Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910
Organe Officiel De L'exposition, Vo.l 1
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sted: Bruxelles
Sider: 452
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
Søgning i bogen
Den bedste måde at søge i bogen er ved at downloade PDF'en og søge i den.
Derved får du fremhævet ordene visuelt direkte på billedet af siden.
Digitaliseret bog
Bogens tekst er maskinlæst, så der kan være en del fejl og mangler.
7*
L’EXPOSITION DE BRUXELLES
BRUGES
TRAVERS LES AGES
Dans un coin extrême du pays flamand, au fond
d’un estuaire, le Zwyn, des marchands créèrent, au
IXe siècle, une colonie qui s’appela Bruges. Le voi-
sinage immédiat de la mer entraîna sur les flots les
plus intrépides d’entre eux, et bientôt leurs barques
s’en allèrent au loin, en Grande-Bretagne, en
Ecosse, en Scandinavie.
Bruges au XIe siècle. — • Aux premiers colons
s’en ajoutèrent d’autres, et dès le XIe siècle la
modeste colonie apparaît transformée en un vaste
entrepôt, point d’arrêt final des peuples commer-
çants dans leur course vers le nord de l’Europe.
Déjà à cette époque son port s’affirme comme le
plus puissant de tous ; déjà les flottilles marchandes
rabattent sur ses quais leurs cargaisons variées,
tandis que ses marins, stimulés par le succès,
s’élancent vers l’Orient, que la première croisade
leur a fait entrevoir.
Création de l’avant-port, Damme. — Une for-
tune aussi rapide rendit le Portus trop étroit, et
dès la fin du XIIe siècle le Brugeois s’aperçut que
son vieux port ne pouvait plus suffire aux marchan-
Mausolée de Marie de Bourgogne (Notre-Dame)
dises que les peuples lui apportaient sans relâche.
Il vit que les intérêts supérieurs de son commerce
réclamaient de promptes transformations mari-
times, et à quelque distance de là, presque à mi-
chemin de la mer, il creusa un avant-port, Damme,
relié à la métropole par un large chenal, flanqué
de digues puissantes que Dante chanta dans son
poème immortel.
.. Aussitôt la vi^e répandit à pleins flots sur les
deux rives de ce vaste bassin : à l’entrée de la rade,
l’Ecluse; le long du.canal, Ter Muiden, Houcke,
Monekereede, Damme; au fond, le centre vivi-
fiant, Bruges. D’ici à la mer ce n’est plus désor-
mais qu’un gigantesque port, et sur tout son par-
cours des entrepôts et des hangars, de toute taille
et de toute profondeur, offrant aux denrées des
nations la demeure qui leur convient et les servi-
teurs qu’il leur Mut. Là viennent s’entasser pêle-
mêle ce que la nature et le travail humain ont pro-
duit de meilleur. Des montagnes de blés, des amas
d’approvisionnements s’amoncellent ou se disper-
sent, tandis qu’une armée de fourmis humaines
vident, brin par brin, la carcasse des navires nou-
vellement arrivés ou remplissent cèlle des bateaux
en partance.
Réseau fluvial. — Non seulement, grâce au
Zwyn, Bruges et Damme communiquent avec la
mer, mais un système de canaux, sagement com-
biné, les met en rapports faciles avec les puissantes
cités de l’intérieur du pays. Une route de terre,
reliant Cologne à la mer du Nord par Maestricht,
Louvain, Bruxelles, Gand, complète le réseau.
Par tous ces moyens Bruges détient l’empire éco-
nomique de l’Entre-Escaut et Rhin. Elle expédie
dans toutes les directions les produits des nations.
A Dinànt le cuivré anglais qu’elle y fait affluer
éloigne celui de Goslar; à Liége, où l’on ne con-
naissait que les vins du Rhin et de la Moselle, on
boit pour la première fois, en 1198, des vins de La
Rochelle qui arrivent par le Zwyn. Devant une
telle puissance commerciale, les petits ports de
Hollande, Tiel, Dordrecht, Utrecht, succombent
dans la lutte, et Bruges trône seule, au fond de
son estuaire, en reine incontestée des eaux septen-
trionales.
