Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910
Organe Officiel De L'exposition, Vo.l 1
Forfatter: E. Rossel
År: 1910
Sted: Bruxelles
Sider: 452
UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel
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L’EXPOSITION DE BRUXELLES
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avait conquis progressivement tous les marchés
drapiers, et à la fin du XIIIe siècle elle pouvait se
flatter, avec Ypres et Gand,d’avoir rendu l’Europe
k
Intérieur du Franc. — Cheminée.
entière tributaire de ses draps. Dans les principales
foires elle a sa place réservée, sinon sa halle parti-
culière, et de Vienne à Paris, de Florence à Nort-
hampton, son industrie remporte partout une égale
victoire.
elle étalait journellement les produits de son indus-
trieuse population, et c’est là que journellement
des clients de toutes les nations vinrent se disputer
ses draps merveilleux et ses cuirs ouvragés. Ses
rues dentelées de maisons à pignons et rehaussées
de façades historiées se croisaient en tous sens. Au
cœur du bourg s’élancait la tour graciale de Saint-
Basile, qui avait assisté, depuis le XIIe siècle, à
Dame. Par toute la ville, dix-sept nations etran-
gères avaient édifié des comptoirs et bâti des palais
dignes de Venise : la maison des Orientaux, aujour-
d’hui disparue, mais dont un dessin rappelle le
luxe architectural; la maison des Génois, dont la
partie encore debout atteste l’éclat primitif, et
quinze autres maisons où le marchand étranger
abritait sa personne et ses biens.
Bruges puissance politique. — Une telle puis-
sance économique dut assurer à la ville de Bruges
un prestige politique formidable. Dès le XIIe siècle,
elle s’était révélée aux yeux de la Flandre encore
toute féodale comme un sujet de légitime étonne-
ment. En 1127, au moment où Charles le Bon
tombait sous l’épée d’un meurtrier, elle signifia à la
noblesse et au clergé qu’elle entendait n’accepter
pour comte qu’un prince qui libérerait son com-
merce des entraves du tonlieu, affranchirait son sol
du poids d’un cens odieux, concéderait enfin les
garanties d’un privilège écrit. Sa volonté fit loi, et
désormais associée à la vie publique, rien ne pou-
vait plus s’accomplir sans elle. Avec Ypres et Gand
elle constitua cette trilogie bourgeoise redoutable
avec laquelle les rois de France et d’Angleterre
négocièrent, comme les papes et les empereurs
avec Milan, Venise et Florence.
Hégémonie de Bruges. — Il vint une heure
solennelle où la puissance brugeoise se mesura avec
la puissance d’un roi. Le XIIIe siècle finissant avait
vu s’accomplir la plus grande des iniquités :
un comte légitime détrôné et emprisonné, un
pays confisqué et réuni à la couronne de France.
Partoutdéjà lelis remplaçait le fier lion de Flandre.
Mais Bruges veillait, et dans la sanglante nuit du
18 mai i3o2 elle massacra les Français en garnison
dans ses murs, et s’en fut à Courtrai, le 11 juillet
suivant, pour consommer dans le sang des plus
nobles chevaliers de France la libération de la
Richesse de ses habitants. —
Entretemps, Bruges a décuplé sa
fortune. Trois siècles d’incessant
labeur ont fait d’elle la plus riche
de nos cités. Un jour, une reine
de France vint visiter la ville en
compagnie de son royal époux;
elle s’écria, dépitée à la vue des
toilettes somptueuses de nos ri-
chissimes Brugeoises : « Je croyais
être seule reine ici, et j’en vois
des centaines. » Légende sans
doute que ce mot, mais légende
significative. C’est que l’or amassé
dans le commerce et l’industrie
permit aux patriciens de nos villes
un luxe sans égal. Rois et princes
se firent leurs humbles débiteurs;
la noblesse féodale alla vers eux
dans l’espoir de rétablir par des
alliances matrimoniales un budget
chancelant. Et de même qu’au-
jourd’hui les riches Américaines
échangent leur fortune contre un
tortil de baronne ou une couronne
de comtesse, de même nos bour-
geoises d’alors se disputèrent à
l’envi les plus illustres blasons.
Bruges monumentale. — A
l’intérieur de ses murs Bruges
avait tout aménagé d’une façon
digne d’elle. En 1280 elle se mit
à édifier Je superbe beffroi sym-
bole de sa liberté. Elle le fit surgir
du centre même des halles, comme si elle eût voulu
signifier que sa force économique était le soutien
le plus ferme de sa puissance politique. Dans le
vaste quadrilatère dont elle entoura son beffroi
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Hôtel de Ville
l’éclosion de tant de grandeur, tandis que dans le
faubourg commercial, berceau de la puissante
commune, se dressaient fièrement la tour imposante
de Saint-Sauveur et la flèche majestueuse de Notre-
Flandre. Un tel exploit fit d’elle la première ville
du comté, et son triomphe eût été complet sans
l’antagonisme aussitôt né de Gand et d’Ypres,
jalouses de tant de gloire.