ForsideBøgerExposition Universelle In… De L'exposition, Vo.l 1

Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910
Organe Officiel De L'exposition, Vo.l 1

Forfatter: E. Rossel

År: 1910

Sted: Bruxelles

Sider: 452

UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel

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72 L'EXPOSITION DE BRUXELLES LA PEINTURE ELAMAN DE LE XVI" SIECLE Les Brueghel Vers le milieu du XVIe siècle vivait en Flandre un peintre étrange que ses contemporains surnom- maient « le Drôle », parce qu’il se plaisait à retracer sur ses toiles des scènes pittoresques où la vie, les mœurs et les traits mêmes des paysans étaient reproduits avec une apparente ironie, et qui vraiment faisaient rire, quand ils ne donnaient pas un frisson d’épouvante. Ce peintre s’appelait Brueghel. Il était originaire de Brueghel, un petit village du Brabant hollandais situé à quelques kilomètres de Bréda. Le futur artiste était venu très jeune à Anvers. Il avait suivi pendant quel- ques années les leçons du peintre Pierre Coecke, et cependant il ne garda rien de la rai- deur austère du vieux maî- tre. Il s’était rendu en Ita- lie, à la suite des peintres ses aînés; il avait visité Rome, Naples et la Sicile, et cependant il n’avait rien gardé dans son art des élégan- ces et des miè- vreries italien- nes. C’étaitun caractère, une individualité douée d’une vision origi- nale et puis- sante. Parmi tous les artistes qui furent dotés du don de sen- tir profondé- ment, de voir le monde et les choses qu’il Jean Brueghel. — Prédication renferme, la terre et les hommes, dans une lumière spéciale et comme le reste de leurs contemporains ne les virent pas, de réaliser sur- tout, de rendre vibrant et‘palpitant un rêve qu’eux seuls imaginèrent, parmi des artistes pourvus d’une inspiration ardente ou désordonnée, Pierre Brue- ghel est un des plus grands et des plus sincères. Sans doute, Jérôme Bosch éveilla sa jeune inspiration. Mais combien Brueghel est plus pro- fond, plus saisissant, plus émouvant que son pré- décesseur! La fantaisie seule parlait chez le maître; la réalité, la vie, rendue plus intense par le prestige de la poésie et du rêve, éclatent chez le disciple. Car c’est la force et l’originalité de Brueghel d’unir dans ses œuvres les faits de la réalité aux allé- gories de l’imagination. Il transporte dans l’exac- titude d’un tableau contemporain l’énigme de la parabole évangélique. Ce procédé, qui au XIXe siècle restera imparfait et froid sous le pinceau du préraphaélite anglais Holman Hunt ou de l’al- lemand Uhde, nous le trouvons plein de charme et de grâce chez Brueghel. S’il veut nous peindre l’épisode du massacre des innocents, c’est en Flandre et non plus à Bethléem qu’il le place. Il sait assurément quels souvenirs effroyables des guerres et des tueries contem- poraines éveillera dans l’esprit des hommes de son temps le spectacle des mères de Flandre fuyant éperdues devant les lansquenets et tentant de dérober à leur furie l’enfant qui sera le rejeton de cette race meurtrie et plus tard son vengeur. Elles prient, elles supplient, elles se lamentent, les vieilles femmes des Pays-Bas, elles pleurent toutes les larmes de leur corps en tenant sur leur giron les corps exsangues. Et derrière elles la masse compacte des hommes d’armes hérissée de lances se dresse comme un symbole d’implacable cruauté; un vieillard vêtu de noir, à la longue barbe grise, — il ressemble à s’y méprendre à quelque envoyé de Philippe II — commande les soldats et, immobile dans sa haute stature, ter- rible et frémissant, surveille l’exécution de ses ordres sanguinaires. Quel tableau saisissant de la souffrance du peuple flamand! et quelle expression de révolte dans cette allégorie, dans ce sanglot qui en appelle au ciel des massacres de l’heure pré- sente en lui rappelant ceux dont la divinité elle- même faillit être la victime aux temps évan- géliques ! Certes, l’heure est sombre. Il semble que Brue- ghel le railleur et l’ironiste, en ressente toute la souffrance et aussi toute la pitié. Rien n’est plus près de la compassion qu’une apparente impassi- bilité qui dédaigne la sentimentalité affaiblie des larmes ou des plaintes. Et dans ce siècle d’exac- tions, de pillages et de meurtres, Brueghel exprime singulièrement cette compassion et de cette pitié. On dirait qu’elles l’obsèdent dans ses tableaux fantastiques comme dans ses représentations de la vie journalière du paysan et du peuple flamand. Dans le Triomphe de la Mort (i) Brueghel nous montre sous les aspects les plus divers la grande faucheuse d’êtres récoltant sa lugubre moisson. Les hommes tombent comme des épis mûrs. Ils se précipitent d’eux-mêmes dans les pièges quela Mort a ouverts devant eux. De chaque côté de la souricière fatale des squelettes mal dissimulés sous les éten- dards blancs à la croix noire de la souve- raine — rexil- la reginæ — regardent avec joie la poussée furieuse et gi- gantesque des vivants qui seront bientôt pareils à eux les morts. Puis c’est le cadavre d’une vieille femme, la fileuse du pays de Flan- dre, étendue non loin d’un cercueil ou- vert et qu’un chien famé- lique flaire comme une proie offerte à ses appétits excités. Par- tout les bû- chers, les gi- bets, les in- struments de torture, la mer furieuse, les eaux sombres et attirantes qui transportent sur un étrange et fantastique vaisseau les Pèlerins de la Mort, la guerre, la peste, la famine qui déciment les êtres par mil- liers!... Assurément l’Espagne, les iconoclastes et les éléments ensemble conjurés ont travaillé pour la camarde, si une telle moisson d’existences jonche ainsi la terre et les eaux! Combien nous sommes loin du fantastique un peu simple et uniforme d’un Jérôme Bosch et de sa satire ingénue ! Mais il semble que ce soit avec un véritable amour pour le peuple de Flandre, pour ce Thyl Uylenspiegel, ce Simplicissimus cherchant une patrie toujours fuyante, que Pierre Brueghel peigne les tableaux pittoresques où les mœurs paysannes de ce temps se révèlent. Il a tant souffert, ce bon (i) Musée du Prado, à Madrid.