a, dans nos villes, sa fonction sacrée et bien-
faisante, et lorsque de toutes parts des cris s’élè-
vent pour demander la protection des arbres,
pour arrêter toute destruction inutile et sauvage,
ce n’est pas seulement un rêve de poète qui
s’extériorise, ce n’est pas une clameur purement
sentimentale, c’est un intérêt social, une néces-
sité économique de premier ordre qui se manifeste.
» Là où l’homme a aggloméré des habitations et
où il n’a pas pris soin de ménager des coins de
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La Plantation de L’Arbre
verdure, il commet un crime contre lui-même,
et son égoïsme et sa^sécheresse de cœur portent
en eux leur châtiment.
» Et puis, dans notre vie surchauffée où les diffi-
cultés de l’existence, les luttes incessantes, le travail
en tourbillon nous affolent, surexcitent nos nerfs,
anémient notre sang, assombrissent nos pensées,
ne faut-il pas que nous trouvions là, à notre
portée, ces fleurs, ces arbres, qui vont verser en
nous le calme, la tranquillité, le repos momen-
tané? Ne sont-ils pas, ces arbres, dans nos villes,
le centre d’une vie intense, en dehors de nous,
qui nous fera oublier nos propres soucis? Où
iraient nos oiseaux chanteurs, nos moineaux
amusants comme des gamins piaillant? Et les
bourdonnements d’insectes, faisant une rumeur
dans la poudre d’or des derniers rayons du jour?
Toute cette vie, dont nous jouissons même incon-
sciemment et qui, dans nos villes, est une nécessité,
ne faut-il pas la multiplier, la répandre et crier à
tous : Celui qui, au milieu de nos maisons, a
planté un bouquet d’arbres est un bienfaiteur!
» L’Exposition, comme toute exposition métho-
diquement conçue, a voulu montrer sans doute
aux visiteurs de 1910 ce que sera la cité de
l’avenir, voisinant avec la forêt, semée de jardins,
de coins d’ombre et de fraîcheur. Elle nous fera
vivre pour quelques instants le rêve que réalise-
ront sans doute les enfants de nos petits-enfants,
la Cité-Jardin.
» Et si nous ne pouvons espérer voir ce tableau
que dans le format-kodak que nous réserve l’Expo-
sition, le petit arbre que nous venons de planter,
notre arbre, le verra peut-être, et c’est dans cette
pensée que je lui souhaite de vivre longtemps et
d’être, comme le dit Victor Hugo de l’Arbre du
Progrès :
Le jour plein de colombes blanches,
Plein d’étoiles la nuit.
Il ne s’agit pas ici d’un culte, comme on l’a dit
plaisamment; il ne s’agit pas, reprenant des tradi-
tions celtiques, de diviniser l’arbre et de l’entourer
de superstitions; il s’agit de reconnaître un ami et
de le traiter comme tel.
Il s’agit d’user sagement et prudemment d’un
capital dont nous avons abusé, il s’agit d’organiser
une vaste caisse d’épargne nationale dont les jolis
bouquets de bois, les arbres des routes seront les
tirelires.
Et ainsi seront d’accord, dans une unanimité
touchante et rare, les gens pratiques et les poètes.
Alfred Mabille.
tr.Jaan ^a/vaua