Bruges au XIIIe siècle. — Dans le courant du
XIIIe siècle la grandeur de Bruges dut s’accroître
encore. Les sept royaumes d’Espagne et de Por-
tugal, lancés dans le trafic par l’expansion subite
de la navigation maritime, apportent à leur tour
les produits de leur sol et le résultat de leur indus-
trie. Dans la mer Baltique, Hambourg, Brême,
Lubeck, nouvellement associées à la vie commer-
ciale, ont fait sur le marché de Bruges une appa-
rition sensationnelle. On s’empresse autour d’elles,
on les couvre de privilèges, on les autorise à fonder
aux portes même de Damme une colonie soumise
à leur loi. La vieille clientèle italienne n’est point
oubliée, et pour mieux se l’attacher on relie, par
un service régulier de bateaux le port du Zwyn à
ceux de Gênes et de Venise.
Apogée.■ — A l’aube du XIVe siècle la ville de
Bruges atteignit l’apogée de sa splendeur. De trente
contrées, tant chrétiennes que musulmanes, les
richesses affluaient, et « nulle terre n’était compa-
rable en marchandises encontre la terre de
Flandre ».
Les vaisseaux aux lourdes voiles amenaient
d’Angleterre la laine, le plomb, l’étain, le charbon
de terre et le fromage; d’Irlande la laine et le cuit;
de France le vin, le blé et le miel renommé de Nar-
bonne; de Norvège les gerfauts dressés pour la
chasse et les cuirs de bouc dont on faisait le cor-
douan; de Danemark les chevaux, le hareng, le
poisson et le porc fumés; de Suède les 'fourrures
précieuses, le vair et le gris; d’Allemagne les vins
rhénois et mosellans, les bières et le cuivre; des
mines de Hongiie l’or et l’argent; de Bulgarie
l’hermine et la martre zibeline. Les royaumes
d’Espagne, Navarre, Aragon, Léon, Castille, Anda-
lousie, Grenade et Galicie expédiaient leurs cuirs
ciselés d’or, leurs voiles de navire, leur huile
d’olive, leur soie, leurs figues, leurs amandes et
leurs raisins. Des côtes d’Afrique, des royaumes
de Fez, de Maroc, de Bougie, de Tunis, d’Egypte,
d’Arabie, de la mer des « Sables » — le Sahara —
venaient les dattes, le sucre, l’alun, le poivre, les
épices; d’Asie Mineure et de Perse ces merveilleux
tapis dont les couleurs éclatantes devaient inspirer
nos peintres et nos verriers.
Bruges libre-échangiste. — Sous l’influence de
tant de biens, Bruges transforma ses mœurs com-
merciales, renonça aux longs voyages et décida ses
enfants à n’être plus qu’un peuple de courtiers. Elle
vit fort bien qu’une marine n’était pas indispen-
sable à un commerce essentiellement international,
Mausolée de Charles le Téméraire (Notre-Dame)
et loin de conserver obstinément aux seuls navires
brugeois le monopole des transports, elle laissa aux
nefs étrangères le soin d’embarquer les produits.
Sa doctrine économique fut celle du libre-échange.
Pressée par le roi d’Angleterre d’écarter les Ecos-
sais ou d’imposer les Génois, elle répondit: « Votre
Majesté ne peut ignorer que la terre de Flandre est
commune à tous les hommes en quelque lieu qu’ils
soient nés. » Tel fut son évangile, et elle multiplia
son trafic. Librement les étrangers se mouvaient
dans l’enceinte de ses murs, louant greniers et
caves, érigeant des comptoirs, s’associant sans
entraves, comme s’ils eussent été dans leur patrie
d’origine.
Bruges industrielle. — Non contente d’attirer
à elle les produits des nations, Bruges envoya à ses
L’ancienne maison consulaire des Orientaux
clients ses draps luxueux; car son commerce était
doublé d’une industrie drapière que nul peuple ne
sut égaler. Dans les faubourgs populeux une légion
de travailleurs transformaient la laine que cent
abbayes anglaises récoltaient pour elle au delà du
détroit. Depuis la croisade de Constantinople, elle