Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910
Organe Officiel De L'exposition, Vo.l 1
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sted: Bruxelles
Sider: 452
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L'EXPOSITION DE BRUXELLES
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peuple, qu’il peut bien parfois faire ripaille, et c’est
la Noce villageoise; ses enfants peuvent se livrer
à leurs ébats, et ce sont les Jeux des Enfants (1).
Il rira d’ailleurs, si le peintre développe et
explique en une scène pittoresquement traitée le
sens un peu énigmatique d’une parabole (Culs-de-
jatte, du Musée du Louvre; Les Aveugles, du
Musée de Naples) ou les gaietés de la fable
(Combat de Carême et de Carnaval, les Petits
poissons mangent les gros, etc.). C’est là que sa
verve éclate, qu’elle se répand sans retenue
comme sans réserve. Il est vraiment alors Brue-
ghel le Drôle, le Brueghel des Paysans, qui, s’il
éduque et moralise un peu, le fait à la façon d’un
patriarche de village racontant pendant les longues
veillées d’hiver les vieilles histoires que lui apprit
son lointain passé, la vie inexorable et triste sou-
vent, mais quand même souriante et pitoyable à
l’humanité fugitive.
Pierre Brueghel le Vieux est un artiste dont
l’originalité ne fut jamais altérée. Il resta fidèle
aux inspirations qui lui venaient de sa race. 11 eut
de celle-ci la gaieté un peu égrillarde, l’amour pour
les bonnes chères, pour les franches ripailles. Il fit
prévoir Teniers, cet autre peintre de la vie rus-
tique. Il eut plus que lui encore le sens du pitto-
resque, cette optique particulière qui illustre si
joliment ses pavsages, donne à ses personnages
une allure si vivante et si caractéristique dans leur
mou-
apparente drôlerie, leur communique un
vement, une cadence qui ressemble à une
harmonie et à un rythme, par lesquels le
peintre leur insuffle une vie plus intense.
La technique de Brueghel vaut son inspi-
ration, soit qu’il peigne les plaines ou les
villages sur lesquels un blanc manteau de
neige s’étend, soit qu’il nous donne l’impres-
sion des journées blafardes de l’hiver, soit
qu’il revêtisse ses personnages de délicates
couleurs, de ses verts, de ses mauves, de ses
rouges plus éclatants encore sur la blancheur
ou sur les ténèbres de ses fonds. Il est bien
le peintre par excellence de ce pavs de Flandre
où sans cesse les couleurs se confondent
dans une admirable symphonie qui est comme
l’expression même de la beauté épurée et
immatérialisée des bois, des prés et de la mer.
Brueghel le Vieux eut deux fils qui conti-
nuèrent les glorieuses traditions inaugurées
par lui. Le premier se nommait Pierre comme son
père. On le surnomma Brueghel d’Enfer (1564-
i638.) Ce vocable indiqua la manière du peintre.
Des scènes démoniaques tentèrent son pinceau. Il
se plut à reproduire sur la toile les sinistres rou-
geoiements de l’incendie. Une grande partie de
son œuvre se compose des copies qu’il fit des
tableaux de son père. Le Musée de Bruxelles pos-
sède de lui le Massacre des Innocents, d’après l’ori-
ginal de Brueghel le Vieux, actuellement au Musée
de Vienne, le Dénombrement de Bethléem et une
curieuse Procession, représentant, d’après les pro-
cédés de l’auteur du Triomphe de la Mort, quelques
paysans qui portent, sous les yeux étonnés d’autres
campagnards,des effigies de saints et des bannières.
Le second fils de Pierre Brueghel porta le nom
de Jean. La postérité l’a désigné sous le nom de
Brueghel de Velours. Elle a caractérisé ainsi le
charme élégant de ses paysages, où des fleurs, des
fruits aux chatoyantes couleurs font sur le vert
sombre ou lumineux des frondaisons l’effet presti-
gieux d’un motif décoratif piquant d’un trait bril-
lant la matité du brocart. Bruxelles ne possède
qu’un seul tableau de Brueghel de Velours, un
sujet allégorique, YAutomne, dont le peintre Van
Balen peignit les figures. C’est à Dresde, à
Munich et à Vienne qu’il faut l’admirer.
(1) Musée de Vienne
D’autres peintres, fils et petits-fils de ces trois
artistes — on en compte seize — maintinrent
jusqu’au milieu du XVIIe siècle le
rieux de Pierre Brueghel, peintre
flamandes et de Jean Brueghel,
toyant des fleurs, des fruits et des
phantes.
souvenir glo-
des rusticités
peintre cha-
déesses triom-
Les derniers Romanistes
Le XVIe siècle est une époque de transition. Un
art grandiose se prépare. Il semble que confusé-
ment les peintres de ce temps pressentent cet avè-
nement et cette renaissance prochains. La tech-
nique a réalisé des progrès considérables L’art de
peindre n’a plus de secret pour les artistes. Ils se
jouent des difficultés devant lesquelles hésitaient
leurs prédécesseurs. Ils travaillent avec facilité. Ils
créent des œuvres de patience. Frans Floris peut
se vanter de peindre tous les jours pendant cinq
semaines sept figures de femmes et d’exécuter un
tableau dans une seule journée. Les hommes de
cette génération sont merveilleusement doués. Ils
ont la maestria que donne le talent, il ne leur
manque que l’inspiration profonde, émouvante et
communicative que procure le génie.
