ForsideBøgerExposition Universelle In… De L'exposition, Vo.l 1

Exposition Universelle Internationale De Bruxelles 1910
Organe Officiel De L'exposition, Vo.l 1

Forfatter: E. Rossel

År: 1910

Sted: Bruxelles

Sider: 452

UDK: St.f. 061.4(100)Bryssel

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Side af 462 Forrige Næste
L’EXPOSITION DE BRUXELLES 8i LA CARTE POSTALE ILLUSTRÉE En 187t M. von Stephan, un percepteur des postes allemand que les soucis de l’année ter- rible ne semblaient pas préoccuper outre mesure, inventa la carte postale. Ce fut un coup de génie, ou à peu près, que l’introduction dans la vie pra- tique de ce morceau de carton rectangulaire, affec- tant la forme d’une lettre, pouvant se substituer à elle, passer où elle passe, aller où elle va, au bout une somme plus du monde, et en revenir, pour modique même que celle qui est exigée pour le voyage de la missive ordinaire. Mais il restait à trouver mieux encore. La carte postale était muette, ou plutôt elle ne parlait qu’un bref, incolore et maussade langage administra- tif. « Côté réservé exclusive- ment à l’adresse », disait-elle d’un ton rogue, qui laissait planer sur le pauvre correspon- dant distrait la menace de la taxe, c’est-à-dire de l’amende. Il semblait que le fisc veillàt dans l’ombre. Pour lui faire prononcer les mots d’une lan- gue plus civilisée, il fallait que l’expéditeur lui communiquât ses idées, et quelles idées lui confiait-il souvent à ce carton de proportions trop minces, ouvert à toutes les curiosités, aussi indiscret que la concierge ou la bonne qui avant de le remettre à leur légitime pro- priétaire se donnaient le facile plaisir d’en goûter la banale saveur! C’était le plus souvent la commande d’une cliente à sa modiste, la réclamation d’un abonné à son journal, le rendez-vous d’affaires très bref et sans commentaire, ce qui ne valait pas le souci d’être écrit, à peine d’être dit... Vers l’année 1880 la carte postale illustrée fit son appa- rition. Ce fut une véritable révolution. Un Allemand, né malin, l’inventa. Son nom est contesté comme celui de tous les grands inventeurs. On croit cependant qu’il se nommait Schwartz et qu’il était origi- naire de la petite ville d’Olden- bourg. Un nom et une patrie bien obscure pour une décou- verte aussi brillante. L’Allemagne, qui avait donné naissance à la carte illustrée, lui fit sa fortune. De suite l’invention nouvelle prospéra dans ce pays. Les Gruss aus Mais, bah! on oublia bien vite la tradition suran- née pour le progrès entrevu. Et sur la terre de Voltaire la carte postale acquit aussi son droit de cité. A son passage dans cette contrée d’élégance elle fut redevable d’ailleurs de quelques spécimens de grâce et de beauté. On se souvient sans doute encore des jolies reproductions de Mucha, où les fleurs des champs, les bruyères des falaises, les char- dons des grèves étaient symbolisés en de délicates |Æ Jean ^a/vaux 1 La carte illustrée a dès maintenant son histoire On pourrait écrire un petit volume sur les inci- dents auxquels elle donna naissance, sur les évé- nements dont elle nous livra une image pittoresque, sur ceux dont elle fut la collaboratrice. Quand l’empereur d’Allemagne se rendit en Palestine, des agents envoyés par les éditeurs de Berlin et de Munich précédèrent le souverain, et dès son arrivée des milliers de cartes postales, por- tant des signatures apposées d’avance, furent expédiées vers tous les points du monde. Les amateurs de curiosités, les col- lectionneurs s’en emparèrent, car— faut-il le dire? — la manie de collectionner a trouvé dans la carte postale un champ très vaste d’opérations. On dit que les souscripteurs de ces cartes les payèrent un mark pièce et que les éditeurs s’enrichirent. Comme on le voit, la spécula- tion ne perd jamais ses droits, et c’est justice, puisque la sot- tise humaine ne cesse de l’ali- menter. Avons-nous dit que la carte postale était frondeuse à ses heures? Il suffit pour le prou- ver de rappeler les cartes qui furent lancées par les viticul- teurs du Languedoc lors des récentes émeutes. Le gouver- nement de M. Clémenceau y était vivement pris à partie. On y voyait notamment M. Cail- laux, ministre des Finances, symbolisant le sucre des bouil- leurs de cru, objet de la répro- bation générale, et poursuivi par un taureau furieux figu- rant le Midi. « Bravo, toro ! » disait en exergue la carte menaçante. Sur d’autres on voyait Marcellin Albert don- nant le fouet à un fraudeur. Des vers comme ceux-ci s’y lisaient : Hélas, nous n’avons plus le rond! Mais, s’il faut, gare aux ruades ! Nos barriques nous serviront Pour de nouvelles barricades! ♦ 1 Modèle de carte postale de l’Exposition, d’après une aquarelle de Nürnberg-, Mün- chen, Berlin, Partenkirchen, etc., inondèrent l’empire. L’Italie et l’Autriche firent, dit-on, à ces lithographies un accueil non moins empressé. La France parut bouder un instant. Dans la patrie de Mme de Sévigné on se défia de la carte illustrée. Ce carton imprimé, qui parlait la langue de tout le monde, n’allait-il pas tuer la lettre, la lettre vibrante, émue et si personnelle? On le craignit. figures de paysannes; des petits dessins de Rossi, représentant les quatre éléments sous l’apparence de sémillantes jeunes femmes, et tant d’autres dont l’énumération serait trop longue. Après la France, l’Angleterre de Ruskin et de William Morris saisit l’occasion d’appliquer à un objet d’utilité courante les ressources d’un art raffiné et, Walter Crane, l’admirable artiste, ne dédaigna pas de dessiner pour la carte postale des sujets originaux. M. Creten Puis encore : Les fraudeurs avides de lucre Nous ruinent. Nous avons faim? Il faudra pour manger du pain Coller des pains au pain de sucre! La prosodie de ces vers n’était pas bien remarquable; l’esprit était de qualité dou- teuse. Mais que voulez-vous, en temps de révolution on n’a le loisir de soigner ni la rime ni la forme. Personne ne protesta d’ailleurs, et nous gageons même que les cartes qui transportaient aux quatre coins de la France cette poésie et ces menaces eurent leur succès d’humour et de verve. Dès sa naissance la carte illustrée fut donc vivante et loquace. Bien plus, elle eut a ce point conscience de son, éloquence qu’elle ne laissa à