Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910
Organe Officiel De L'exposition, Vo.l 1
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sted: Bruxelles
Sider: 452
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
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LES HOTELS DE
VILLE
DE BELGIQUE
Certes, les églises de Belgique ont leur charme,
et leurs tours massives ou délicates qui s’élèvent
un peu partout dans le ciel gris racontent un
long passé : la cathédrale de Tournai peut être
considérée comme un des chefs-d’œuvre de l’art
roman; celle d’Anvers, en son opulence légère, a
de la grâce et du style; Sainte-Gudule, à Bru-
xelles, est un beau tem-
ple gothique de second
ordre; les églises de bri-
que que l’on voit à Bru-
ges et à Furnes sont une
des curiosités de l’art mé-
diéval, et dans toutes on
trouve une atmosphère
d’intimité religieuse, une
atmosphère de béguinage
dont le charme n’échappe
à personne. Cependant,
il faut convenir que nos
monuments chrétiens ne
peuvent pas se comparer
aux merveilleuses cathé-
drales du Nord et de
l’Oues de la France.
Elles n’en ont ni la sim-
plicité, ni la ligne, ni la
pureté de style. Çe n’est
pas en Belgique que l’his-
torien pourra étudier
dans toute sa splendeur
l’art religieux du moyen
âge. Au contraire, nos
monuments civils de la
même époque réalisent
une véritable perfection.
Il n’est pas de pays dans
toute l’Europe où l’on
trouve un aussi grand
nombre d’hôtels de ville
intéressants, ou 1 on admi-
re une telle quantité de
beffrois, et dans le nom-
bre il est plus d’un chef-
d’œuvre incontestable,
comme les halles d’Ypres
ou l’hôtel de ville de
Bruxelles.
Les étudier les uns
après les autres serait
faire l’histoire complète
du pays, car ces monu-
ments sont véritablement
sortis du cœur de la race:
ils racontent ses labeurs,
ses douleurs et ses victoi-
res. Pas un d’entre eux,
même ceux des petites
villes, qui ne mérite d’oc-
cuper les érudits et de
faire la matièred’une mo-
nographie savante, tant
au point de vue artis-
tique qu’au point de vue historique.
On a souvent regretté que notre pays n’ait pas
eu son Burckhardt. Ce ne sont pas seulement les
étrangers qui, passant par notre pays, oublient de
regarder ce qu’il offre de plus intéressant. Nous
sommes logés à la même enseigne; nous passons
chaque jour à côté des plus émouvants souvenirs
de notre passé sans les connaître, sans les appré-
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cier, sans en tirer la part d’émotion qu’ils com-
portent; chacune de ces maisons communes a
son histoire : c’est à ce balcon ouvragé de
l’hôtel de ville de Gand qu’un mystérieux com-
pagnon vint poser sa large main sur l’épaule de
Charles le Téméraire pour l’obliger à rendre aux
bourgeois de Gand les franchises que son père
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là aussi qu’aux jours sombres du XVIe siècle siégea
le tribunal de Sang. Que d’images, que de
légendes, que de souvenirs ! Mais sans y mettre
nul relent d’histoire, sans les décorer en rien de
cette imagination du passé qui fait qu’on peut
s’enthousiasmer devant les ruines informes du
Forum romain ou pour les dalles phéniciennes qui
sont tout ce qui reste de
Carthage, on trouvera
dans nos vieilles maisons
de ville un charme pure-
ment artistique auquel
nul homme de goût ne
reste insensible.
Aucune architecture, en
effet, n’est mieux appro-
priée aux nécessités du
climat, à la couleur du
ciel, aux lignes du paysa-
ge que celle des monu-
ments civils de nos pays.
Selon l’époque où ils fu-
rent construits, c’est-à-
dire entre la fin du XIIIe
siècle et le milieu du
XVIe, ils portent la mar-
que d’une rude austérité
militaire ou d’une galante
fantaisie de peuple opu-
lent et qui veut le paraî-
tre. Qu’il y a loin de ce
beffroi de Bruges qui dres-
se sa masse formidable
au-dessus de la ville et
rappelle en son allure
guerrière un passé de vio-
lences et de révoltes, aux
jolies tourelles d’Aude-
narde, ajourées, manié-
rées et accueillantes com-
me- un gentilhomme fla-
mand quiaime à bien
traiter ses amis !
Qu’il y a loin des halles
d’Ypres, masse austère et
carrée, rude palais de
l’utile, à la tour légère de
l’hôtel de ville de Bruxel-
les qui monte dans le ciel
comme une chanson de
fête! Et pourtant tous
ces monuments sont bien
du même peuple. Ils sont
la création d’une race
rude, violente, joyeuse et
merveilleusement possé-
dée de la volonté de vi-
vre. Les uns, les plus an-
ciens, évoquent les beaux
vers où Verhaeren a dit
la grandeur des vieux
communiers flamands :
Le bourdon sourd qui mugissait au loin
Célait en lui le cœur de leur colère
Et ses battants étaient leurs poings.
La haine ! ils la voulaient tragique et séculaire
Ils l’attisaient, le soir, à leurs foyers,
Ils appelaient leurs fils pour la voir flamboyer
A la flamme familiale ;
Ils leur baisaient le front, la poitrine, les yeux,
Et tels leur transmettaient, en les serrant contre eux,
L’âme de Flandre et des aïeux,
Rude, féroce et partiale.
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Bruxelles — Hôtel de Ville
Philippe leur avait ravies; c’est du haut de ce
massif beffroi de Bruges que les vieux chefs des
grands bourgeois et les hommes du Comte de
Flandre virent leur armée défaite par ceux de
Gand que commandait Philippe van Artevelde;
c’est dans ces salles opulentes de l’hôtel de ville
de Bruxelles que les corporations s’unirent pour
résister aux édits de l’empereur autrichien; c’est