Chacun de ces peintres a traversé les Alpes dans
sa jeunesse; c’est le pèlerinage nécessaire, après
lequel on est sacré maître. Et quand nous considé-
rons cette chevauchée d’artistes qui, avec enthou-
Piekre Brueghel le Vieux. — Le dénombrement de Bethléem
siasme, partaientversla terre promise pour acquérir
une habileté nouvelle, pour découvrir un secret de
la technique, pour compléter par quelques détails
la science déjà si profonde des vieux maîtres, nous
ne pouvons nous empêcher d’admirer une si grande
sincérité, une si belle probité artistique. Si ce con-
tact avec l’étranger avait ses avantages, il présentait
aussi ses dangers. Si Brueghel le Vieux pouvait
revenir d’Italie en conservant intactes les caracté-
ristiques de sa race, d’autres perdaient dans l’étude
et l’admiration des maîtres de la péninsule leur
native originalité. Ce fut le cas d’ailleurs pour la
plupart des artistes de cette période, pour les Frans
Floris, les Spranger, les Martin De Vos. D’autres
encore se fixaient dans leur nouvelle patrie et
oubliaient le retour. Ils s’italianisaient, tel ce Denis
Calvaert, d’Anvers (1540-1619), qui s’établit à
Bologne, y acquit une grande renommée et devint
le maître du Guide, de l’Albane et du Dominiquin ;
Paul Bril (1554-1626), qui mourut à Rome, après
avoir perfectionné la technique du paysage; Pierre
De Witte, Paul Franchoys, Michel du Jonquoy,
qui mêlèrentà l’art gracieux de l’Italie un peu du
réalisme des vieux peintres flamands.
Parmi les plus glorieux imitateurs de Raphaël,
qui revinrent en Flandre et propagèrent les pro-
cédés du peintre de Y Ecole d’Athènes, nous cite-
rons Michel Coxcie (1499-1592), de Malines, sur-
nommé le Raphaël flamand; Pierre Coecke,
d’Alost (i5o2-i55o) et François De Vriendt, dit
Frans Floris. Cet artiste connut en son temps une
renommée immense. Son habileté était grande, sa
connaissance des Italiens était sans égale. On disait
que Frans Floris avait vu tomber à la chapelle
Sixtine les voiles qui recouvraient la fresque célèbre
de Michel-Ange et contemplé un des premiers dans
toute sa gloire les figures immortelles du Jugement
dernier. De retour à Anvers, le peintre ouvrit un
atelier où affluèrent les jeunes élèves qui devaient
être les artistes de la nouvelle génération. C’étaient,
pour ne citer que les plus grands, Martin De Vos,
Lucas De Heere, Henri Van Clève, François
Pourbus, Ambroise et Jérôme Francken. Des
princes ne dédaignèrent pas de fréquenter la
demeure du maître. Les comtes d’Egmont et de
Horne, les chevaliers de la Toison d’Or furent ses
commensaux et ses protecteurs. Et cependant,
malgré ces honneurs, malgré son talent qui le pla-
çait au rang des plus illustres, Frans Floris s’adon-
nait à la débauche et continuait ainsi la tradition
de ces peintres des Flandres qui cherchaient dans
l’ivresse une inspiration fugitive. Parfois le
dégoût montait au cerveau de l’artiste. Il repre-
nait après de longs intervalles les pinceaux qu’il
avait délaissés et il travaillait avec une ardeur
furieuse. « Lorsque je travaille je vis, lorsque je me
dissipe je meurs », avait-il coutume de dire. Et
c’était bien là, en effet, l’image de son existence
sans
cesse oscillant entre la dissipation et les
remords que celle-ci faisait naitre.
Frans Floris devait une -partie de sa célé-
brité à l’art de Michel-Ange et de Raphaël,
qu’il popularisait en Flandre. Nous aurions
peine à comprendre aujourd’hui, en exami-
nant ses tableaux des Musées de Bruxelles et
d’Anvers, le Jugement dernier et la Chute
des anges rebelles, la gloire qu’il conquit. Et
cependant, malgré la froideur de ses œuvres,
malgré le manque d’inspiration qui les carac-
térise, on ne peut s’empêcher de reconnaître
dans ses œuvres de, sérieuses qualités de
composition, l’habileté du travail, le souci
du détail. Frans Floris nous représente dans
son tableau des collections bruxelloises le
tragique épisode par lequel l’humanité pren-
dra fin; il peint ses - personnages avec con-
science, il coordonne les groupes avec
V science, mais rien ne vit, rien n’émeut dans
ces attitudes compassées, dans ses gestes figés et
sans mouvement. Ce n est pas la le sanglot de
l’humanité expirante, la fin d un monde et le
commencement d’une éternité. Il y a plus de
beauté, une harmonie plus artiste dans sa Chute
des anges. Les anges restés fidèles au Seigneu1'
ont gardé la splendeur de leur visage céleste; les
serviteurs rebelles, précipités dans 1 abime, tom-
bent les uns sur les autres dans un chaos désor-
donné, démons monstrueux que poursuit la colère
divine. 11 y a de la grandeur dans cette œuvre,
mais il y manque ce souffle, apanage du génie, qui
communique la vie et 1 émotion et fait de 1 œuvre
d’art un langage mystérieux pénétrant jusqu’au
fond de notre cerveau et de notre cœur.
Martin De Vos naquit à Anvers en i532. 11 lut
l’élève de Frans Floris dans cette ville, puis il se
rendit en Italie, où il se lia d’amitié avec Le Tin-
toret et suivit son enseignement. De retour dans
les Pays-Bas,' Martin De Vos s’appliqua à imiter
la manière du peintre vénitien, à s assimiler son
coloris. Et c’est là ce qu’il y eut de meilleur dans son
œuvre. Sa couleur est vive, harmonieuse et cares-
sante. Sa composition est heureuse, mais les atti-
tudes de ses personnages sont maniérées, peu con-
formes à la réalité. L’influence de Michel-Ange
exerce encore une fois son influence pernicieuse.
C’est au Musée d’Anvers qu’on peut le mieux juger
les qualités et les défauts de Martin De Vos. Son